Roman Polanski, un cas qui embarrasse le cinéma français

Le réalisateur franco-polonais, Roman Polanski, a toujours trouvé des soutiens en France depuis qu’il a fui les États-Unis en 1978, sous le coup de poursuites dans une procédure de détournement de mineure.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Le réalisateur franco-polonais, Roman Polanski, a toujours trouvé des soutiens en France depuis qu’il a fui les États-Unis en 1978, sous le coup de poursuites dans une procédure de détournement de mineure.

La situation de Roman Polanski, visé par une nouvelle accusation de viol qu’il nie, embarrasse le cinéma français, régulièrement soupçonné de trop protéger le réalisateur franco-polonais oscarisé, toujours poursuivi par la justice américaine pour des faits remontant à 1977.

Depuis la publication vendredi du témoignage de la photographe Valentine Monnier, qui dit avoir été « rouée de coups » et violée par Roman Polanski en Suisse en 1975 à l’âge de 18 ans, le milieu du cinéma est resté plutôt silencieux.

Ce manque de réactions contraste avec les nombreux messages de soutien adressés la semaine dernière à l’actrice Adèle Haenel, qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » quand elle était adolescente.

Adèle Haenel est d’ailleurs l’une des seules figures du 7e art à avoir apporté son « soutien » à Valentine Monnier, dont l’accusation, la première portée par une Française, s’ajoute à celles d’autres femmes ces dernières années, toutes niées par le réalisateur de 86 ans.

À deux jours de la sortie de J’accuse, le film de Polanski sur l’affaire Dreyfus — Grand Prix du jury à la Mostra de Venise —, la gêne est palpable.

Jean Dujardin, qui joue le rôle principal de J’accuse, a annulé sa venue au journal du soir de TF1 dimanche. France Inter a annoncé qu’Emmanuelle Seigner, femme de Polanski, qui joue dans le film, ne viendrait pas non plus mardi à l’émission Boomerang.

« Inconditionnel cénacle »

Les cinéastes de l’ARP (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs), dont fait partie Polanski, ont indiqué que s’ils « devaient trancher sur le statut de Roman Polanski, ils le feraient avec l’accord des cinéastes » membres. Mais, ont-ils ajouté, « il n’y a pas de conseil d’administration prévu pour l’instant ».

Roman Polanski est aussi membre de l’Association pour la promotion du cinéma. Sollicité par l’AFP, le président de l’Académie, Alain Terzian, n’a pas répondu.

Le réalisateur franco-polonais, oscarisé pour Le pianiste — et récompensé aussi par plusieurs César à Paris et une Palme d’or à Cannes —, a toujours trouvé des soutiens en France depuis qu’il a fui les États-Unis en 1978, sous le coup de poursuites dans une procédure de détournement de mineure. Mais il fait face à une indignation grandissante des féministes.

En 2017, elles avaient manifesté en France contre une rétrospective qui lui était consacrée à la Cinémathèque. La même année, il avait dû renoncer à présider la cérémonie des César, équivalent des Oscar pour le cinéma français.

Le cinéaste avait cependant été soutenu par ces institutions — Alain Terzian justifiant son choix comme « indiscutable » — alors qu’aux États-Unis, l’Académie des Oscar a décidé de l’exclure.

Dans sa tribune dans Le Parisien, Valentine Monnier dénonce l’attitude d’un « inconditionnel cénacle d’intellectuels et d’artistes persistant à […] soutenir » Roman Polanski malgré « de nombreuses autres accusations de viol » et malgré le mouvement #MoiAussi. Un mouvement qualifié l’an dernier par le cinéaste d’« hystérie collective » et d’« hypocrisie ».

Distinguer l’artiste de l’oeuvre

La star du cinéma français Catherine Deneuve, qui avait tourné avec lui dans Répulsion, n’a ainsi jamais cessé de le soutenir, comme elle l’a fait à nouveau avant la Mostra, où la sélection de J’accuse avait indigné les féministes. « La plupart des gens ne connaissent pas la réalité » de l’affaire, selon elle.

Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, avait aussi estimé en 2017 que « c’est une affaire qu’il faut bien connaître pour pouvoir en parler ».

« Ça fait 40 ans. Depuis, il vit une vie normale […] Le pardon est nécessaire dans la société », a encore plaidé récemment le réalisateur Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française.

Cet été, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, a estimé « qu’il faut faire une distinction très claire entre l’homme et l’artiste ». Mais la présidente du jury, Lucrecia Martel, avait affirmé être « très gênée » par la sélection du film.

Pour l’universitaire Iris Brey, spécialiste de la représentation du genre au cinéma, « séparer l’artiste de l’oeuvre, c’est une question qu’on ne réserve qu’aux hommes ».

Valentine Monnier s’interroge en outre sur le fait que le réalisateur continue à bénéficier de fonds publics pour ses films.

Le ministère de la Culture a confirmé à l’AFP avoir reçu une lettre de la photographe à ce sujet, courrier transmis au Centre national du cinéma et à France Télévisions, qui ont participé au financement de J’accuse.

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