Camouflet à Netflix aux Golden Globes

Brad Pitt a reçu le prix du Meilleur second rôle masculin pour son interprétation de Cliff Booth dans le film «Il était une fois à Hollywood».
Photo: Paul Drinkwater NBC via Associated Press Brad Pitt a reçu le prix du Meilleur second rôle masculin pour son interprétation de Cliff Booth dans le film «Il était une fois à Hollywood».

C’était soir de tapis rouge, de paillettes et d’apparat dimanche avec la tenue de la traditionnelle remise des Golden Globes par l’Association de la presse étrangère à Hollywood (APEH). Apprécié des vedettes pour sa nature décontractée, l’événement était animé par Ricky Gervais. Connu pour son humour grinçant, le maître de cérémonie a servi au gratin de l’industrie un bien-cuit qui en a vu plusieurs avaler leur champagne de travers. On attendait une domination du géant Netflix, d’office favori avec des poulains comme Marriage Story, de Noah Baumbach, et The Irishman, de Martin Scorsese, grand perdant de la soirée. Ce sont plutôt Il était une fois à... Hollywood, de Quentin Tarantino, et 1917, de Sam Mendes, qui ont été plébiscités.

Outre le Golden Globe reçu pour son scénario, Il était une fois à... Hollywood a gagné ceux du meilleur film – comédie, et du meilleur acteur de soutien (Brad Pitt). Dans la catégorie du meilleur film dramatique, Netflix était derrière pas moins de trois des films en lice : Marriage Story, The Irishman et The Two Popes, face à Joker et 1917, ce dernier l’ayant emporté avec aussi, comme on l’évoquait, le Golden Globe de la meilleure réalisation.

À terme, il y a eu un peu de tout pour tous : Joker et le sacre de Joaquin Phoenix (meilleur acteur – drame), Judy et celui de Renée Zellweger (meilleure actrice – drame), Rocketman et la victoire de Taron Egerton (meilleur acteur – comédie), The Farewell et celle d’Awkwafina (meilleure actrice – comédie)…

Heureusement les actrices

Pour ce qui est de Ricky Gervais, qu’on aime ou qu’on n’aime pas son style, il a livré exactement le genre de prestation à laquelle il fallait s’attendre de sa part après une édition précédente un brin soporifique (d’où son rappel en renfort après quatre ans d’absence). D’entrée de jeu, Gervais a joué d’autodérision pour désamorcer la controverse entourant ses récents « tweets » jugés transphobes, remettant en cause, à la blague, le discernement de ses employeurs : « Kevin Hart écrit des tweets homophobes et il perd l’animation des Oscar. Quant à moi… », a-t-il noté l’air faussement ébahi de se trouver encore là.

Et d’enchaîner avec le fait que les bonzes présents dans la salle doivent être nerveux à l’idée que Ronan Farrow s’intéresse bientôt à eux : une référence à la contribution du journaliste à la chute de Harvey Weinstein, dont le procès s’ouvre ce lundi. Et de poursuivre avec leur « ami » Jeffrey Epstein et le fait que les vedettes présentes travaillent pour des studios appartenant à des conglomérats possédant pour la plupart des « sweatshops », alors pour les coups de gueule politiques, on repassera… Malaise au parterre.

Sa victoire venue en tant que meilleure actrice dans une série limitée, Michelle Williams ne s’est pas pour autant privée de livrer un vibrant plaidoyer pour le droit des femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent. Elle a ensuite invité les femmes à voter en 2020 en pensant à elles de la même manière que les hommes ont historiquement pensé à eux (« Pas étonnant que ce monde leur ressemble »). Même son de cloche de la toujours passionnée Patricia Arquette, qui a souhaité l’élection d’un président moins pressé de déclencher une Troisième Guerre mondiale.

Autre beau moment d’émotion : l’hommage de Kate McKinnon à Ellen DeGeneres, lauréate du Prix spécial Carol Burnett, et dont la sortie de placard en 1997 a ouvert la voie à celles et ceux qui l’ont suivie, dont McKinnon. Bref : heureusement les actrices.

Retour sur Weinstein

Pour le reste, on se souviendra que les Golden Globes célèbrent à la fois la télévision et le cinéma, et subdivisent fameusement les récompenses — cela fait plus de vedettes pour en recevoir ET en remettre. Le corollaire étant un rythme souvent laborieux ponctué de présentations volontiers approximatives. Cette année-ci n’aura pas fait exception.

Sur ses six nominations, le plus grand nombre de la soirée, Marriage Story s’est illustré dans la seule catégorie de la meilleure actrice de soutien (Laura Dern). Pas la récolte espérée, ni d’ailleurs pour The Irishman, reparti bredouille. Rien non plus pour The Two Popes et Dolemite Is My Name. Les Golden Globes auraient voulu envoyer un signal à Netflix qu’ils n’auraient pas agi autrement.

Du côté des séries télévisées se sont entre autres distinguées, avec deux prix : Succession, meilleure série dramatique et meilleur acteur pour Brian Cox ; Fleabag, meilleure série d’humour et meilleure actrice pour Phoebe Waller-Bridge ; Chernobyl, meilleure série limitée et meilleur acteur de soutien pour Stellan Skarsgard. Non, aucune n’a été produite par Netflix (voir l’encadré à la fin pour la liste complète des gagnants).

Vers la fin d’une soirée dont on parlera forcément beaucoup à cause de (ou grâce à) lui, Ricky Gervais a décoché l’une de ses flèches les plus acérées en présentant Sandra Bullock : « vedette du film Bird Box, où les gens survivent en fermant les yeux : comme vous tous avec Harvey Weinstein ». Ouch. L’animateur qui, sarcastique, a qualifié les membres de l’APEH de « racistes » et de « légumes », entre autres épithètes, est également revenu sur la controverse entourant l’exclusion des réalisatrices et de leurs films dans les catégories dites de pointe (les candidates ne manquaient pas, de Lulu Wang à Lorene Scafaria en passant par Greta Gerwig). On se souviendra qu’en 2017, la comédienne Natalie Portman dénonçait déjà le phallocentrisme prévalant à Hollywood.

À cet égard, il sera intéressant de voir, lorsqu’ils annonceront leurs nominations le 13 janvier, si les Oscar ont ou non reçu le mémo.


Et le prix revient à ...

Cinéma

Film – drame : 1917
Actrice – drame : Renée Zellweger (Judy)
Acteur – drame : Joaquin Phoenix (Joker)
Film – comédie : Once Upon a Time in... Hollywood
Actrice – comédie : Awkwafina (The Farewell)
Acteur – comédie : Taron Egerton (Rocketman)
Actrice de soutien : Laura Dern (Marriage Story)
Acteur de soutien : Brad Pitt (Once Upon a Time in... Hollywood)
Réalisation : Sam Mendes (1917)
Scénario : Quentin Tarantino (Once Upon a Time in... Hollywood)
Musique : Hildur Guðnadóttir (Joker)
Chanson : Elton John, Bernie Taupin (Rocketman)
Film international : Parasite
Film d’animation : Missing Link

Télévision

Série limitée : Chernobyl
Série dramatique : Succession
Série d'humour : Fleabag
Actrice – série limitée : Michelle Williams (Fosse/Verdon)
Actrice – série drame : Olivia Coleman (The Crown)
Actrice – série humour : Phoebe Waller-Bridge (Fleabag)
Actrice de soutien : Patricia Arquette (The Act)
  Acteur – série limitée : Russell Crowe (The Loudest Voice)
Acteur – série drame : Brian Cox (Succession)
Acteur – série humour : Ramy Youssef (Ramy)
Acteur de soutien : Stellan Skarsgard (Chernobyl)