«El Camino»: l’art de bien terminer une deuxième fois

Il restait toujours à connaître le sort de l’acolyte de Walter White, Jesse Pinkman, un de ses anciens élèves du secondaire.
Photo: Netflix Il restait toujours à connaître le sort de l’acolyte de Walter White, Jesse Pinkman, un de ses anciens élèves du secondaire.

Quand c’est fini, ça peut parfois recommencer. Surtout quand ce n’est pas vraiment fini et que tout le monde veut connaître l’histoire jusqu’à la fin. C’est ce que permet le film El Camino, mis en ligne depuis quelques heures vendredi par le pure player Netflix.

El Camino (« le chemin », en espagnol) vient compléter, comme une postface, la célébrissime série télé Breaking Bad, diffusée à AMC entre 2008 et 2013, puis sur Netflix. Le rare chef-d’oeuvre du présent âge d’or de la fiction sérielle, trônant au sommet avec des productions comme The Wire, a consacré cinq saisons à enluminer un portrait enténébré de la jungle étasunienne contemporaine. La grande finale du 62e épisode s’est terminée de manière magistrale en laissant pour mort son antihéros, le chimiste Walter White, devenu maître producteur de méthamphétamine.

Restait à connaître le sort de son acolyte, Jesse Pinkman, un de ses anciens élèves du secondaire. Une des dernières images de la série le montrait en fuite en voiture. Les innombrables fans demandaient depuis six ans ce qui lui était arrivé. Le créateur Vince Gillan leur promettait de « faire mieux ». Il en avait d’autant plus l’obligation que, depuis 2015, la série Better Call Saul raconte le destin non moins intrigant de Saul Goodman, avocat corrompu de Walter White.

El Camino reprend exactement là où avait été laissé Jesse Pinkman, sur son chemin, vers son propre destin. Ce n’est pas divulgâcher que de raconter que le téléfilm raconte sa tentative pour se reprendre en main, pour s’évader pour de bon de cette vie merdique et recommencer loin, très loin. Pour y arriver, il lui faut du fric, beaucoup de fric, et le récit montre comment il y arrive. Ou pas…

La production prend des airs de 63e épisode et ce n’est peut-être pas ce que l’audience de stricte obédience attendait, mais c’est franchement très satisfaisant. Quelques flashs-back permettent de comprendre les choix que fait Jesse Pinkman au fur et à mesure de cette nouvelle lutte pour sa survie pendant que toute la police du Nouveau-Mexique est à ses trousses. Le film couvre environ 48 heures de traque, avec évidemment au passage des personnages toujours très colorés. L’argument de base justifie la multiplication des scènes de nuit et les huis clos. Le récit est parfaitement huilé et la caméra reprend certains tics bien connus des habitués, dont cette étrange obsession pour les points de vue sur l’action de l’intérieur des objets (un frigo par exemple).

Comment le dire autrement : on voulait savoir et maintenant on sait ce qui arrive à Jesse Pinkman. On comprend ce qui arrive à cet ado attardé, devenu un homme au contact d’un surdoué de la chimie révolté contre sa société injuste exigeant de chacun qu’il se réalise lui-même, y compris en s’enfonçant dans la fange, y compris en embrassant les bourreaux, y compris en tentant de sauver sa peau, coûte que coûte, une dernière fois. C’est maintenant bel et bien fini, et on ne peut que dire merci.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

El Camino. Un film Breaking Bad (V.F. d’El Camino : A Breaking Bad Movie)

★★★ 1/2

Drame de Vince Gilligan. Avec Aaron Paul, Jesse Plemons, Krysten Ritter. États-Unis, 2019, 122 minutes.