«Star Wars», les parents (et les enfants) terribles

On peut s’attendre à une révélation concernant Rey et les raisons de son association à la Force. Une théorie veut qu’elle soit la demi-sœur de Kylo, une autre rappelle le motif de la gémellité…
Photo: Walt Disney Pictures Canada On peut s’attendre à une révélation concernant Rey et les raisons de son association à la Force. Une théorie veut qu’elle soit la demi-sœur de Kylo, une autre rappelle le motif de la gémellité…

Alors que Star Wars: L’ascension de Skywalker arrive sur nos écrans mercredi, la rumeur court voulant que Kathleen Kennedy, présidente de Lucasfilms depuis son rachat par Disney, pourrait quitter le navire, ou plutôt le vaisseau, en 2022, en dépit de films et de séries en chantier. Voilà qui verrait Star Wars symboliquement orphelin de père et de mère : un constat peu banal, sachant la série obsédée par les figures parentales. À la veille de la sortie de l’ultime chapitre de la saga amorcée par La menace fantôme, retour sur le thème de la filiation.

Depuis le dévoilement du titre Star Wars : L’ascension de Skywalker, les millions de fanatiques de par le monde se posent tous la même question : qui est ce — ou cette — Skywalker ? S’agit-il d’une fille ou d’un fils de Luke inconnu jusqu’ici ? Ou d’un second enfant qu’aurait eu sa jumelle, Leia ? Les hypothèses abondent, d’autant que cette galaxie lointaine, très lointaine, imaginée jadis par George Lucas, fut toujours fertile en révélations généalogiques.

Pour mémoire, Star Wars est construit autour d’une opposition classique entre le bien, représenté par les chevaliers jedi tenants de la « Force », une puissance invisible qui régit l’univers, et le mal, incarné par l’Empire galactique érigé par l’ordre sith, tenant du côté obscur de la Force.

Premier en matière de chronologie interne, La menace fantôme est axé sur la relation de mentorat entre le maître jedi Qui-Gon Jinn et son apprenti Obi-Wan Kenobi. Lors de leur rencontre fortuite avec Anakin Skywalker sur Tatooine, Qui-Gon détecte la présence de la Force chez l’enfant, qu’il décide d’instruire. Après que son maître a été tué par le sith Darth Maul, Obi-Wan prend sur lui de poursuivre la formation d’Anakin. On notera ici la nature gigogne de la figure paternelle.

Quant à la figure maternelle, elle est explicite, mais périphérique, en la personne de Shmi, mère esclave d’Anakin. Elle meurt dans les bras de son fils dans L’attaque des clones. Et son père ? Il n’existerait pas : aux dires de Shmi, elle s’est réveillée un matin enceinte, telle la Vierge Marie (l’iconographie catholique est l’une des très, très nombreuses influences de Lucas).

En parallèle, l’apprenti jedi s’éprend de la sénatrice (et reine) Padmé Amidala : un sentiment réciproque. Cela, alors que le fourbe chancelier Palpatine entreprend sournoisement d’entraîner l’impétueux garçon du côté obscur de la Force. Ce qui advient dans La revanche des Sith : croyant à tort qu’elle l’a trahi, Anakin tente d’assassiner Padmé, qui est enceinte de lui. Il échoue et est démembré au sabre laser par son ancien mentor, Obi-Wan.

Sauvé à la onzième heure par Palpatine, alias Darth Sidious, Anakin est fusionné à une armure robotisée et devient Darth Vader, passant ainsi d’un père de substitution (Obi-Wan) à un autre (Palpatine). Quant à Padmé, elle meurt en donnant la vie à Luke et Leia, qui, pour leur protection, sont séparés dès la naissance : elle est adoptée par un sénateur, tandis qu’il est envoyé chez un oncle éloigné.

Père et fils prodigues

Voici Luke qui, entre deux corvées sur une ferme de Tatooine, se languit d’aventures spatiales. Ce que vit au même moment cette soeur dont il ignore l’existence, la princesse Leia. Leia qui, avant d’être faite prisonnière par les troupes de Darth Vader (qui croit à ce stade sa progéniture mort-née), a envoyé un appel à l’aide sur Tatooine par l’entremise du robot R2-D2. Flanqué de son acolyte C3-PO, R2-D2 aboutit chez l’oncle de Luke. Après avoir vu l’hologramme de détresse enregistré par Leia, Luke découvre qu’un ermite des environs surnommé Ben Kenobi n’est autre que le fameux Obi-Wan Kenobi que cherche à joindre la princesse.

Comme autrefois Qui-Quon Jinn avec lui et, de triste mémoire, Anakin, Obi-Wan amorce la formation jedi de Luke. Lucas présentant d’emblée l’oncle et la tante comme une famille de substitution bien intentionnée mais inadéquate, Obi-Wan s’impose d’office comme un père spirituel pour Luke. À cela s’ajoute l’apparition du contrebandier Han Solo, sorte de grand frère.

De la même manière qu’Obi-Wan fut témoin de la mort au combat de Qui-Gon face à Darth Maul, Luke assiste à celle d’Obi-Wan aux mains de Darth Vader. À noter que les très nombreux échos narratifs qui surviennent dans la série émanent évidemment de la première trilogie (1977-1983) : autrement dit, c’est la seconde trilogie (1999-2005) qui offre des variations de développements connus, mais censés s’être déroulés d’abord.

Désireux de parfaire sa formation, Luke retrace dans L’Empire contre-attaque le maître jedi Yoda. Éprouvant la certitude que ses amis Leia et Han Solo sont en danger, Luke repart avant la fin de sa formation, ce qui fait craindre à Yoda que son élève passe du côté obscur comme son père avant lui. Ce qu’apprend plus tard le principal intéressé de la bouche de Darth Vader qui, après que Luke l’eut accusé d’avoir tué son père, lui répond fameusement : « Je suis ton père. »

En 1980, la réplique eut l’effet d’une bombe et demeure, sans exagération, l’un des moments marquants de l’histoire du cinéma. Ce qui est approprié considérant la prévalence, en filigrane narratif, de la quête du père dans la saga.

Dans Le retour du jedi, Luke apprend d’un Yoda mourant et d’un Obi-Wan fantomatique que Leia est sa jumelle. Il a en outre admis l’impensable et veut désormais « sauver » leur père en le ramenant dans le giron de la Force : « Je détecte du bon en lui », insiste-t-il. À l’inverse, Darth Vader tente d’entraîner Luke du côté obscur à l’initiative du vil Empereur (alias Palpatine, alias Darth Sidious). Témoin de l’agonie de Luke, qui a refusé de se soumettre, Vader détruit l’Empereur. La disparition de ce « mauvais père » rime avec le retour du « bon père », Anakin, qui, dans son dernier souffle, se réjouit que son fils ait eu raison à son sujet.

Mauvais fils et fille inconnue

Coup de théâtre dans L’éveil de la Force : Kylo Ren (ou Ben Solo), fils de Leia Organa, générale de la Nouvelle République, et du contrebandier Han Solo, agit pour le compte du Premier Ordre, ersatz du défunt Empire dirigé par un certain Snoke. Après avoir échoué à raisonner son fils, Han est terrassé par celui-ci : un autre père qui périt. Ayant avec le temps développé ses habiletés innées liées à la Force, Leia ressent le drame en direct.

La Force est aussi très présente autour de la jeune Rey, qu’on découvre subsistant de la revente de pièces récupérées sur des carcasses de vaisseaux de feu l’Empire qui jonchent les étendues désertiques de la planète Jakku. Fuyant des sbires du Premier Ordre en compagnie de Finn, un stormtrooper qui s’est rebellé, Rey sera irrésistiblement conduite jusqu’à la cachette de l’ancien sabre laser de Luke (et d’Anakin)…

Reclus dans un coin de l’univers, Luke émerge à la fin de ce volet pour mieux jouer, dans Le dernier jedi, et cela de mauvais gré, un rôle de mentor (tiens) auprès de Rey, à qui il enseigne les rudiments de la Force. Rey qui apprend que ses parents, dont elle aura en vain espéré qu’ils reviennent la chercher, ne sont « personne », et qu’ils sont vraisemblablement morts.

Si ce développement a souverainement déplu à maints amateurs, on peut encore s’attendre à une révélation concernant Rey et les raisons de son association à la Force. Une théorie veut qu’elle soit la demi-soeur de Kylo, un autre rappel du motif de la gémellité… Et pourquoi pas plus d’interaction avec Leia ? On a hâte de savoir !

Quoi qu’il en soit, L’ascension de Skywalker démarrera alors que ledit Kylo s’est autoproclamé chef suprême du Premier Ordre. Ceci, après avoir tué son maître, Snoke. C’est dire que Kylo Ren a tué son père biologique et son père spirituel. Est-il trop tard pour une rédemption et une réappropriation du nom Ben Solo ? Réponse le 19 décembre.

Quant à Kathleen Kennedy, critiquée depuis les départs à répétition de cinéastes pressentis, les projets abandonnés, les recettes moindres du Dernier jedi, comparées à celles de L’éveil de la Force, et, surtout, l’échec financier de Solo : Une histoire de Star Wars après une production chaotique, ni elle, ni le président de Disney, Bob Iger, n’ont jusqu’à présent donné de réponse claire quant à un renouvellement de contrat. D’aucuns voient déjà Jon Favreau, créateur de The Mandalorian, lui succéder.

Mais, puisque Kathleen Kennedy est celle qui a donné le feu vert à cette série à laquelle on doit le phénomène « bébé Yoda », on ne pariera pas trop vite sur son départ.

Quelques repères pour s’y retrouver

George Lucas est le créateur et producteur omnipotent, entre 1977 et 1983, des épisodes Star Wars : Un nouvel espoir (La guerre des étoiles à l’époque), L’Empire contre-attaque (The Empire Strikes Back ; Irvin Kershner, 1980), Le retour du jedi (Return of the Jedi ; Richard Marquand, 1983), puis, entre 1999 et 2005, des antépisodes La menace fantôme (The Phantom Menace), L’attaque des clones (Attack of the Clones) et La revanche des Sith (Revenge of the Sith). Une fois sa société Lucasfilms vendue à Disney, Lucas céda les rênes de la présidence à Kathleen Kennedy, qui confia L’éveil de la Force (The Force Awakens), début d’une troisième trilogie, à J.J. Abrams (aussi derrière la résurrection de Star Trek au grand écran). Rian Johnson réalisa par la suite Le dernier jedi (The Last Jedi), chapitre controversé. D’où le retour aux commandes d’Abrams pour L’ascension de Skywalker (The Rise of Skywalker ; après l’embauche puis le départ de Colin Trevorrow).