«Trous de cul, une théorie»: ces salauds qui nous dominent

Le réalisateur John Walker s’est basé sur un essai du même titre, publié en 2012 par Aaron James.
Photo: NFB Le réalisateur John Walker s’est basé sur un essai du même titre, publié en 2012 par Aaron James.

Le titre est vulgaire, la réalité aussi. Assholes, a Theory, le documentaire de John Walker, traduit en français par Trous de cul, une théorie, décrit le « trou de cul » type comme un être narcissique qui ne pense qu’à lui-même et à son profit, qui se croit supérieur aux autres et qui considère que tout lui est dû. Le phénomène demeurerait marginal si les « trous de cul » de ce monde n’avaient pas la cote, explique Walker, au point d’atteindre rapidement les plus hauts échelons du pouvoir dans des pays de plus en plus nombreux.

John Walker s’est en fait basé sur un essai du même titre, publié en 2012 par Aaron James, un professeur de philosophie à l’Université de Californie, que l’on rencontre d’ailleurs dans le film.

Il part d’abord d’exemples simples de la vie de tous les jours mettant en vedette ces « connards », personnes qui coupent les files au bureau de poste, surfeurs qui profitent des vagues au détriment des autres. Il prend ensuite le chemin d’Hollywood, où les narcissiques sont légion, et y rencontre une psychologue qui explique le phénomène. Les narcissiques ne peuvent pas prendre les autres en considération tout simplement parce que pour eux les autres n’existent pas, dit-elle. Au Canada, le réalisateur rencontre Sherry Lee Benson-Podolchuk, une ancienne membre de la Gendarmerie royale qui a fini par porter plainte contre des collègues qui la harcelaient. Sherry Lee Benson-Podolchuck a écrit un livre sur la discrimination envers les femmes dans la GRC bien avant que cette forme de harcèlement soit officiellement reconnue par les autorités.

Toutefois, le segment le plus intéressant du film est probablement celui où le réalisateur se déplace en Italie, sur les traces de l’ancien président Berlusconi. Ce dernier est un prototype de ceux que Walker appelle les « trous de cul ». À l’aide de son réseau de télévision, il a réussi à diffuser son idéologie dans les ménages italiens, et ce serait ce qui l’a propulsé à la présidence de l’Italie.

Parallèlement, le réalisateur interroge la députée italienne transgenre Vladimir Luxuria au sujet des diverses formes de harcèlement qu’elle a vécues dans sa vie. L’animatrice d’une émission de télévision qui traque les cyberharceleurs lui a permis de rencontrer l’une de ces personnes qui l’attaquaient en ligne. Après avoir confronté son harceleur, la députée en conclut simplement que cette personne a elle aussi des problèmes.

On l’aura compris, Assholes, a Theory ratisse large. L’idée de base, de démontrer que les personnes narcissiques et uniquement préoccupées par leurs intérêts, voire toxiques pour leurs semblables, sont valorisées dans une société capitaliste est intéressante. Tout au long du film, on sent un éléphant dans la pièce, Donald Trump, pourtant jamais nommé. Mais par ses longueurs et sa dispersion, le film demeure davantage un exercice de défoulement qu’une véritable théorie.

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Trous de cul, une théorie

★★★

Un documentaire de John Walker, Canada, 2019, 81 minutes