Le triomphe du «Joker»

On imagine mal qui d’autre que Joaquin Phoenix aurait pu porter avec plus de charisme ce bouleversant personnage de clown, maltraité par tous, juché sur son enfance brisée, qui se met finalement à trucider tout ce qui bouge.
Photo: Courtoisie du TIFF On imagine mal qui d’autre que Joaquin Phoenix aurait pu porter avec plus de charisme ce bouleversant personnage de clown, maltraité par tous, juché sur son enfance brisée, qui se met finalement à trucider tout ce qui bouge.

Et voilà ! Le vent d’un grand film a soufflé sur le TIFF. Une proposition cinématographique puissante, avec prestation magistrale de Joaquin Phoenix en iconique vilain psychopathe issu initialement des romans graphiques de DC Comics des années 1940, éclipse quasiment la magistrale prestation de Heath Ledger dans son incarnation inoubliable à travers The Dark Knight. C’est le film de la rentrée, chef-d’œuvre du genre. Le Joker, eh oui ! Le populaire méchant n’avait pas dit son dernier mot.

Dire que ses projections, sur lesquelles tous s’étaient rués une heure et demie à l’avance à Toronto, étaient attendues comme le Messie après que le film eut récolté le Lion d’or de Venise relève de l’euphémisme.

Joker de Todd Philips fonce avec son interprète vers une pluie d’Oscar. Phoenix en aura interprété des personnages fous de violence au cours de sa tumultueuse carrière. On imagine mal qui aurait pu porter avec plus de charisme ce bouleversant clown, maltraité par tous, juché sur son enfance brisée, qui se met à trucider tout ce qui bouge.

 
Photo: Courtoisie du TIFF «Joker», c’est le film de la rentrée, chef-d’œuvre du genre.

Voici la genèse de cette figure maléfique, sur une histoire originale jamais racontée. On est loin de l’univers des superhéros à travers cette figure de pure tragédie. Nul Batman à combattre. Place à Arthur, ce clown intermittent, battu, persécuté, déséquilibré, sans père, qui vit avec une maman malade dont il découvrira le terrible secret. Il lèvera et abattra ses cartes comme il abat les gens. L’hôpital psychiatrique n’est pas loin…

Il avait perdu tellement de poids pour devenir ce Joker-là : 52 livres plus exactement, le voici rachitique pour camper ce type au bord du gouffre, d’une intensité inouïe, où il occupe pratiquement chaque plan. L’acteur, qui n’a jamais été réputé facile, sur le plateau se montrait, dit-on, aussi incontrôlable que son personnage. Le résultat bluffe. Phoenix en parle, avec raison comme un des plus grands rôles de sa carrière, lui qui renâclait au départ à se lancer dans pareille aventure, ne regrette pas son coup. Perdant magnifique qui danse comme une ballerine et tue avec le même rire démentiel et une violence folle. Il impose une incarnation magistrale.

Des plans superbes, un flou d’arrière-décor en brouillard maîtrisé, des escaliers, des ruelles, le métro de tous les crimes ; la ville de Gotham devient un coupe-gorge à ciel ouvert où des hordes de clowns manifestent en solidarité avec l’assassin grimé qui a tué de riches arrogants quand tant de malheureux se débattent pour survivre.

Todd Phillips a offert à son acteur un écrin d’or avec cette réalisation de haute voltige, ce souffle, ces plongées dans les eaux troubles du passé. Robert De Niro en manipulateur-animateur de télé pâlit face à Phoenix, mais l’ombre de son rôle dans Taxi Driver vient se poser, réverbérée sur son vis-à-vis.

Joker sortira sur les écrans le 4 octobre. On lui prédit un succès assuré.

« Ford v. Ferrari »

Un autre film dit oscarisable (mais ça se discute) était projeté ici en première. Ford v. Ferrari de James Mangold aborde au cours des années 1960 la création par Henry Ford fils d’un bolide pour concurrencer Ferrari lors des grandes courses et donner à la bannière américaine une plus-value de prestige.

Photo: Courtoisie du TIFF Dans «Ford v. Ferrari» Matt Damon joue le rôle d’un constructeur de voitures visionnaire aux côtés du pilote intrépide Ken Miles, interprété par Christian Bale.

Matt Damon joue le rôle d’un constructeur de voitures visionnaire aux côtés du pilote intrépide Ken Miles (Christian Bale, dans un rôle moins formaté que son partenaire). Comme bien des films ici (mais pas Joker), Ford v. Ferrari est davantage un produit efficace mais laborieux qu’une œuvre cinématographique de haut vol. Une bonne histoire, des performances d’acteurs, un montage solide (les vertigineuses courses de voitures vrombissantes) au cours des 24 heures du Mans de 1966, et voilà le travail. C’est un film de gars qui règlent leurs conflits à coups de claques sur la gueule, mais ça en prend aussi, il faut croire. Deux heures et demie, ça paraît quand même bien long…

Damon était absent à la conférence de presse du film, mais Christian Bale avoua avoir trouvé l’expérience du coup de poing sur son visage très satisfaisante. Ça a fait rire tout le monde. Les festivaliers sont fatigués.

Sur ce, je rentre au bercail. Salut Toronto !

Odile Tremblay séjourne à Toronto à l’invitation du TIFF.

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