«Nomade»: le tour du monde de Bruce Chatwin

Armé du sac à dos de cuir que Bruce Chatwin lui a légué, Werner Herzog arpente le monde dans les pas de son ami défunt.
Photo: RIDM Armé du sac à dos de cuir que Bruce Chatwin lui a légué, Werner Herzog arpente le monde dans les pas de son ami défunt.

Les traces que laissent nos pas sur la terre, au cours de notre vie, sont éminemment périssables. À moins qu’un ami cinéaste ne décide, après notre mort, de les immortaliser. C’est ce qui arrive à l’écrivain voyageur britannique Bruce Chatwin, auquel le cinéaste Werner Herzog consacre un documentaire présenté aux RIDM, Nomade. Sur les traces de Bruce Chatwin.

Herzog a connu Bruce Chatwin de très près. Il a notamment adapté son roman Le vice-roi de Ouidha, pour en faire le film Cobra Verde.

Armé du sac à dos de cuir que Chatwin lui a légué, alors qu’il était en train de mourir du sida, Herzog arpente le monde dans les pas de son ami défunt. Son périple débute en Patagonie, dans la grotte où un brontosaure géant a été découvert au XIXe siècle. Un fragment de la peau de ce brontosaure était exposé dans la vitrine du cabinet de curiosités de la grand-mère de Bruce Chatwin, et c’est ce fragment qui a déclenché chez lui l’appel du voyage qui a gouverné sa vie. Dans cette grotte, Herzog rencontre la petite fille du découvreur du brontosaure, Hermann Eberhard.

Herzog visite ensuite la veuve de Chatwin, Élizabeth, dans la Grande-Bretagne natale de l’écrivain, avant de s’envoler en Australie, là où Chatwin s’est laissé guider par les Songlines, ces itinéraires chantés empruntés par les aborigènes, et dont il a tiré son livre le plus connu : Le chant des pistes. Ici, Herzog fait une pause fascinante autour du livre Songs of Central Australia, de l’anthropologue Ted Strehlow, qui traite précisément de ces itinéraires chantés qui ont tant charmé Chatwin. À travers de nombreuses entrevues, notamment avec la veuve de Chatwin et avec son biographe Nicolas Shakespeare, on découvre le grand conteur qu’était Chatwin, qui n’énonçait « pas des demi-vérités, mais des vérités et demie ».

Le style Herzog

Herzog se met lui-même en scène dans le cadre de ce film, notamment lorsqu’il aborde à la fois le tournage de Cobra Verde et la visite de Chatwin sur le plateau. Bruce Chatwin avait d’ailleurs déjà dit au sujet de son roman : « si cette histoire devient un jour un film, il faut que ce soit Werner Herzog qui le fasse ». Herzog revient aussi sur le tournage de Scream of Stone, un film sur l’escalade du Cerro Torre. Ce film, dit le réalisateur, lui a été inspiré par Bruce Chatwin, après sa mort.

Dans ce segment, on retrouvera le style de Herzog, le réalisateur de Fitzcarraldo, avec sa folie des grandeurs, son goût pour les sommets inaccessibles.

Le film marque le 30e anniversaire de la mort de Bruce Chatwin. On reste d’ailleurs touché d’apprendre que l’une des dernières scènes que Chatwin aura été amené à visionner est un extrait de Herdsmen of the Sun, un film de Herzog qui montre des hommes de la tribu des Wodaabe, dans le Sahara. Ces hommes participent à un concours de beauté pour attirer l’attention des femmes, et c’est la blancheur de leurs dents et du blanc de leurs yeux qui est leur atout le plus marquant.

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Nomade

★★★ 1/2

Sur les traces de Bruce Chatwin
Documentaire de Werner Herzog, Allemagne, 2019, 85 minutes