«Le chant des noms»: François Girard sur fond de Shoah

Sur fond de Shoah qui a englouti les proches de Dovidl, cette fresque historique sous forme d’enquête jongle avec les lieux et les époques, puisque Martin, l’ami d’enfance du fugitif (Tim Roth) part à sa recherche 35 ans plus tard à travers les continents.
Photo: Sabrina Lantos Sur fond de Shoah qui a englouti les proches de Dovidl, cette fresque historique sous forme d’enquête jongle avec les lieux et les époques, puisque Martin, l’ami d’enfance du fugitif (Tim Roth) part à sa recherche 35 ans plus tard à travers les continents.

Le cinéaste mélomane François Girard a fait beaucoup sa marque au cinéma avec des films sur la musique, comme 32 films brefs sur Glenn Gould et Le violon rouge, qui auront enchanté de nombreux spectateurs. La voie était tracée afin qu’il accepte au vol, à l’offre de son producteur, la mise en scène de The Song of Names. Cette histoire de violoniste prodige d’origine juive polonaise, Dovidl Rapoport, disparu dans la nature en 1951 avant un concert important, en laissant sans nouvelles sa famille adoptive londonienne, tirée du roman de Norman Lebrecht, semblait dessinée sur mesure pour lui. Pourtant, le réalisateur québécois n’offre pas avec ce film son oeuvre la plus aboutie, malgré de beaux moments, parfois d’anthologie.

The Song of Names est porté par la musique étincelante de Howard Shore. Ce film se voit surtout marqué par une scène formidable à laquelle il doit son titre. Dans une synagogue, un rabbin (joué par le chantre new-yorkais Daniel Mutlu) psalmodie les noms des familles exterminées à Treblinka pour en perpétuer la mémoire. Cette charge vocale d’émotion contenue puis affirmée, à haute teneur dramatique, vaut à elle seule le visionnement.

Reste qu’en première partie, la dynamique du clan londonien, dont le père est mélomane, soudé autour de l’amour de la musique, du violon de Dovidl et des jeux des garçons, dégage certaines lourdeurs, atténuées en partie lors des revirements ultérieurs.

Sur fond de Shoah qui a englouti les proches de Dovidl, cette fresque historique sous forme d’enquête jongle avec les lieux et les époques, puisque Martin, l’ami d’enfance du fugitif (Tim Roth) part à sa recherche 35 ans plus tard à travers les continents, pour le retrouver métamorphosé (Clive Owen). De Londres à Varsovie et au camp de Treblinka, en passant par New York, ce périple devient par extension celui du peuple juif exterminé ou délogé, dont l’empreinte s’égare et se retrouve au fil du labyrinthe des continents. On peine toutefois à comprendre l’obsession du personnage de Martin, prêt à tout perdre des décennies plus tard pour retrouver celui qui avait pris la fuite. Les ressorts psychologiques derrière sa quête auraient gagné à se voir mieux développés.

En général, Girard a tenu en bride son émotion, par crainte manifeste de verser dans le mélo. Des acteurs du calibre de Tim Roth et de Clive Owen ne livrent pas leur plein potentiel, malgré des moments de vérité lors des retrouvailles. La réalisation classique d’époque de Girard s’offre des côtés vieillots et manque de pulsion vive. Une image souvent sombre et peu de gros plans qui ouvriraient sur l’intériorité des personnages empêchent le plein envol d’une histoire au potentiel explosif. Catherine McCormack, en épouse de Martin, se révèle plus vibrante, mais faute de nombreuses scènes à l’écran, sa prestation n’en colore pas le tableau d’ensemble.

L’un dans l’autre, The Song of Names, qui prend l’affiche à Noël en Amérique du Nord sous la bannière de Sony Pictures Classics, par-delà la prouesse remarquable de sa scène phare, devrait atteindre davantage un public ciblé que la large audience que son thème aurait pu viser.

Le chant des noms (V.F. de The Song of Names)

★★★ 1/2

Drame historique de François Girard. Avec Tim Roth et Clive Owen. Canada, 2019, 113 minutes. À l’affiche dès le 25 décembre