«Midway»: si vous cherchez la bagarre

<i>Midway </i>évoque surtout l‘affrontement de juin 1942 ayant un peu pansé les plaies des États-Unis après l’humiliante attaque japonaise à Pearl Harbor.
Lionsgate Midway évoque surtout l‘affrontement de juin 1942 ayant un peu pansé les plaies des États-Unis après l’humiliante attaque japonaise à Pearl Harbor.

À quoi ressemblerait un film « mondialisé » ? On pourrait donner le gouvernail à un réalisateur américain d’origine allemande revisitant une défaite humiliante suivie d’une victoire décisive pendant la Deuxième Guerre mondiale où s’opposaient les États-Unis et le Japon, le tout avec du financement chinois. Ne cherchez plus, ce film existe, et il se nomme Midway.

Celui qui l’a mis en boîte affiche une constance faisant sûrement l’objet de savantes analyses universitaires, moins dans les départements de cinéma qu’en sciences politiques ou en communication. Car Roland Emmerich utilise tous les (gros) moyens mis à sa disposition pour que tournent le plus vite possible ses manèges démagogiques à la gloire de son pays d’accueil. La grandiloquence faisait déjà partie de son arsenal il y a plus de 20 ans dans Independence Day, et n’a connu depuis aucun signe de faiblesse (White House Down, 2012, The Day After Tomorrow).

Pour les férus d’histoire, et ceux qui ont une mémoire, Midway évoque surtout ce spectaculaire affrontement en juin 1942, celui ayant un peu pansé les plaies des États-Unis à la suite de l’humiliante attaque de l’armée japonaise à Pearl Harbor. Plusieurs l’ignoraient à l’époque, mais il s’agissait d’un prélude à la suprématie militaire américaine, qui trouvera sa tragique apothéose nucléaire en août 1945. Or, Midway, c’est aussi une superproduction dont les années 1970 avaient le secret, celles qui multipliaient les catastrophes en tous genres et offraient des cachets substantiels à bien des vedettes à la carrière déclinante.

Roland Emmerich aurait eu beaucoup de plaisir à cette époque, usant des mêmes méthodes tapageuses, les effets numériques en moins, ici aussi nombreux que les balles, les bombes et les torpilles qui traversent l’écran, dignes des plus gros feux d’artifice. Au milieu de ce tintamarre flamboyant, des personnages dits historiques, des hauts gradés et des subalternes qui donnent des ordres ou les contestent, qui se plaignent de l’incompétence en place à Washington D.C. ou multiplient les discours jovialistes sur l’importance du sacrifice en temps de guerre.

Ils sont à peu près tous, peu importe leur nationalité, des pantomimes débitant des réflexions d’une profondeur comparable à celles que l’on retrouve sur les plaques d’immatriculation. Et lorsqu’ils dérogent de ces discours insipides, l’expression « cowboy bullshit » surgit, à deux reprises, comme un rappel de l’insolence des éléments les plus kamikazes de l’armée américaine. Un d’entre eux domine sans partage, le lieutenant Richard « Dick » Best (Ed Skrein), le seul à afficher une discrète évolution psychologique, en adéquation avec sa timide montée en grade. De tête brûlée, il devient peu à peu un héros tourmenté — par le poids des responsabilités, la mort de plusieurs recrues, le moral des troupes aussi faible qu’un soir de défaite électorale.

Mais qu’a-t-on, nous, à gagner devant un film comme Midway ? Une leçon d’histoire ? Si elle est toujours écrite par les vainqueurs, ce jeu vidéo dont on nous prive des manettes témoigne que la victoire n’est pas nécessairement une grande source d’inspiration, suscitant un lyrisme de pacotille et un patriotisme de façade.

Au milieu de Midway, on en vient à trouver du génie à Michael Bay (Pearl Harbor) et de la rigueur historique à Quentin Tarantino (Inglourious Basterds). Entre deux salves de mitraillettes, tous les moyens sont bons pour garder l’esprit en éveil.

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Midway

★★ 1/2

Drame historique de Roland Emmerich. Avec Ed Skrein, Patrick Wilson, Luke Evans, Dennis Quaid. États-Unis, 2019, 138 minutes.