«Matthias et Maxime»: et s’ils s’aimaient?

On apprécie, dans «Matthias et Maxime», la volonté de Xavier Dolan de mettre de côté des effets de mise en scène qu’il maîtrise pourtant sur le bout des doigts au profit d’une approche plus contenue.
Photo: Les Films Séville On apprécie, dans «Matthias et Maxime», la volonté de Xavier Dolan de mettre de côté des effets de mise en scène qu’il maîtrise pourtant sur le bout des doigts au profit d’une approche plus contenue.

Matthias et Maxime se connaissent depuis toujours, depuis tout petits. Plus que des meilleurs copains, ils sont presque frères. Issu d’un foyer difficile, le second a un peu été adopté par la maisonnée du premier. Les racines de leur amitié sont profondes. Mais voici qu’à cause d’un pari, Matthias et Maxime, hétéros convaincus, se voient contraints d’échanger un baiser. Après s’être prêtés de mauvais gré à l’exercice, le tournage du court métrage de la soeur d’un ami en l’occurrence, les deux jeunes hommes envisagent l’impensable : et s’ils s’aimaient ? Avec son brio coutumier, mais un supplément de tendresse inédit, Xavier Dolan s’interroge sur les notions d’amitié et d’amour dans un contexte où le coeur décide de n’en faire qu’à sa tête.

Tout d’abord, au sujet de cette tendresse qualifiée d’inédite : certes, le cinéma de Dolan n’en a jamais été dénué à proprement parler, mais en revisitant ses films précédents, on y retrouve des personnages prompts à la répartie assassine exsudant volontiers un certain cynisme. C’est chaque fois exécuté avec panache, telle n’est pas la question, mais c’est là, bien en évidence : il s’agit d’un des éléments caractéristiques de sa signature.

Or, ce qu’il y a de si réjouissant avec Matthias et Maxime, voire d’exaltant pour peu que l’on apprécie tout spécialement le cinéma de Dolan comme c’est le cas de ce critique-ci, c’est que le cinéaste prend ici un gros risque. De fait, en privilégiant un regard non seulement dénué de tout cynisme, mais désormais empreint de cette tendresse évoquée (et propre justement à hérisser les cyniques), le cinéaste transforme sa signature. Mais voilà, le pari, pour demeurer dans le propos du film, paie.

À titre d’exemple, alors qu’on prenait un plaisir jouissif à voir Monia Chokri et Xavier Dolan juger autrui tout en s’humiliant dans leur poursuite commune de Niels Schneider dans Les amours imaginaires, autre récit d’une amitié compromise par l’amour, tiens, on est pris aux tripes par les déchirements de Gabriel D’Almeida Freitas (Matthias) et Xavier Dolan (Maxime). Évidemment, la capacité du cinéaste à susciter une forte réaction émotionnelle n’est plus à démontrer, et il est intéressant d’en observer l’évolution de Tom à la ferme à Juste la fin du monde en passant par Mommy. Mais dans Matthias et Maxime, Xavier Dolan crée un lien d’empathie particulièrement puissant avec les deux personnages.

Que l’on ne se méprenne pas, le cinéaste n’a rien perdu de sa verve ni de son mordant dans l’écriture de répliques mémorables. Les joutes verbales enlevées ne manquent pas, et l’on rit en maintes occasions. Cela étant, Dolan ponctue l’intrigue de silences et de regards révélateurs. Le personnage de Pier-Luc Funk (Rivette) est à cet égard fascinant : il est celui qui conçoit le pari et, plus tard, lorsqu’il a un regard entendu en direction de ses deux amis qui s’évitent à présent, on se prend à se demander s’il n’a pas sciemment provoqué le baiser pour avoir vu clair avant même Matthias et Maxime. Le film est parsemé de détails significatifs du genre.

Approche contenue

Au rayon de la mise en scène, Xavier Dolan opte pour une relative (s’entend, heureusement) économie formelle. En dépit d’un admirable travail sur la lumière, les couleurs et les textures, on apprécie, à nouveau, la volonté du cinéaste de mettre de côté des effets de mise en scène qu’il maîtrise pourtant sur le bout des doigts, au profit d’une approche plus contenue, en phase avec cette propension des deux protagonistes à réprimer leurs émois.

Assisté d’André Turpin à la photo et d’Yves Bélanger au cadre, Dolan enchaîne les plans parfaitement composés, mais qui, pour cette raison précise, n’attirent pas indûment l’attention sur eux. Le flot visuel emporte le spectateur de la même manière que le doute happe Matthias et Maxime. Les copines (Marilyn Castonguay, Catherine Brunet), les mères également (Anne Dorval, Micheline Bernard, Anne-Marie Cadieux), surgissent ponctuellement, bouées ou écueils. Et toujours cette bande d’amis (Funk, Samuel Gauthier, Antoine Pilon, Adib Alkhalidey), point d’ancrage dans la tourmente. Merveilleux, tous et toutes.

Ainsi est-on fébrile avec Matthias et Maxime avant ce baiser, puis l’on s’interroge, comme eux, par la suite… Enfin, on vibre avec eux, pour eux, dans l’espoir qu’ils se retrouvent. Qu’importe si c’est en amitié ou en amour.

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Matthias et Maxime

★★★★ 1/2

Drame psychologique de Xavier Dolan. Avec Xavier Dolan, Gabriel D’Almeida Freitas, Pier-Luc Funk, Samuel Gauthier, Antoine Pilon, Adib Alkhalidey, Anne Dorval, Micheline Bernard. Québec, 2019, 118 minutes.