«Merci pour tout»: les soeurs (pas très) fâchées

Dès que la réalisatrice a offert les rôles à Magalie Lépine-Blondeau (à droite) et à Julie Perreault (à gauche), elles ont tout de suite voulu passer du temps ensemble afin d’apprendre à se connaître.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dès que la réalisatrice a offert les rôles à Magalie Lépine-Blondeau (à droite) et à Julie Perreault (à gauche), elles ont tout de suite voulu passer du temps ensemble afin d’apprendre à se connaître.

Les Fêtes, c’est la saison des retrouvailles, des soupers en famille animés et de la bonne volonté. Enfin, ça dépend pour qui. Prenez les sœurs Cyr, Marianne et Christine : voilà un an qu’elles ne se sont pas adressé la parole. La faute de la première, accusée de rigidité, ou de la seconde, taxée d’immaturité ? Un peu des deux, comme elles auront l’occasion d’en convenir (et d’en découdre) au gré d’un périple impromptu provoqué par le décès soudain de leur père avec qui, c’est là l’un de leurs rares points communs, elles n’avaient plus de contact. Voici donc les deux jeunes femmes lancées vers les îles de la Madeleine avec, dans le coffre, les cendres de feu papa et, à leurs trousses, un ancien associé de ce dernier en quête d’un magot. Après le poignant Il pleuvait des oiseaux, Louise Archambault confirme avec ce très drôle Merci pour tout que 2019 est son année.

Écrit par Isabelle Langlois, Merci pour tout porte indubitablement la signature de la douée créatrice des séries Mauvais karma et Lâcher prise : protagonistes femmes dont les tempéraments sont aux antipodes que l’on découvre par l’entremise du conflit qui les oppose mais qui, paradoxalement, finit par les unir. Cela, avec force répliques incisives.

« Quand j’ai lu le scénario, j’ai d’emblée aimé l’histoire et les personnages : des personnages imparfaits, merveilleusement imparfaits, se souvient Louise Archambault. Spontanément, ce road-trip hivernal jusqu’aux îles de la Madeleine, je le voyais de manière très nette dans ma tête. »

À cet égard, si le film Il pleuvait des oiseaux était, en dépit de son contexte forestier, une œuvre très intimiste, Merci pour tout possède, lui, une vastitude visuelle avec la route, le ciel et, finalement, la mer. Ce, tout en demeurant proche des héroïnes.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Après le poignant «Il pleuvait des oiseaux», la réalisatrice Louise Archambault confirme avec ce très drôle «Merci pour tout» que 2019 est son année.

« Cette perspective me plaisait, oui. J’ai très consciemment voulu mettre en valeur la géographie du road-trip, dès la lecture, en fait. Ensuite, quand j’ai commencé à penser à des interprètes, le projet s’est mis à gagner en densité, en vérité », poursuit la cinéaste qui, rapidement, jeta son dévolu sur Julie Perreault (Marianne) et Magalie Lépine-Blondeau (Christine) pour incarner ce duo dépareillé de sœurs fâchées.

Ode à la sororité

En matière de genre cinématographique, Merci pour tout relève du « buddy movie », un des types de comédies les plus populaires où l’humour, justement, résulte en bonne partie du contraste entre les deux partenaires. Des partenaires, historiquement, surtout masculins, de Laurel et Hardy à Mel Gibson et Danny Glover en passant, ici, par Patrick Huard et Colm Feore. En cela, Merci pour tout opère un habile renversement en plaçant au centre les personnages féminins d’habitude relégués aux rôles d’utilités et, en périphérie, les personnages masculins autour de qui tout le reste se met traditionnellement en orbite.

« Oui, c’est un film écrit, réalisé et porté par des femmes dans un genre qu’on associe plus volontiers aux hommes, au cinéma, opine Magalie Lépine-Blondeau. Ça, ça me plaisait. Et puis, c’est du Isabelle Langlois : deux femmes dont les fondations sont ébranlées, qui vivent une période de crise, qui ont un petit grain… En plus, elles ne s’excusent pas ! C’est du bonbon à jouer. »

Quand j’ai lu le scénario, j’ai d’emblée aimé l’histoire et les personnages : des personnages imparfaits, merveilleusement imparfaits. Spontanément, ce "road-trip" hivernal jusqu’aux îles de la Madeleine, je le voyais de manière très nette dans ma tête.

Dans un ordre d’idée similaire, Magalie Lépine-Blondeau confie avoir apprécié d’être sollicitée pour un projet traitant de la sororité : « L’enjeu sororal est très important dans ma vie. Je suis très proche de ma sœur ; on a même fait un podcast elle et moi portant sur la sororité. Je suis heureuse d’avoir pu participer à un film au cœur duquel se trouve ce thème-là. »

Ainsi, de confrontation en réconciliation, Marianne et Christine se solidarisent. Cela, à mesure qu’elles se délestent — au propre et au figuré — du poids paternel. Et de ce mari avec qui ça va, mais pas tant que ça (Jean-François Pichette), et de cet amant gênant (Aliocha Schneider), et de cet ex à nouveau désirable parce que désormais en couple (Patrick Hivon), sans oublier ce truand maladroit (Robin Aubert) qui leur file le train à la demande d’un bandit à cravate en exil (Guy Nadon).

« Isabelle est très franche dans son écriture, note Julie Perreault. Ses personnages ont beaucoup de répartie, beaucoup de caractère […] J’aimais que ces deux femmes soient à la fois prisonnières de cette dynamique et qu’en même temps, elles trouvent le moyen de se ressourcer dans cette même dynamique. C’est leur essence. »

À l’inverse de celle de leurs personnages, la dynamique entre les actrices fut caractérisée par une parfaite adéquation.

« Magalie et moi avons une méthode de travail très similaire : on est extrêmement minutieuses dans notre préparation, on est organisées, on connaît notre chronologie… De telle sorte que lorsqu’arrive le temps de tourner, on peut juste “jouer”, à l’inverse de “travailler”. On a répondu aux questions dans notre tête, on a précisé ce qui devait l’être… C’est cliché à dire, mais c’est ça pareil : c’est un bonheur de donner la réplique à quelqu’un avec qui tu es tellement sur la même longueur d’onde. »

Vraie complicité

Isabelle Langlois et Louise Archambault maîtrisant l’art de la demi-teinte, on s’esclaffe à profusion, mais pour peu que l’on accepte de laisser son cynisme au vestiaire, on est aussi devant des moments d’émotion. Quoique là-dessus, la complicité manifeste entre les deux vedettes, jumelée à leur brio respectif, contribue assurément à ce que les rires fusent et que l’œil se mouille.

« Dès que je leur ai proposé les rôles, Julie et Magalie ont tout de suite voulu passer du temps ensemble afin d’apprendre à se connaître, révèle Louise Archambault. Elles sont même parties en vacances ensemble à New York, rien que toutes les deux. Elles ont développé une vraie complicité, en amont. Puis il y a eu le tournage, qui a été très exigeant — l’hiver, plein de scènes extérieures, la route, et assez peu de temps pour boucler tout ça. Et bref, elles se sont soutenues l’une l’autre d’un bout à l’autre de l’aventure. »

Autrement dit, cette solidarité qui gagne leurs Marianne et Christine, Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau l’appliquèrent pour vrai. D’où cette impression d’authenticité qui émane de la relation entre leurs personnages, y compris lors des passages plus ouvertement rocambolesques. De conclure Louise Archambault : « Quand tes deux actrices te donnent ça, un tel niveau d’enthousiasme et d’implication, c’est un cadeau. » C’est de saison.

Merci pour tout prendra l’affiche le 25 décembre.