Un Egoyan alambiqué

Le Britannique David Thewlis est excellent dans la peau d’un père névrosé, inspecteur sanitaire de restaurants, dont le lien qui l’unit à sa fille multitraumatisée et emprisonnée pour une fausse histoire d’abus sexuel apparaît tissé de nœuds.
Photo: TIFF Le Britannique David Thewlis est excellent dans la peau d’un père névrosé, inspecteur sanitaire de restaurants, dont le lien qui l’unit à sa fille multitraumatisée et emprisonnée pour une fausse histoire d’abus sexuel apparaît tissé de nœuds.

Les festivals sont des rampes de lancement ou des billets pour l’enfer. Prenez Atom Egoyan, longtemps enfant chéri de la planète cinéma. Le cinéaste de Family Viewing, d’Exotica et de The Sweet Hereafter était l’étoile brillante des décennies 80 et 90. Ses jeux d’écrans en mise en abîme, l’ambiguïté des rapports familiaux dépeints, l’audace de ses brillantes mises en scène faisaient de ce Canado-Arménien né au Caire un symbole de la mosaïque urbaine torontoise. Rien n’est acquis dans la vie…

Egoyan est un gentleman, un type formidable, dont, hélas !, les derniers films ne ressemblaient plus aux brûlots de jadis. Une perte de tour de main. L’art n’est pas une science exacte, plutôt un tâtonnement vers la lumière, avec des passages à vide.

Il n’avait pas tourné depuis cinq ans, revient au TIFF avec Guest of Honour, après un lancement à la Mostra de Venise, où son film était en compétition. Sauf que ça s’est mal passé pour lui dans la lagune. Des critiques généralement assassines, des huées, dit-on. Les lazzis ont traversé l’Atlantique… Mais on est toujours mieux accueilli chez soi…

Pourtant, Guest of Honour se révèle dans le droit fil de ses oeuvres d’antan. La perversité des rapports père-fille, le maelström du scénario rappellent ses grandes oeuvres. Alambiqué avec des faiblesses de structure et des revirements qui auraient mérité des éléments plus forts sur lesquels se fixer, Guest of Honour.

Le Britannique David Thewlis est toutefois excellent dans la peau d’un père névrosé, inspecteur sanitaire de restaurants de son état, dont le lien qui l’unit à sa fille multitraumatisée et emprisonnée pour une fausse histoire d’abus sexuel (Laysla De Oliveira) apparaît tissé de noeuds. Les flashbacks sont nombreux et la cohérence manque souvent à l’appel. Un lapin, en tout ou en partie, sert de symbole assez appuyé à l’incommunicabilité familiale.

Reste que des moments d’angoisse s’imposent, le regard de Thewlis chavire, des scènes dans les restaurants nous entraînent dans les abîmes des émigrés qui cherchent à refaire une vie et dont le moindre inspecteur, scrupuleux ou malintentionné, peut ruiner la réputation. Ça ne suffit pas à faire lever le civet de lapin, mais on voit ce vers quoi tendait Egoyan : des vertiges, des mises en abîme trop effleurées.

On vous l’a dit. Signe des temps : les films par et sur les femmes ont la cote ici. Les questionnements autour de la double tâche maternelle et professionnelle reviennent dans les oeuvres comme dans la vraie vie.

La Française Alice Winocour, qui nous avait donné le remarquable Augustine, s’aventure dans des terrains très ambitieux. Proxima, présenté au TIFF en première mondiale, mêle l’exploration spatiale aux affres d’une mère qui doit laisser sa fille pour s’envoler vers Mars, rien de moins.

L’espace est très visité au cinéma, particulièrement depuis Gravity. Cette année Ad Astra, de James Grey, et Lucy in the Sky, de Noah Halley (avec une autre héroïne féminine sous les traits de Natalie Portman), visent aussi… les étoiles des Oscar.

Dans Proxima, Eva Green (très émouvante, à la fois dure et fragile) en astronaute se prépare à partir en orbite avec un Russe macho et un américain (Matt Dillon) aux allures de cow-boy, alors que sa fille Stella, sept ans à vue de nez (formidable Zélie Boulant-Lemesle, un talent à suivre), doit rester sur Terre avec son père et souffre plus ou moins bruyamment. Une psychologue (Sandra Hüller, l’actrice de Toni Erdmann) s’occupe de l’enfant, rôle qui ne lui permet guère de faire des étincelles.

Il y a des beaux plans sur les splendeurs de notre planète, des moments d’intensité exceptionnels avec l’enfant, des scènes d’entraînement intensif, des charges misogynes omniprésentes. La cinéaste a voulu que son personnage se divise en mère et en astronaute à parts égales, ce qui, quand même, dilue la sauce. Le dosage n’est pas toujours au point. Parfois, la sentimentalité prend trop le dessus et donne à un film collé à la terre plutôt qu’aux cieux une tonalité assez mièvre. Un pari difficile, en parti relevé. Pas tout à fait…

Odile Tremblay séjourne à Toronto à l’invitation du TIFF.

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