«Ibiza»: clichés et gags foireux

Mathilde Seigner joue avec aplomb un personnage énergique et insouciant, tandis que Christian Clavier se montre plus contenu qu’à l’accoutumée.
Photo: AZ Films Mathilde Seigner joue avec aplomb un personnage énergique et insouciant, tandis que Christian Clavier se montre plus contenu qu’à l’accoutumée.

Philippe, la mi-soixantaine, et Carole, la mi-quarantaine, sont tous deux divorcés depuis peu, et amoureux de plus fraîche date encore. Plein de bonne volonté et d’un naturel conciliant, Philippe, qui est sans enfant, appréhende la rencontre avec ceux de Carole. Et pour cause : Julien et Manon, les deux adolescents, ne font que geindre et envoyer promener l’univers en général et leur mère en particulier. Afin de récompenser l’aîné d’avoir passé son bac, et aussi dans le but de souder leurs liens à tous, la famille reconstituée s’envole pour Ibiza. S’ensuit un enchaînement laborieux de situations supposément drôles, mais trahissant surtout une vision étriquée des rapports humains.

Réalisé et coécrit par Arnaud Lemort (inconnu au bataillon), cet Ibiza ne brille ni par le bon goût ni par l’esprit, pour citer le poète. Philippe est le moteur narratif, avec Julien, en quête d’une flamme scolaire dont les parents habitent justement sur place.

Carole, quant à elle, est grosso modo objet de désir et de jalousie (apport raté de JoeyStarr en ex encore transi). Pour ce qui est de Manon, la cadette, elle ne serait pas dans le film que l’intrigue ne s’en trouverait guère changée.

Le traitement cliché des deux personnages féminins principaux par les deux auteurs, voire leur désintérêt à leur égard, n’aide pas la cause d’un film ringard qui aurait pu être tourné tel quel dans les années 1970-1980, limite 1990, et encore… Un film où les hommes doivent conquérir et où les femmes sont des faire-valoir à séduire.

Une chimie salutaire

Un poil plus contenu qu’à l’accoutumée, Christian Clavier, qui peut être hilarant ou insupportable selon le cas, reprend ici certaines inflexions pointues de son Jackard des Visiteurs, de mémoire plus heureuses. Mathilde Seigner joue pour sa part avec aplomb un personnage énergique et insouciant. Les deux vedettes partagent une chimie improbable, mais patente.

Heureusement car, pour le reste, le film n’a pas grand-chose à offrir hormis une galerie de personnages secondaires agaçants et des gags assez foireux.

Le tout culmine dans la villa d’un couple de bobos richards qui engraisse ses vastes jardins avec ses propres excréments. Dès que l’information est formulée, on devine la chute. Lorsque Carole se fâche et bousille la console, les châtelains péteux se font — littéralement, ah ! ah ! — mettre le nez dans leur caca.

C’est à ce niveau-là qu’évolue, façon de parler, Ibiza.

 

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Ibiza

★ 1/2

Comédie d’Arnaud Lemort. Avec Christian Clavier, Mathilde Seigner, Leopold Buchsbaum, Pili Groyne, JoeyStarr. France, 2019, 86 minutes.