«Espions incognito»: un pigeon de haute voltige

Petits et grands n’auront aucun problème à s’abandonner aux moments touchants et aux plaisanteries du film d’animation <em>Espions incognito</em>.
Photo: 20th Century Fox Petits et grands n’auront aucun problème à s’abandonner aux moments touchants et aux plaisanteries du film d’animation Espions incognito.

S’il est une chose que Disney nous a enseignée en grimpant une à une les marches vers la domination de l’univers du divertissement, c’est qu’on ne change pas une recette gagnante.

C’est pourquoi nul ne sera surpris de constater que la dernière offrande animée du studio, qui raconte les mésaventures d’agents secrets qui luttent contre les vilains de ce monde, emprunte visiblement certains des éléments qui ont assuré le succès d’autres héros bien connus dans leur combat pour le bien commun.

Car Espions incognito, avec son allure rétro, ses personnages aussi attachants que carnavalesques et ses métaphores inspirées sur l’espoir d’une solution non violente aux plus grands conflits mondiaux, se mesure, sans ne jamais parvenir à l’éclipser, au génie de la première version des Incroyables, qui demeure à ce jour l’un des plus grands succès de Pixar.

Librement inspiré du charmant court-métrage Pigeon : Impossible (2009), duquel il ne conserve que l’incursion d’un volatile dans une mission top secrète, le film prend une multitude de détours d’une efficacité relative pour éviter de s’enliser dans l’absurdité de son gag central.

Le super espion Lance Sterling (Will Smith) réalise ses innombrables et spectaculaires prouesses en solo. Depuis toujours. Et ce, jusqu’à ce qu’il soit malencontreusement transformé en pigeon par le jeune et prodige scientifique Walter Beckett (Tom Holland), dont la notion d’invisibilité s’avère plutôt nébuleuse.

Les deux hommes — que tout oppose — seront bien sûr contraints de combiner leurs forces avec celles d’une tribu de volatiles hilarants, afin de sauver le monde des forces du mal (qui s’avèrent ici être un cruel voleur de drones équipé d’une main robotisée indestructible).

Le charme de Will Smith transperce le plumage, et son approche audacieuse et égocentrique du personnage est si efficace qu’elle détourne souvent l’attention du noyau du récit et de ses morales prometteuses sur l’entraide, l’amitié et la non-violence. Petits et grands n’auront néanmoins aucun problème à s’abandonner aux moments touchants et aux plaisanteries — aussi ridicules soient-elles — ainsi qu’au travail d’animation admirable de Nick Bruno et de Troy Quane.

Car Espions incognito excelle dans la litanie de scènes de poursuite et d’action qui, à défaut de servir le propos, s’avèrent particulièrement inventives. Les cinéastes exploitent de mille et une façons les aptitudes et caractéristiques des pigeons, sans jamais se soustraire à leurs limites physiques. Ces séquences savamment orchestrées culminent par une chorégraphie de haute voltige, mettant en vedette l’arsenal impressionnant d’inventions et de gadgets de Walter, de la machine à câlins à l’explosion de chats scintillants, en passant par les projectiles de gomme balloune.

Les félins et le rose bonbon au service de la paix dans le monde ? Pourquoi pas, après tout !

Espions incognito (V.F. de Spies in Disguise)

★★★

Film d’animation de Nick Bruno et Troy Quane. Avec Will Smith et Tom Holland. États-Unis, 2019, 101 minutes.