«Maleficent: Mistress of Evil»: la guerre des clans

«Maleficent: Mistress of Evil» revisite une fois de plus les angles morts et les zones d’ombres du conte de «La belle au bois dormant», y injectant même une dimension politico-écologique pour qui voudra bien la voir.
Photo: Walt Disney Pictures «Maleficent: Mistress of Evil» revisite une fois de plus les angles morts et les zones d’ombres du conte de «La belle au bois dormant», y injectant même une dimension politico-écologique pour qui voudra bien la voir.

En 2014, Robert Stromberg était surtout connu pour être un surdoué des effets spéciaux, collaborant à des films qui, à ce chapitre, élevaient la barre de plusieurs crans : Avatar, Alice in Wonderland, Life of Pi, etc. Et comme pour tous les surdoués, on leur donne parfois les clés de la maison afin qu’elle soit décorée à leur goût. Elle se nommait Maleficent, une relecture dans la pure tradition des studios Disney, cette fois de La belle au bois dormant, avec Angelina Jolie en méchante fée, mais avec un coeur bien caché.

L’apprenti cinéaste a toutefois montré les limites de son talent, dans un film certes éblouissant, mais qui ne s’égarait jamais de la routine hollywoodienne : cela n’a visiblement pas lassé le public, qui a fait la fête à ce qui ressemblait aussi à un hommage à la splendeur de Jolie, plus sophistiquée qu’à l’époque de Lara Croft. C’est maintenant au tour de Joachim Roenning de conduire cette somptueuse galère, déjà familier avec les bateaux de pirates (Pirates of the Caribbean : Dead Men Tell no Tales).

Maleficent : Mistress of Evil revisite une fois de plus les angles morts et les zones d’ombres de ce conte de fées, trois scénaristes (dont Linda Woolverton, ayant signé The Lion King) y injectant même une dimension politico-écologique pour qui voudra bien la voir : les périls de la dévastation des milieux naturels et les bienfaits de la cohabitation pacifique entre deux nations différentes forcées de partager le même territoire. Les solutions préconisées, et son aboutissement, relèvent aussi du conte de fées, mais à ce point névralgique du récit, ces considérations sont déjà noyées dans une débauche de pirouettes visuelles.

Ce qui semble immuable, c’est la beauté glaciale émanant de cette fée vêtue de noir, toujours aussi protectrice à l’égard d’Aurora (Elle Fanning), charmante princesse maintenant bien réveillée, en communion avec la nature, et que l’on pourrait croire sortie de Woodstock. Philip (Harris Dickinson), le prince du royaume pour lequel la maléfique éprouve tant de haine, fait la grande demande auprès de la jeune fille en fleur, un événement causant des tensions dans chaque clan. Ingrith (Michelle Pfeiffer, avec un curieux accent british), la reine mère du futur époux, affiche d’ailleurs une satisfaction suspecte à la perspective de ce mariage. Tout comme certains politiciens de notre temps, celle-ci vire vite fait sa cape royale pour foutre un bordel de nature guerrière, et qui impliquera une civilisation sortie tout droit d’Avatar

Avec son abondance de fées papillonnantes, de trolls sympathiques (oui, ça existe, mais seulement dans les contes), et de mutants aux longues ailes déployées, Maleficent : Mistress of Evil reste fidèle à son cahier des charges originel : un gigantesque arsenal visuel au service d’une histoire chargée de personnages grossièrement esquissés, avec au centre une rivalité féminine toute-puissante. Et où la plupart des figures masculines, couronnées ou pas, sont d’une pâleur translucide.

Si cette production fait la part belle à deux grandes actrices qui mériteraient beaucoup mieux, elles ne sont que les maillons flamboyants d’une aventure en rien féministe, soucieuse surtout de perpétuer les traditions nuptiales, le meilleur moyen pour assurer des trêves durables, du moins dans ce monde enchanté et enchanteur. Dans le grand livre de Walt Disney, la chose est possible, car le studio était et demeure une grande usine à licornes.

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Maléfique – Maîtresse du Mal (v.o. : Maleficent – Mistress of Evil)

★★★

Drame fantastique de Joachim Roenning. Avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Michelle Pfeiffer, Harris Dickinson. États-Unis, 2019, 118 min.