«Roxane»: profil paysan

Raymond (Guillaume de Tonquédec) adore son métier d’éleveur de poules. Sa favorite est Roxane. Il l’a prénommée ainsi en l’honneur de <i>Cyrano de Bergerac.</i>
Photo: AZ Films Raymond (Guillaume de Tonquédec) adore son métier d’éleveur de poules. Sa favorite est Roxane. Il l’a prénommée ainsi en l’honneur de Cyrano de Bergerac.

Raymond adore son métier d’éleveur de poules. Sa favorite, Roxane, le suit partout. Il l’a prénommée ainsi en l’honneur de Cyrano de Bergerac, qu’il connaît par cœur. D’ailleurs, il en récite volontiers des passages à son cheptel. Hélas, un gros producteur de son coin de Bretagne ayant décidé de se convertir au bio, la coopérative qui achetait jusqu’ici ses œufs ne le fera plus désormais. Sans ressource, Raymond décide de tenter le tout pour le tout en se tournant vers Internet, où il espère générer un buzz autour de sa bien-aimée Roxane. Ce qui n’est pas sans provoquer la perplexité de sa conjointe Anne-Marie.

Avec une telle prémisse, on ne sait trop, d’emblée, si le film de Mélanie Auffret, intitulé simplement Roxane, débouchera sur une comédie de mœurs aux accents fantaisistes, un drame social sur la ruralité contemporaine, ou une fable défendant un mode de vie paysan plus essentiel que jamais. Hélas, tant du côté de la teneur que du ton, la réalisatrice et son coscénariste Michaël Souhaité ne semblent pas être arrivés à se décider.

On se retrouve donc avec une proposition incertaine qui, si elle a pour elle la noblesse de ses idéaux, à savoir que les David de l’agroalimentaire de ce monde doivent être soutenus face aux Goliath industriels, n’intéresse que par intermittence, faute d’une approche cohésive. Qui plus est, la construction s’avère répétitive.

Pour ce qui est de la réalisation, on alterne jolis paysages champêtres et séquences intimes du quotidien sans qu’on sente quelque vision de mise en scène derrière le découpage visuel rudimentaire.

Bonne interprétation

En revanche, le film bénéficie de deux fortes interprétations de Guillaume de Tonquédec et Léa Drucker. Tandis qu’il incarne en finesse un Raymond de plus en plus désespéré mais refusant d’abdiquer, elle compose une Anne-Marie qui tente de maintenir l’unité familiale en dépit de l’éloignement mental croissant de son époux. Le fait qu’Anne-Marie doute du plan de Raymond sans pour autant devenir une antagoniste constitue, en toute justice, l’un des aspects les plus satisfaisants du récit. Or, ledit récit étant affligé, comme on l’évoquait, d’une véritable crise identitaire, impossible de réellement y adhérer.

Et c’est sans parler de ce dénouement bonbon faisant suite à des développements soudainement très sérieux : guère convaincant là encore. Comme si le film voulait le beurre et l’argent du beurre. Ou plutôt, l’œuf ET la poule.

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Roxane

★★

Drame de Mélanie Auffret. Avec Guillaume de Tonquédec, Léa Drucker, Kate Duchêne. France, 2019, 85 minutes.