«Les Barbares de La Malbaie»: droit au but, droit au coeur

Les acteurs Justin Leyrolles-Bouchard et Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques
Entract Films Les acteurs Justin Leyrolles-Bouchard et Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques

Il s’appelle Jean-Philippe Tanguay, il a 16 ans, et est un fanatique de hockey : le genre capable de défiler ad infinitum les statistiques de chaque saison, chaque équipe et chaque joueur des 30 dernières années. Pour autant, JP n’aspire pas à une carrière sur la patinoire. Son expertise, il entend l’utiliser pour se faire un nom en tant qu’agent sportif. Pour l’heure toutefois, JP sert principalement de nounou à son cousin Yves, ancien espoir de la LNH qui, après une courte et largement romancée période de gloire, a sombré dans l’alcool. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher sa superbe maganée sur la patinoire locale en tant qu’étoile autoproclamée de l’équipe amateur Les Barbares de La Malbaie.

Admirateur invétéré, JP accourt au moindre claquement de doigts d’Yves. Les voici donc en route pour le tournoi canadien de Thunder Bay, un road trip qui prendra pour l’adolescent impressionnable valeur de voyage initiatique. De fait, en dépit de ce que suggère sa prémisse, la comédie dramatique de Vincent Biron non seulement n’est pas le film de hockey attendu, mais, au surplus, elle n’est pas à propos de qui l’on croit.

Non, Les Barbares de La Malbaie ne conte pas une énième histoire d’underdog, archétype cher aux récits sportifs qui, dans l’adversité, et d’avance donné perdant, parvient contre toute attente à briller. De Rocky à Warriors en boxe, de Slap Shot aux Boys en passant par Goon au hockey, l’underdog peut être un protagoniste ou une équipe entière.

Or, offrir une variation de ce qui constitue une formule éprouvée n’est pas ce qui intéresse Vincent Biron et les scénaristes Eric K. Boulianne, Marc-Antoine Rioux et Alexandre Auger. Ce que tout ce beau monde amène est beaucoup plus original et stimulant.

En effet, ledit archétype, envers lequel le public ressent d’emblée de la sympathie, car habitué de se le faire présenter sous le jour favorable du héros improbable, se voit déconstruit : attendrissantes ailleurs, ses failles et ses défauts participent ici d’une propension à se complaire dans son malheur et à rendre l’univers tout entier responsable de celui-ci. Cela, en évitant toute introspection.

Habile, l’exercice justifie en soi de voir le film. Mais il y a mieux puisque, non content de remettre en question l’admiration aveugle que l’on porte instinctivement au personnage hégémonique de l’underdog, le film écarte carrément ce dernier de sa primauté narrative habituelle.

L’histoire de JP

En effet, Les Barbares de La Malbaie n’est en fin de compte pas l’histoire d’Yves, ni même celle de l’équipe, mais bien celle de JP. C’est son point de vue, sa perspective que le film privilégie. Certes, les rires (ils sont nombreux et pas que gras) résultent souvent des frasques et pitreries d’Yves, et Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques est absolument formidable dans un rôle qui exige de lui un mélange pas évident de clown triste et de pervers narcissique, mais il reste que l’ancrage émotionnel du film provient de JP, de son éveil graduel et douloureux au fait que son idole de cousin ne correspond pas du tout à l’image qu’il s’est forgée de lui. Un constat alimenté en chemin, là encore en un renvoi à la forme initiatique, par toutes celles et tous ceux que croise JP.

Émouvante performance que celle de Justin Leyrolles-Bouchard qui, sans sacrifier l’inhérente détermination de JP, confère un surcroît de vulnérabilité au personnage. Car, à la base de cette idolâtrie envers Yves se trouve un besoin, d’une part, d’une figure masculine, le père de JP n’étant plus dans le décor, et, d’autre part, d’un modèle de réussite, Yves ayant jadis été — brièvement — repêché dans les majeures.

Matière à humour

Sur le plan technique, et en dépit d’un budget dont on ne sent jamais la maigreur, le film s’avère très au point. Déjà à la barre de l’ingénieuse comédie Prank, Biron multiplie les bons flashs visuels, trouvant notamment matière à humour dans la simple répétition de plans de route.

En phase avec l’esthétique volontairement morne de ce qui est en somme l’hiver du désenchantement de JP, le parti pris d’un réalisme légèrement caricaturé à la direction artistique, fait merveille. Idem pour ces numéros d’acteurs, d’actrices surtout, en fait (Erin Carter, Sophie Goulet et Florence Longpré en particulier), qui jalonnent le parcours du héros.

Enfin, implacable, et aussi doux-amer que brutal, le dénouement est un poème. Sérieusement, Les Barbares de La Malbaie est une fichue de belle surprise.

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Les Barbares de La Malbaie

★★★★

Comédie dramatique de Vincent Biron. Avec Justin Leyrolles-Bouchard, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, Erin Carter, Sophie Goulet. Québec, 2019, 115 minutes.