«ÇA. Chapitre 2»: le clown ne fait plus peur

Au cours de l’été 1989, un groupe de préadolescents laissés pour compte affronta dans les égouts de la petite ville de Derry une entité maléfique. Revêtant les atours d’un clown pour mieux attirer puis dévorer les enfants, le monstre dut battre en retraite. Mais voici que, obéissant à un auguste cycle, ÇA reparaît 27 ans plus tard. Devenus grands, et toujours sous le joug d’une sorte de choc post-traumatique, Bill, Ben, Beverly, Richie, Eddie et Stanley sont sommés de revenir par Mike, resté là-bas. Jadis, ils en ont fait le serment. Le but cette fois : anéantir la créature. ÇA. Chapitre 2, qui ramène Andy Muschietti à la barre du projet, fait-il aussi bien le travail que le premier ?

En un mot, non. La faute en incombe à maintes parties, mais d’abord au scénario concocté par Gary Dauberman, scribe de La religieuse (The Nun, 2018), de triste mémoire. Mal construit, le récit, qui demeure plus ou moins fidèle à celui imaginé par King avant de s’en détacher franchement, opère d’incessants va-et-vient entre le présent et le passé.

Ces retours en 1989, à une ou deux exceptions près, ressemblent à du matériel superflu qu’on aurait — à raison — coupé du film précédent : plutôt que de propulser l’intrigue, ces passages en freinent l’élan. Qui plus est, la présence accrue des jeunes interprètes vient exacerber l’évidence que la chimie les unissant fait cruellement défaut à leurs pairs adultes.

Jessica Chastain est sans surprise excellente en Bev, qui a troqué un père abusif contre un mari violent. Idem pour Bill Hader en Richie, comique de la bande désormais populaire stand-up. Hélas, par le truchement de cette « révision » du personnage (il est DJ à la radio dans le bouquin) survient un autre des gros problèmes du film : l’humour.

Excès de zèle comique

À croire que, puisque les quelques moments drôles du premier ont plu, la production s’est dit que ce serait une bonne idée d’en tapisser le second.

Outre que plusieurs gags tombent à plat, ce parti pris tue la tension et donne l’impression d’un film qui n’assume pas sa nature horrifique. Il est des ruptures de ton vraiment maladroites au sein même de certaines scènes…

Ah et, au sujet de l’horreur atténuée : le film semble confondre « répugnant » et « terrifiant ». Ainsi les diverses bibittes et autres viscosités qui surgissent à l’écran suscitent-elles la grimace de dégoût attendue, mais jamais n’effraient-elles, faute, on l’évoquait, de suspense (des clins d’oeil à The Thing et à Shining, notamment, n’aident en rien, tellement ils sont appuyés). C’est là, au fond, l’ingrédient manquant : la peur. Pour un film d’horreur, c’est problématique.

Photo: Warner Bros Les retours dans le passé, où l'on voit les jeunes interprètes du premier chapitre, viennent aussi exacerber le cruel manque de chimie unissant leurs pairs adultes.

Une poignée de séquences engendrent un délicieux inconfort, comme la visite de Bev sur les lieux de son enfance meurtrie. Et encore : Muschietti se sabote lui-même avec sa propension à étirer la sauce et surtout à s’en remettre à des effets numériques très moyens. Quant à la durée de cet opus-ci, à savoir près de trois heures, le roman a beau compter plus de 1000 pages, jamais le film n’arrive à justifier sa, ou plutôt ses longueurs.

Ça démarre pourtant de manière prometteuse. Comme dans le roman, c’est par l’entremise d’un crime homophobe horrible que les événements de la phase 2 se mettent en branle. Xavier Dolan y fait merveille et le passage à tabac en question est difficilement soutenable : c’est voulu. Tout comme la séance de violence conjugale ultérieure que fuit Bev, il s’agit d’un rappel que la violence et, oui, l’horreur dont sont capables les humains sont pires que tout ce que peuvent perpétrer des monstres de fiction. Tristement plausible.

Dénouement ridicule

Moins convaincant est James McAvoy, dans le rôle de Bill, écrivain et scénariste qui recommence à bégayer une fois à Derry. L’acteur, qui en met plus que le client en demande rayon élocution, est le seul du lot à ne pas convoquer une ressemblance avec son incarnation passée. Le scénario ne fait pas de faveurs à l’acteur, cela dit.

 Par exemple, une virée irraisonnée à la fête foraine pour confronter seul le clown diabolique fait rouler des yeux tant la décision est stupide. Il en résulte une séquence dans le hall aux miroirs faisant pâle figure à côté de celle, similaire et mieux exécutée, qu’on retrouve dans la troisième saison de Stranger Things, série, paradoxalement, devant au départ beaucoup au roman de Stephen King.

Stephen King qui, au long de son illustre carrière, s’est souvent fait reprocher ses dénouements. Un grief imputable surtout à celui, impitoyable, de Cujo et à celui, ésotérique, de ÇA, justement (et qu’on escamote ici sans toutefois parvenir à un résultat valable). En une blague récurrente, le film fait de Bill un auteur incapable de clore ses histoires de façon satisfaisante.

C’eût peut-être fonctionné si ÇA. Chapitre 2 n’avait pas sombré dans le ridicule à la fin.

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ÇA. Chapitre 2 (V.F. de IT : Chapter Two)

★★

Horreur d’Andy Muschietti. Avec Isaiah Mustafa, James McAvoy, Jessica Chastain, Jay Ryan, Bill Hader, James Ransome. États-Unis, 2019, 169 minutes.