«Symphonie en aquamarine»: l'immersion de Dan Popa

Il faut du temps pour entrer dans cette oeuvre. Le réalisateur ne nous épargne aucune lenteur de la vie le long de l’eau ou sur les bateaux.
Photo: La distributrice de films Il faut du temps pour entrer dans cette oeuvre. Le réalisateur ne nous épargne aucune lenteur de la vie le long de l’eau ou sur les bateaux.

Dan Popa avait exploré jusqu’à maintenant différents moyens de transport avec ses courts-métrages de la Trilogie du départ : le taxi, le train, l’air et les aéroports. Cette fois, c’est en bateau qu’il mène son public, dans un long métrage doublé d’une installation, intitulé Symphonie en aquamarine, une oeuvre toute en silence et en musique.

Il faut du temps pour entrer dans cette oeuvre. Le réalisateur ne nous épargne aucune lenteur de la vie le long de l’eau ou sur les bateaux. Il faut, comme ce jeune Roumain qu’il suit et qui décide de partir à la conquête du monde en menant une vie de marin, vivre au rythme de l’eau et de la mer.

« Pour le rythme, j’ai essayé de reproduire la sensation que l’on a lorsqu’on est en mer. Ce que j’ai vécu au cours de mes 17 jours de tournage dans l’Arctique », dit-il. Le film est conçu comme une symphonie en quatre mouvements. Le premier, « Une jeunesse dans le delta », nous emmène en Roumanie. Le deuxième se déroule autour de la récolte d’huîtres dans l’ouest de la France. Le troisième est un voyage vers l’Arctique avec «Le marin du nord», tandis que le quatrième, «Le passage du capitaine» nous ramène au Québec.

Le réalisateur montréalais d’origine roumaine a d’ailleurs laissé quelques ambiguïtés dans la trame de ce film presque sans paroles. Au départ, on rencontre Maxime, jeune homme qui rêve des métiers de la mer, et qui nous entraîne, en quelque sorte, dans son aventure.

En entrevue, Dan Popa dira que Maxime est son voisin à Montréal, et que c’est lui, qui vit sur les bateaux, qui lui a inspiré ce film. Mais en fait, Maxime se métamorphose tout au long des quatre mouvements. Et ne comptez pas sur Dan Popa pour vous donner toutes les clés de cette transformation. Dans le premier segment, qui se déroule en Roumanie, il a volontairement laissé des passages en roumain sans sous-titres, pour que le spectateur ressente cette impression d’être dans un pays étranger.

Comme le jeune Roumain des débuts, qui veut voir le monde « en vrai », et non sur Internet, on vit ici le monde tel qu’il nous apparaît, sans toujours savoir où l’on est. Dans la baie au centre du deuxième mouvement, où l’on explore la culture des huîtres, l’oeil averti devinera tout au plus la silhouette du Mont-Saint-Michel à l’horizon.

Tous ces silences laissent la part belle à une magnifique trame sonore, largement occupée par le choeur de soeurs Osoianu, qui vivent en Moldavie. « C’est une formation qui existe depuis 60 ans, dit Dan Popa. Elle s’est renouvelée avec le temps. Quand une femme meurt, il y a une nouvelle chanteuse qui la remplace ». Un mouvement se déroule sur une musique entièrement jouée sur un harmonium ancien.

Il faut dire que Dan Popa a puisé son inspiration dans des films réalisés dans les années 1920, notamment les Symphonies des villes.

Pour accompagner le film, et pour s’immerger davantage dans l’univers de Dan Popa, la Cinémathèque propose une installation intitulée Partitions pour Aquamarine. L’artiste y a déposé quelques objets, notamment récoltés en cours de tournage. À l’entrée, on peut voir une projection de photos de sa famille, prises alors qu’il était enfant, au bord de la mer Noire, en Roumanie. L’une d’elles le montre, petit garçon, se baignant nu dans les vagues. C’est ce sentiment de bonheur marin, qu’il a voulu recréer dans son film, dit-il en entrevue.

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