«Il pleuvait des oiseaux»: les amants de la dernière chance

Gilbert Sicotte joue avec intériorité son Charlie initialement timoré, puis s’ouvrant  de plus en plus au contact de Marie-Desneige (Andrée Lachapelle).
Photo: MK2 Mile-End Gilbert Sicotte joue avec intériorité son Charlie initialement timoré, puis s’ouvrant de plus en plus au contact de Marie-Desneige (Andrée Lachapelle).

Il n’y a pas d’âge pour aimer, dit-on. Présenté jeudi en ouverture du Festival de cinéma de la ville de Québec, Il pleuvait des oiseaux, adaptation extrêmement réussie par Louise Archambault du roman primé de Jocelyne Saucier, donne à voir une fort belle illustration de cet adage. On y parle, donc, d’amour au temps de la dernière heure, mais également de liberté et de ce qu’il en coûte, parfois, pour vivre celle-ci jusqu’au bout. Il y est aussi question d’amitié pareillement têtue, d’art, de mémoire… Ce, sur toile de fond sylvestre accueillante mais indomptée, comme les protagonistes.

On fait d’abord la connaissance de deux ermites abitibiens : Charlie (Gilbert Sicotte) et Tom (Rémy Girard). Ils viennent d’enterrer leur compagnon Boychuck (Kenneth Welsh), peintre qui partageait avec eux un coin de forêt donnant sur un petit lac, la région comptant presque autant de tels plans d’eau que de conifères.

Peu après, on rencontre Gertrude (Andrée Lachapelle) lors des funérailles d’un frère qu’elle n’a pas revu depuis l’âge de 16 ans, leur père l’ayant fait interner pour de lamentables motifs religieux : enfant imaginative, elle fut déclarée possédée par le paternel. Et vlan : une existence fauchée.

Suppliant son neveu Steve (Éric Robidoux), gérant d’une auberge forestière désertée, de ne pas la ramener à la clinique, voilà que cette octogénaire qui revient à peine sur terre aboutit chez Charlie et Tom, qui se rebiffent. Or, Steve leur rendant maints services…

À nouvelle vie, nouveau nom : Gertrude n’est plus, vive Marie-Desneige. Entre elle et Charlie, de regards en menus gestes de tendre empathie, une attirance naît, pudiquement, avant de s’exprimer, franchement (magnifique, magnifique scène d’amour).

Sauf que l’on sait d’office cette félicité relative menacée, car plus au nord font rage des incendies qui se rapprochent, écho d’un autre brasier ayant jadis fait des ravages. Justement, Rafaëlle (Ève Landry), une photographe, est venue recueillir les témoignages des survivants d’autrefois. Et le passé de s’inviter dans le présent…

Des partitions riches

Du roman, Louise Archambault a su dans un premier temps tirer un scénario très solide, élaguant et fusionnant là où il le fallait. La construction dramatique est imparable. En résultent, hormis un enchaînement fluide à crescendo bien modulé, des partitions particulièrement riches qu’une distribution de haut vol fait siennes.

Rémy Girard fait sourire autant qu’il touche en Tom, ancien chansonnier alcoolique. Il faut l’entendre entonner du Desjardins et du Cohen, poignant de superbe flétrie. Gilbert Sicotte joue pour sa part avec une intériorité complémentaire son Charlie initialement timoré, puis s’ouvrant de plus en plus au contact de Marie-Desneige. Marie-Desneige qui s’appuie sur Charlie autant qu’elle lui permet, à terme, de s’émanciper d’un isolement qui en est venu à lui peser sans qu’il parvienne à y remédier. Andrée Lachapelle est exceptionnelle.

Leurs jeunes partenaires Éric Robidoux et Ève Landry se révèlent quant à eux excellents et se livrent à un pas de deux sentimental qui agit comme une sorte de miroir de celui auquel Charlie et Marie-Desneige s’abandonnent.

La lumière rejaillit

Sa caméra caressant les visages de ses interprètes, qu’elle filme volontiers de près, captant chaque nuance et chaque frémissement, Louise Archambault insuffle une grâce à son troisième long métrage sans pour autant renoncer à cette âpreté qui confère à l’action un supplément de vérité.

La réalisatrice s’est en outre assuré la collaboration d’un fabuleux directeur photo, Mathieu Laverdière, qui comprend la lumière en forêt comme pas un (voir l’évolution dans Les êtres chers, d’Anne Émond, où les bois passent d’enchanteurs à oppressants, puis à sinistres).

On ne sort pas indemne d’Il pleuvait des oiseaux, et on ne voudrait pas qu’il en soit autrement. À la fin, on croit que l’espoir s’en est allé. Puis, voici que la lumière rejaillit quand on ne l’attendait plus. Un dénouement, au fond, en parfaite adéquation avec le destin que Marie-Desneige et Charlie se sont choisi.

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Il pleuvait des oiseaux

★★★★

Drame de Louise Archambault. Avec Andrée Lachapelle, Gilbert Sicotte, Rémy Girard, Ève Landry, Éric Robidoux, Louise Portal, Marie-Ginette Guay, Patricia Nolin. Québec, 2019, 127 minutes.