«Jojo Rabbit»: le mauvais civet

Chaplin avait ébloui avec «Le dictateur». Cette fois, l’humour vole bas.
Photo: Fox Searchlight Chaplin avait ébloui avec «Le dictateur». Cette fois, l’humour vole bas.

Jojo Rabbit, du Néo-Zélandais Taika Waititi, a remporté au TIFF le convoité Prix du public. Il devrait sans doute récolter des nominations aux Oscar, poussé par le bouche-à-oreille. Des spectateurs se dilatent la rate devant cette farce située en Allemagne durant le IIIe Reich, qui m’est apparue imbuvable. Visions inconciliables.

Chaplin avait ébloui avec sa brillante satire du führer dans Le dictateur, et ce, en plein règne d’Hitler. Roberto Benigni dans La vie est belle était parvenu à louvoyer dans le champ de mines des camps de concentration avec humour et émotion. Le grand talent n’est pas donné à tous.

On peut souligner le culot du cinéaste pour avoir su engendrer une satire kitsch et pop, qui jongle en sous-main avec l’esthétique de Wes Anderson, tout en mettant Hitler en scène. Voici le tyran en burlesque ami imaginaire (joué par Taika Waititi) d’un jeune garçon membre des jeunesses hitlériennes (Roman Griffin Davis, tonique). Son cerveau est lessivé à Berlin sous la botte nazie, malgré une mère résistante (Scarlett Johansson, sous-utilisée) qui lui ment à qui mieux mieux, tout en gardant cachée une jeune juive dans les tréfonds de la maison (Thomasin McKenzie, plus fine et touchante que les autres).

Cette fois, l’humour vole bas, avec des personnages en général unidimensionnels, les chœurs de « Heil Hitler ! » semblent bien répétitifs, le scénario part en tous sens sans boucler ses boucles, le dénouement est un pétard mouillé, et la proposition, qui se veut hardie, roule sur de vieilles recettes comiques ayant fait leurs preuves en des jours meilleurs. Présenté à travers le regard du garçon, le film manque à la fois d’audace et de sensibilité pour s’offrir une vraie charge satirique. La caméra de Mihai Malaimare et la musique de Michael Giacchino accentuent gaillardement le côté pop du concept, jouant parfois d’anachronismes. Une chanson des Beatles en allemand ouvre la marche sur des images d’archives.

Le XXIe siècle, plus détaché qu’hier des horreurs de l’Allemagne nazie, rit de bon cœur aux blagues faciles entourant ce désastre historique. Ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. En une autre époque, Jojo Rabbit aurait gagné ses galons au rayon des films cultes psychotroniques.

Le petit héros, surnommé Jojo Rabbit parce qu’il n’a pas pu occire un lapin durant une séance d’entraînement au camp nazi, croit dur comme fer à la bible aryenne, tout en subissant les railleries du groupe. Sa découverte de la jeune juive encabanée, finalement non pourvue de cornes et de queue fourchue, le rend perplexe ; curieux et attiré. Sa mère mourra sans déclencher chez l’enfant de dix ans une crise émotionnelle, au mépris de tout bon sens.

Où donc le cinéaste cherche-t-il à entraîner le personnage dans sa confuse découverte du monde tandis que le régime et son monde intime s’effondrent ? Entre le camp des jeunesses hitlériennes où tout est caricature, le boiteux duo mère-fils, le personnage fantasmé d’Hitler plus clownesque que maléfique, les tons se marient mal. La figure de la jeune juive émerge du lot avec une grâce tragique venue d’ailleurs.

Un nazi incarné par Sam Rockwell démontre avant sa chute quelque humanité. Le cinéaste finit par renvoyer dos à dos les SS et les juifs. Ni monstres ni anges. À chacun ses bons côtés, semble signifier Waititi au bout du compte, livrant un message d’ambiguïté qui fait « pouch » !

 

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Jojo Rabbit

★★

Comédie satirique de Taika Waititi. Scénario : Taika Waititi, librement adapté du roman Caging Skies de Christine Leunens. Avec Roman Griffin Davis, Scarlett Johansson, Thomasin McKenzie, Taika Waititi. États-Unis–Allemagne, 108 minutes.