«L’affaire des Panama Papers»: laver plus blanc

Jürgen Mossack et Ramon Fonseca, personnifiés à l’écran par Gary Oldman et Antonio Banderas, sont dépeints comme deux bouffons sans scrupule ni remords.
Photo: Netflix Jürgen Mossack et Ramon Fonseca, personnifiés à l’écran par Gary Oldman et Antonio Banderas, sont dépeints comme deux bouffons sans scrupule ni remords.

Au moment où ces lignes étaient écrites, les avocats panaméens Jürgen Mossack et Ramon Fonseca, qui font l’objet d’une enquête du FBI, tentaient de convaincre la justice américaine de reporter la diffusion du nouvel opus de Steven Soderbergh, « basé sur des secrets vécus », tel que l’annonce un carton au début du film. La raison ? L’image que véhicule d’eux L’affaire des Panama Papers pourrait leur nuire dans l’éventualité d’un procès.

Pour mémoire, la réputation de ces messieurs avait été passablement éclaboussée lors de la fuite d’informations confidentielles sur plus de 214 000 sociétés offshore représentées par leur cabinet d’avocats. Politiciens, hommes d’affaires et célébrités s’étaient également retrouvés dans une situation pour le moins délicate.

Revenons à nos deux larrons. Il est vrai que le traitement fantaisiste de Soderbergh (The Informant !) et le scénario aux accents grinçants de Scott Z. Burns (Contagion, de Soderbergh), qui s’inspire du livre de Jake Bernstein (Secrecy World), ne leur font pas de cadeau. Incarnés respectivement par Gary Oldman, affublé d’un accent allemand à couper au couteau, Antonio Banderas, qui minaude comme son chat potté de Shrek, ceux-ci sont dépeints comme deux bouffons sans scrupule ni remords.

Arborant différents looksbling-bling, comme s’ils évoluaient dans le monde du glamoureux malfrat Danny Ocean, Mossack et Fonseca font office de vulgaires animateurs d’une revue de variétés où ils expliquent, suave sourire aux lèvres et voix de velours, le b.a.-ba de l’évasion fiscale, du blanchiment d’argent, des sociétés écrans et des sociétés offshore. Ce faisant, les deux drôles de pistolets présentent le récit de quelques victimes de ces magouilles financières.

Parmi ces victimes se trouve Ellen Martin (Meryl Streep) qui découvre, peu après la mort accidentelle de son mari, que la compagnie d’assurances devant l’indemniser est une arnaque. Ses recherches l’amèneront à découvrir un univers où la corruption est reine. Alors que l’on se délecte des tribulations de cette brave veuve, servant de fil rouge à cette farce chorale aux allures circassiennes d’inspiration brechtienne, on regrette par moments la forme éclatée de l’ensemble.

Pas banal

De fait, comme cela se produit immanquablement dans les films à sketchs, certains récits se révèlent plus faibles que d’autres et apportent peu d’eau au moulin. À la défense du réalisateur, on dira qu’en propulsant ses histoires aux quatre coins du globe, il souligne ainsi toute la dimension internationale du scandale de 2016.

Rappelant par son esprit satirique et son ton caricatural Monty Python :Le sens de la vie, de Terry Jones, et Les nouveaux sauvages, de Damien Szifron, le tout ne manque certes pas d’humour noir ni d’esprit critique grinçant. Toutefois, la légèreté avec laquelle Steven Soderbergh traite ce scandale a pour effet pervers de banaliser la criminalité financière. Y dévoilant, par la bouche du tandem Mossack Fonseca, posséder cinq compagnies écrans, le cinéaste aurait-il voulu se garder une petite gêne ? Et dire qu’il s’agit d’une production Netflix, géant passé maître dans l’art de réduire ses impôts. Ironique, non ?

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

L’affaire des Panama Papers (V.F. The Laundromat)

★★★

Comédie satirique de Steven Soderbergh. Avec Meryl Streep, Gary Oldman, Antonio Banderas, Sharon Stone, David Schwimmer, Robert Patrick et Jeffrey Wright. États-Unis, 2019, 96 minutes. En salle et sur Netflix dès maintenant.