«Dolemite is My Name»: Eddie Murphy est de retour!

Eddie Murphy est brillant en Rudy Ray Moore (les rumeurs de nomination aux Oscar fusent depuis le TIFF). Toute la distribution est pour le compte excellente.
Photo: NETFLIX Eddie Murphy est brillant en Rudy Ray Moore (les rumeurs de nomination aux Oscar fusent depuis le TIFF). Toute la distribution est pour le compte excellente.

« Dolemite is my name, and fucking up motherfuckers is my game. » Cette tirade des plus fleuries est le mantra d’un maquereau autoproclamé vêtu avec une extravagance assortie. Il s’agit en l’occurrence d’un personnage de scène créé par Rudy Ray Moore en 1970. Un Eddie Murphy au sommet de son art l’incarne dans un film inspiré de la vie du chanteur, stand-up, acteur et producteur. Quoique ces deux derniers chapeaux ne vinrent qu’après le triomphe dudit personnage dont le phrasé en rimes valut à Rudy Ray Moore d’être surnommé le « parrain du rap ».

La vulgarité de son matériel, il la revendiquait en se définissant comme un « expressionniste du ghetto ». Parcours peu banal, que le sien. Or, qui de mieux pour raconter celui-ci que deux des scénaristes parmi les plus iconoclastes de Hollywood : Scott Alexander et Larry Karaszewski. On leur doit notamment les scénarios d’Ed Wood, de Tim Burton, sur le pire réalisateur de tous les temps, et de Larry Flint (The People vs Larry Flint), de Milos Forman, sur le fondateur de la revue Hustler.

Au vu de ce passif, on comprend vite l’attrait que Rudy Ray Moore dut exercer sur le duo, entre rêve de cinéma à concrétiser vaille que vaille et anticonformisme sur fond de propos qui dérange. Car Rudy Ray Moore dut batailler pour se lancer en cinéma : malgré la notoriété de son personnage et le fait que le blaxploitation était à son plus populaire (Shaft, Super Fly, Cleopatra Jones), Dolemite, le film, n’intéressa aucun joueur du milieu (Moore s’autofinança, au risque de perdre tous ses droits musicaux). Lorsqu’on lui assène que ce n’est pas parce que les gens des cinq pâtés de maisons qu’il connaît veulent voir son film que ça vaut pour le reste du pays, il faut l’entendre rétorquer que ces cinq pâtés de maisons existent dans chaque ville. D’ailleurs, en sous-texte, le film est très habile à montrer la solidarité qui anime spontanément une communauté noire habituée d’être ignorée par la culture blanche dominante.

Morceaux de bravoure

Dolemite Is my Name a été réalisé par Craig Brewer, derrière l’excellent Hustle and Flow et le bizarre mais captivant Black Snake Moan (et aussi l’épouvantable remake de Footloose, hélas). Le dynamisme constant de sa mise en scène, d’une élégance discrète mine de rien, est en phase avec l’énergie contagieuse de Moore (et sa verbomotricité). Ah ! Il est impossible de ne pas se trémousser un brin au son des arrangements soul et funk propres au blaxploitation.

Justement, sans verser dans la caricature d’époque, Brewer recrée l’univers haut en couleur de Moore et de sa bande avec un réalisme saisissant. On s’y croirait. Cette superbe ornementale, à défaut d’une meilleure description, immédiatement identifiable au blaxploitation, le cinéaste la réserve à des moments choisis, surtout pendant le tournage de Dolemite, le film dans le film.

Lequel tournage survient en seconde partie, la première étant consacrée à la stagnation professionnelle de Moore, à la naissance du personnage de Dolemite, au succès-surprise des disques d’humour subséquents, etc., le récit opérant par crescendo, une petite victoire en amenant une plus grande. L’ennui est que le scénario d’Alexander et Karaszewski, après un mitan quelque peu flottant, répète la formule. L’impression de redite est toutefois atténuée par la succession de morceaux de bravoure pendant la production de Dolemite dans un immeuble désaffecté.

Murphy brillant

On l’évoquait d’entrée de jeu, Eddie Murphy est brillant en Rudy Ray Moore (les rumeurs de nomination aux Oscar fusent depuis le TIFF). Il y a en outre quelque chose d’émouvant à le voir effectuer un tel retour en interprétant un personnage qui vit également un comeback. On serait tenté d’écrire qu’il n’a pas été aussi bon depuis ses multiples rôles dans Un prince à New York (Coming to America), mais ce serait passer sous silence le délicieux Bowfinger, autre satire d’Hollywood à laquelle on songe de-ci de-là en s’esclaffant devant Dolemite Is my Name (le film tient davantage de la comédie que du drame biographique en dépit de passages sérieux).

Toute la distribution est pour le compte excellente, de Tituss Burgess dans le rôle de Theodore Toney, ami gai qui est ironiquement le plus straight du groupe, à Da’Vine Joy Randolph dans celui de Lady Reed, protégée et confidente de Moore. Dans le rôle de l’acteur et réalisateur D’Urville Martin, qui accepte à regret de réaliser Dolemite, Wesley Snipes (où était-il tout ce temps ! ?) vole carrément la vedette. Beau joueur, Eddie Murphy n’hésite pas à devenir le faire-valoir de l’équation humoristique dans leurs scènes communes.

Quoi qu’il en soit, ces deux-là partagent une chimie comique inattendue. Bonne nouvelle : Craig Brewer les dirigera à nouveau dans Un prince à New York 2, dont on doutait de la pertinence mais qu’on attend soudainement avec impatience. C’est dire la réussite de Dolemite Is my Name.

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Dolemite Is my Name

★★★★

Comédie biographique de Craig Brewer. Avec Eddie Murphy, Da’Vine Joy Randolph, Tituss Burgess, Keegan-Michael Key, Wesley Snipes. États-Unis, 2019, 118 minutes. En salle dès maintenant. Sur Netflix à partir du 25 octobre.