«Bonjour, voisin»: Tom Hanks à son meilleur

Réputé dur à cuire, Lloy Vogel (Matthew Rhys) est attendri par Fred Rogers (Tom Hanks) lors d’une entrevue journalistique.
Photo: Sony Pictures Réputé dur à cuire, Lloy Vogel (Matthew Rhys) est attendri par Fred Rogers (Tom Hanks) lors d’une entrevue journalistique.

Il faudrait être de roc pour ne pas tomber sous le charme de Fred Rogers et par le fait même sous celui de A Beautiful Day in the Neighborhood. Le troisième long métrage de Marielle Heller (The Diary of a Teenage Girl) dresse un portrait attendrissant de l’animateur de télé qui a bercé des générations d’enfants aux États-Unis.

L’émission Mister Rogers' Neighborhood, diffusée pendant quatre décennies (jusqu’au changement de siècle), a marqué à ce point les esprits que la réalisatrice a tenu à calquer la réalité (télévisuelle). Des longues séquences du produit original sont reproduites, dont celles mettant à l’honneur la ville maquette, filmée à vol d’oiseau. Les intérieurs de la maison du personnage chéri respirent aussi la fidélité. Les nostalgiques n’en sont que mieux servis.

Il faudrait aussi avoir baigné dans la culture anglo-saxonne pour saisir toute l’importance que revêt ce retour dans le temps. Voir renaître à l’écran Fred Rogers, décédé en 2003, provoque sans doute une gamme d’émotions moins large au spectateur qui ne s’en sera tenu, pendant son enfance, qu’à Passe-Partout.

A Beautiful Day in the Neighborhood n’est pas une biographie de Fred Rogers. C’est ce qui donne au film, sinon son intérêt, son universalité. Le récit est campé à une période précise. Il met, ou remet en scène un fait véridique, celui de la rencontre entre le populaire animateur et un journaliste d’enquête, Tom Junod — rebaptisé Lloyd Vogel, pour les besoins de la fiction.

Dans la peau de Fred Rogers brille Tom Hanks. Le grand Tom Hanks. Celui au regard perçant et à la posture rigide, entre droiture et inconfort, de son célèbre Forrest. Il livre un personnage ambivalent, avec ses manières sacerdotales, son autorité bienveillante et son assentiment à parler de sujets difficiles. À ses côtés, Matthew Rhys, en Lloyd Vogel têtu, paraît plutôt docile. Correct, sans plus.

Le journaliste est primordial. C’est sa quête, ce sont ses yeux qui découvrent autant le Rogers du petit écran que celui de la vraie vie. Le scénario s’inspire d’un reportage réel de Tom Junod, paru dans l’édition de novembre 1998 du magazine Esquire, où il témoigne de cette rencontre.

Marielle Heller s’était déjà inspirée d’une journaliste de la même revue pour son précédent film (Can You Ever Forgive Me ?) Ici, elle ne se prive pas pour se coller à sa référence (y compris à sa page couverture). Il y a une sorte d’hommage au métier. La séquence où Rogers explique à ses petites ouailles le processus de fabrication d’une revue n’a peut-être pas été fabulée, mais elle prend un autre sens en 2019, maintenant qu’on vit la tranquille disparition de la presse imprimée.

À l’instar du titre québécois (Bonjour, voisin), des décors couleur bonbon, de la chanson en ouverture (la vraie), A Beautiful Day in the Neighborhood possède un ton mielleux. S’il réussit admirablement à s’attacher au monde enfantin, il est quelque peu miné par la morale qui plane sur lui. L’aura bon chrétien de Fred Rogers touche même le journaliste pourtant réputé dur à cuir. Fils rancunier, bourreau de travail, père absent, Vogel (ou Junod) devient tout le contraire au bout du récit.

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Bonjour, voisin (V.F. de A Beautiful Day in the Neighborhood)

★★★

Drame biographique de Marielle Heller. Avec Tom Hanks, Matthew Rhys, Susan Kelechi Watson, Chris Cooper. États-Unis, 2019, 109 minutes.