Cinéphilie en liesse au Festival du nouveau cinéma

<i>Antigone</i>, de Sophie Deraspe, est sur toutes les lèvres. Récemment choisie pour représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, cette transposition moderne de la tragédie de Sophocle aux maints échos actuels met en vedette Nahéma Ricci.
Photo: Maison 4:3 Antigone, de Sophie Deraspe, est sur toutes les lèvres. Récemment choisie pour représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, cette transposition moderne de la tragédie de Sophocle aux maints échos actuels met en vedette Nahéma Ricci.

L’automne est bien installé. Après les couleurs enflammées et les dernières chaudes journées, trop brèves, la morne saison charrie dans son sillage humide feuilles mortes et cieux plombés. Or, il en va tout autrement en culture, de grandes rentrées en sorties attendues. Au cinéma, cela se traduit par une pléthore de festivals enchaînés à la queue leu leu. Après celui de Québec, mais avant Cinemania et celui de l’Abitibi-Témiscamingue, voici le Festival du nouveau cinéma qui s’amène avec une programmation alléchante à souhait et, surtout, très dense.

Car il y a du « stock », comme on dit, et du gros, au FNC, qui a dévoilé cette semaine une sélection typiquement foisonnante — et enthousiasmante. D’ailleurs, s’il est une caractéristique dominante de l’événement presque quinqua, c’est sa capacité à rameuter en première québécoise les titres venus d’un peu partout parmi les plus attendus.

En provenance de l’étranger d’abord : le magnifique et fortement autobiographique Douleur et gloire, de Pedro Almodóvar. Lauréat du prix d’interprétation masculine à Cannes, Antonio Banderas, révélé jadis par le cinéaste espagnol, campe l’alter ego d’Almodóvar avec une vérité confondante, le film multipliant en outre les références et les jeux de miroirs. La figure de la mère y est comme de raison centrale, mais abordée de manière encore plus intime qu’auparavant.

Et que dire d’About Endlessness, du tout aussi distinctif Roy Andersson, qui a remporté le prix de la mise en scène à Venise ? Maître du plan-séquence comme tableau vivant, chantre de l’absurde et de l’humour oblique, le réalisateur suédois se propose d’évoquer, à sa façon toute singulière, rien de moins que la condition humaine au moyen de sketchs savamment conçus.

Géant d’antan n’ayant pas dit son dernier mot, Costa-Gavras revient au genre auquel il a donné maints fleurons : le drame politique. Basé sur le livre incendiaire de l’ex-ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, Adults in the Room revisite la crise financière de l’intérieur. Grand retour pour le réalisateur de Z, L’aveu, Missing et Le couperet ? On ne demande pas mieux, d’autant que le cinéaste franco-grec sera l’invité du FNC.

Auteur établi de plus fraîche date, mais non moins solide, Noah Baumbach s’est attiré une presse élogieuse à Venise pour son Mariage Story. Après s’être penché sur le divorce de ses parents dans le remarquable The Squid and the Whale, le voici qui explore le sien, le film relatant la séparation d’un réalisateur (Adam Driver) et d’une comédienne (Scarlett Johansson). Pour mémoire, Baumbach a divorcé de l’actrice Jennifer Jason Leigh en 2013. Note : la palette chromatique résolument bergmanienne qui baigne ces scènes de l’après-vie conjugale n’est sûrement pas le fruit du hasard…

Photo: Métropole Films En provenance de l’étranger: le magnifique et fortement autobiographique Douleur et gloire, de Pedro Almodóvar, lauréat du prix d’interprétation masculine à Cannes pour l’acteur Antonio Banderas.

Cinéma(s) d’ici

Sur le front national, Antigone, de Sophie Deraspe, est sur toutes les lèvres. Récemment choisie pour représenter le Canada dans la course à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, cette transposition moderne de la tragédie de Sophocle aux maints échos actuels met en vedette Nahéma Ricci. La cinéaste a fait état d’un désir de réalisme social. On a hâte de voir le film.

Tout autre univers mais même impatience en ce qui concerne The Twentieth Century, du réalisateur montréalais Matthew Rankin. Sacrée meilleur premier film canadien au TIFF, cette bio fantasmée, et fantasmagorique, propose un futur premier ministre Mackenzie King en figure ambiguë et fétichiste, entre autres partis pris prometteurs.

On attend beaucoup de fantaisie également du côté du toujours original André Forcier qui, avec Les fleurs oubliées, place sur la route d’un apiculteur (Roy Dupuis) et de son fils (Émile Schneider) un frère Marie-Victorin (Yves Jacques) las du paradis et désireux de revenir, de nos jours, à ses premières amours botaniques.

Tiré du roman de Gabrielle Roy, La rivière sans repos, de Marie-Hélène Cousineau, conte pour sa part la vie, comme rivière justement, d’une femme innue au temps de la colonisation, entre combat et survivance.

Au rayon des trouvailles, vivement la présentation de Blood Quantum, de Jeff Barnaby, dont on avait adoré le Rhymes for Young Ghouls. À nouveau, l’auteur fusionne culture micmaque et codes du cinéma de genre. Dans ce deuxième long, l’horreur existentielle succède au thriller social alors qu’une épidémie de zombie transforme une communauté micmaque en rempart ultime de l’humanité.

En guise d’extra

Le FNC, c’est en outre une pléthore d’activités parallèles. Parmi celles-ci : la projection de la version restaurée du film Crash de David Cronenberg. Après avoir créé la division à Cannes en 1996, où elle remporta le Prix spécial du jury, cette adaptation du roman culte de J.G. Ballard connut une sortie houleuse, des quotidiens britanniques allant jusqu’à réclamer sa mise au ban (en vain).

On se souviendra que l’intrigue tourne autour de personnages (interprétés notamment par James Spader, Holly Hunter, Elias Koteas et Rosanna Arquette) excités sexuellement par les accidents de voiture. L’immense cinéaste canadien sera de passage en ville pour l’occasion.

Incontournable, enfin : le programme Féminisme et cinéma, hommage aux pionnières, qui réunira des œuvres de Callisto McNulty (Delphine et Carole : insoumuses), Paule Baillargeon et Frédérique Collin (La cuisine rouge), Anne Claire Poirier (Mourir à tue-tête) et Agnès Varda (L’une chante, l’autre pas).

Le Festival du nouveau cinéma se déroulera du 9 au 20 octobre.

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