Devine qui vient dîner à Downton Abbey

En trame de fond à ce passage au grand écran, le roi George V et la reine Mary s’amènent dîner chez les Grantham. Sur la photo: Jim Carter alias Mr Carson.
Photo: Universal Pictures En trame de fond à ce passage au grand écran, le roi George V et la reine Mary s’amènent dîner chez les Grantham. Sur la photo: Jim Carter alias Mr Carson.

Si vous n’avez pas regardé les six saisons de Downton Abbey (2010-2015), luxueuse série britannique créée par Julian Fellowes, vous pouvez arrêter à l’instant de lire ces lignes. Si vous gardez un souvenir affectueux des distingués membres de la famille Crawley et de leurs attachants domestiques, sachez que le réalisateur Michael Engler n’a rien trahi de l’esprit de la série.

Il faut dire que ce dernier avait signé quelques épisodes en 2014-2015, dont la spéciale de Noël. On a d’ailleurs l’impression que les producteurs ont voulu offrir aux fans de Downton Abbey un cadeau de Noël à l’avance en leur livrant cet élégant téléfilm sur grand écran. Qui s’en plaindra ?

Certainement pas ceux qui savouraient les réparties assassines de la vénérable comtesse douairière (Maggie Smith), la rivalité entre l’arrogante lady Mary (Michelle Dockery) et la gauche lady Edith (Laura Carmichael) ou encore tout ce qui se tramait dans la cuisine de la truculente Mme Patmore (Leslie Nicol). Comme vous le constaterez très tôt, rien (ou si peu) n’a changé à Downton. Et c’est (presque) tant mieux.

Au service de Sa Majesté

La presse populaire s’enflammant dès que Kate ou Meghan font un faux pas vestimentaire, les abonnés de Netflix attendant impatiemment la troisième saison de The Crown, pourquoi ne pas profiter de cet engouement pour les têtes couronnées en les faisant débarquer à Downton ? C’est ainsi que le roi George V (Simon Jones) et la reine Mary (Geraldine James) s’amènent dîner chez le comte de Grantham (Hugh Bonneville) et son épouse Cora (Elizabeth McGovern).

Partant de cette prémisse plutôt simple, Julian Fellowes a imaginé un récit léger ponctué de rares moments émouvants et parcouru de nombreuses scènes amusantes qui sauront charmer les fidèles de la série, trop heureux de retrouver leurs personnages préférés… qui ne feront chacun qu’un petit tour de piste. Certains d’entre eux passeront en coup de vent, tandis que d’autres seront quasi contraints à la figuration.

Aux commandes de ce ballet sophistiqué, Michael Engler dirige de main de maître une distribution au diapason. Si sa mise en scène ne révolutionne pas le genre, elle sait bien mettre en valeur chaque pièce de la somptueuse demeure où tous s’agitent nerveusement à l’arrivée du roi et de sa suite.

Afin de pimenter le tout avec une histoire de succession, le scénariste convie à cette fête royale une petite-cousine du comte (Imelda Staunton) et sa bonne (Tuppence Middleton), à qui elle semble très attachée. S’ensuivront quelques réflexions sur les classes sociales, comme c’est coutume à Downton. N’oubliez pas que Tom Branson (Allen Leech) était simple chauffeur avant d’épouser la regrettée lady Sibyl.

Alors qu’il donne une saveur féministe à ce récit campé en 1927 à travers les protagonistes féminines, qu’elles portent un titre ou soient domestiques, Fellowes aborde aussi avec sensibilité l’homosexualité, criminalisée à l’époque, par l’entremise de Barrow (Robert James-Collier), le majordome qui a succédé à Carson (Jim Carter), qui devra tout de même sortir de sa retraite et laisser ses principes de côté.

Malgré l’ombre du krach de 1929 qui se profile, on sent que Fellowes a voulu dire adieu à ses personnages sur une note pleine d’espoir, laissant entrevoir l’avènement d’un monde à la fois respectueux des traditions et ouvert à l’évolution des moeurs.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Downton Abbey

★★★

Drame de Michael Engler. Avec Maggie Smith, Michelle Dockery, Allen Leech, Robert James-Collier, Imelda Staunton et Tuppence Middelton. Grande-Bretagne, 2019, 122minutes.