«Matthias et Maxime»: vers l’essentiel

À la base, comme l’a indiqué Xavier Dolan lors de la première à Cannes, le projet est né d’un besoin, d’abord inconscient puis affirmé, de consacrer un film à ses amis, qui l’entouraient sur le tapis rouge lundi, soir de grande première à Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À la base, comme l’a indiqué Xavier Dolan lors de la première à Cannes, le projet est né d’un besoin, d’abord inconscient puis affirmé, de consacrer un film à ses amis, qui l’entouraient sur le tapis rouge lundi, soir de grande première à Montréal.

En assistant lundi à la conférence de presse de l’équipe de Matthias et Maxime, plus récent film de Xavier Dolan, on est vite saisi par un fascinant effet miroir. En effet, devant la joyeuse cacophonie qui survient çà et là, on ne peut s’empêcher de songer aux scènes de groupe qui parsèment le film. Lesquelles scènes rendent compte de la même connivence, de la même propension de tout un chacun à compléter la pensée des autres. C’est que tout ce beau monde, qui joue l’amitié tissée serrée dans la fiction, partage un lien similaire à la ville. C’était l’idée.

Pour mémoire, Matthias et Maxime conte les contrecoups inattendus d’un baiser échangé, à la suite d’un pari, entre deux amis d’enfance s’étant toujours perçus comme hétéros. D’ailleurs, en un parti pris brillant, Xavier Dolan refuse de montrer ledit baiser autrement que de manière indirecte, et encore, a posteriori seulement. Cela, après une montée dramatique savamment modulée.

Ce choix fait en sorte que l’événement en question résonne encore plus fort, dramatiquement, et confère une puissance accrue à un développement ultérieur dont on taira ici la teneur.

« Ça s’est imposé assez tôt, relate Xavier Dolan. L’idée était de placer le spectateur dans une situation de manque. Qu’on soit homo, hétéro, qu’importe : quand on se fait annoncer quelque chose et qu’on ne nous le donne pas, ça engendre un manque, ou plutôt, ça crée un désir. »

En périphérie, des copains qui devinent plus qu’ils n’en disent. Et pour cause : ces gars-là, six en tout, se connaissent par coeur. De poursuivre le cinéaste à propos de la bande : « Ce que je voulais montrer, c’est que, même s’ils sont heureux en dehors de leur cercle, ils ne sont jamais aussi “complets” que lorsqu’ils sont tous ensemble ; lorsque la gang est réunie. Sur le plan technique, ça s’est traduit par des plans où on a toujours trois ou quatre personnages en même temps à l’avant-plan ou à l’arrière-plan : comme pour traduire qu’ils ne font, irrémédiablement, qu’un. »

Un concept établi d’office avec une scène de repas dans un chalet cossu (séquence assortie d’un délicieux clin d’oeil au Déclin de l’empire américain). Outre qu’il y campe la dynamique régissant le groupe, Xavier Dolan en profite pour établir la relation privilégiée qu’entretiennent, en marge de celui-ci, Matthias et Maxime.

Paradigme personnel

À la base, comme l’a indiqué le cinéaste lors de la première à Cannes, le projet est né d’un besoin, d’abord inconscient puis affirmé, de consacrer un film à ses amis. De leur rendre hommage, si l’on veut.

« Le début de ma vingtaine a été caractérisé par les voyages, les rencontres artistiques, une certaine frénésie… Puis est venu un temps où quelque chose s’est comme déposé dans ma vie, est venu m’apporter une forme d’équilibre : des amitiés. Des amitiés anciennes et renouées, ou récemment forgées… Ç’a donné un sens à ma vie en dehors du cinéma. »

Certes, Xavier Dolan s’est intéressé auparavant à l’amitié dans Les amours imaginaires, mais l’approche est cette fois très différente. D’ailleurs, il confie à propos de la récurrence dans sonoeuvre des thèmes de l’amour, de lafamille et, oui, de l’amitié, qu’il est parvenu à un stade de son existence où les trois sont devenus indissociables.

« Mes amis sont ma famille, les membres de ma famille sont mes amis, et moi, je suis amoureux d’eux. »

Matthias et Maxime rendant compte de ce paradigme tout personnel, faut-il s’étonner que l’auteur livre là son film le plus intime depuis J’ai tué ma mère ? Pas si l’on en croit les partenaires de l’acteur-réalisateur.

« On ne joue pas nos propres rôles, on s’entend, mais cette complicité-là et cette façon de parler les uns par-dessus les autres, on n’avait pas à les reproduire : on a ça dans la vraie vie », explique Antoine Pilon.

« Pendant un tournage, on devient souvent un peu une famille, ajoute Catherine Brunet. Après, ça peut se dissiper, mais, dans ce cas-ci, on était déjà comme une famille. Et donc le film a peut-être renforcé ce lien préexistant. »

Première interlocutrice

À cet égard, on a tôt fait de le comprendre, Xavier Dolan a une confiance absolue en ses proches. Ainsi partage-t-il au fur et à mesure avec eux ses avancées scénaristiques. Lors d’une table ronde tenue en marge de la conférence, la productrice Nancy Grant revient sur ce processus très collaboratif privilégié par le cinéaste — on lit entre les lignes qu’elle est sa première interlocutrice.

« Avec Xavier, quand on termine un film, la postproduction peut être une période plus lourde pour lui. On doit monter le film avec ce qu’on a, même si on voudrait tourner une toute dernière scène. On n’a plus de temps, on n’a plus de budget… Paradoxalement, il y a toujours des scènes qu’il faut se résoudre à couper même si on les aime… Et bref, dans ce contexte de décisions difficiles, c’est généralement là qu’il arrive avec ce qui sera son prochain film. Il s’emballe, il me lit des scènes, il achète des tissus pour me montrer des couleurs et des textures… Il n’y a rien de plus excitant. »

Pour sa part, Xavier Dolan apprécie la capacité de la productrice non seulement à recevoir, mais aussi à nourrir ce feu créatif : « Ce qui est formidable avec Nancy, c’est qu’elle ne me dit jamais que ça ne fonctionnera pas, que c’est trop ambitieux ou onéreux : elle trouve des moyens. Elle pense en dehors de la boîte. On en est à un point où on ne se dit que les vraies affaires. Si elle me dit quel tel truc ne fonctionne pas, je vais rouspéter, mais si elle a raison, le lendemain, je vais l’avoir changé. »

« Quand une amitié perdure, on sent la bienveillance de l’autre », conclut Nancy Grant, non sans à-propos. Car au fond, c’est aussi de cela que parle Matthias et Maxime.

Matthias et Maxime prendra l’affiche le 9 octobre.

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