Des Québécoises parties pour la gloire

Le film «Antigone», qui ancre la tragédie grecque dans une réalité très contemporaine, donne la vedette à une jeune actrice jusque-là inconnue, Nahéma Ricci (en photo), rencontrée en casting sauvage avec plusieurs acteurs débutants à ses côtés.
Photo: TIFF Le film «Antigone», qui ancre la tragédie grecque dans une réalité très contemporaine, donne la vedette à une jeune actrice jusque-là inconnue, Nahéma Ricci (en photo), rencontrée en casting sauvage avec plusieurs acteurs débutants à ses côtés.

Avant la grande première d’Antigone dimanche soir, il y avait eu des projections pour la presse et l’industrie au TIFF. La cinéaste Sophie Deraspe, rencontrée ici dans un hall d’hôtel, se disait étonnée de constater à quel point son film y était attendu. « On a pu voir les noms de ceux qui avaient assisté à cette projection. De gros distributeurs américains s’étaient déplacés. » Elle ne s’y attendait pas. C’est la première expérience torontoise de la cinéaste des Signes vitaux. « J’y vais à petits pas », dit-elle. Autant garder les pieds sur terre.

Quand même… Deux importants agents d’Hollywood l’ont appelée pour connaître ses plans d’avenir, visiblement intéressés par son profil. Le gros voisin aussi cherche des cinéastes femmes de haut calibre, susceptibles de composer avec leur univers. Elle ignore encore où cela la mènera. L’expérience du tournage à l’étranger pourrait lui plaire. Chose certaine, son Antigone, vanté en amont par l’équipe du festival, ne passe pas inaperçu.

D’ailleurs, certaines critiques canadiennes et américaines sont déjà sorties, positives en général, écrites par des journalistes touchés émotivement. Sophie Deraspe porte dans son film bien des chapeaux, au scénario, à la réalisation comme à la caméra, d’un film dont elle revendique la chorégraphie de bout en bout.

Précisons que cet Antigone donne la vedette à une jeune actrice jusque-là inconnue, Nahéma Ricci, rencontrée en casting sauvage avec plusieurs acteurs débutants à ses côtés. Or cette adolescente aux allures androgynes crève l’écran de sa lumineuse et forte présence. On lui prédit une brillante carrière.

Librement inspiré de la pièce de Sophocle et un peu de la version qu’en tira au XXe siècle Jean Anouilh, le film ancre la tragédie grecque dans une réalité très contemporaine. L’héroïne, qui a immigré au Québec avec ce qui lui reste d’une famille décimée par la guerre au Moyen-Orient, couvre son frère, en prenant sa place en prison, puis en affrontant toutes les autorités, police et justice, au nom de la solidarité familiale. Les médias sociaux relaient le choeur traditionnel. Vestale en garde du feu sacré, Antigone devient figure de proue d’une jeunesse en quête d’authenticité, qui refuse les concessions d’usage autant que dans la Grèce de Sophocle.

Si ce film peut effectivement plaire à un large auditoire, c’est aussi parce qu’il s’agit du plus accessible de la cinéaste québécoise. Son langage cinématographique n’est pas étranger aux codes nord-américains, et Sophie Deraspe gagne en efficacité ce qu’elle perd un peu en subtilité au regard de ses oeuvres antérieures. Nuls sous-entendus pour initiés ici. Une action et une caméra dynamiques, des dialogues qui vont droit au but. Une émotion palpable, quelques facilités, des relâchements de rythme ici et là, certains personnages plus appuyés, mais un souffle et une modernité qui touchent leur cible.

Les oiseaux s’envolent

Autre grand événement québécois au TIFF, la première d’Il pleuvait des oiseaux, de Louise Archambault, d’après le roman de Jocelyne Saucier. Vous découvrirez ce film magnifique de poésie et de sensibilité en salles dès vendredi, après un passage par le Festival de la ville de Québec.

Rarement adaptation littéraire aura été aussi poignante que le livre à sa source, presque davantage sous pareilles performances d’acteurs et un traitement cinématographique aussi juste. Cette histoire de deux ermites dans la forêt boréale qui accueillent une vieille dame dans leurs abris de fortune prend une dimension d’envol. Andrée Lachapelle lumineuse, Gilbert Sicotte tout en intériorité et Rémy Girard en truculence et en tendresse bourrue. Ses chansons à la guitare apportent un supplément d’âme à cette ode à la liberté. Le vieillissement devient ici un passage de grâce. La caméra, à travers ses vols planés sur la forêt et ses plans rapprochés, capture chaque émotion et la grandeur de la nature, comme la musique inspirée. Un grand film québécois !

Odile Tremblay séjourne à Toronto à l’invitation du TIFF

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