«Pauvre Georges!»: mâle à l’âme

Georges, le protagoniste, est grandement antipathique, sans être pour autant captivant. Son interprète, l’acteur Grégory Gadebois, est en revanche vraiment très bon.
Photo: Axia Films Georges, le protagoniste, est grandement antipathique, sans être pour autant captivant. Son interprète, l’acteur Grégory Gadebois, est en revanche vraiment très bon.

Georges enseigne dans un collège privé de Montréal. En guise d’ouverture, une réunion de professeurs rend compte d’un contexte professionnel délétère. La suite, dans la cossue maison de campagne du quadragénaire rondouillard, révèle un état des lieux matrimonial aussi toxique, sinon plus. Emma, la conjointe de Georges, est en effet de toute évidence à bout. Ce qui échappe manifestement à Georges, que tout un chacun dépeint comme un bon bougre (voir le titre Pauvre Georges !), mais qui s’avère vite imbuvable pour peu qu’on y regarde de près.

En effet, sous couvert de bonhomie vertueuse, Georges multiplie les comportements problématiques. Paternaliste tant avec sa sœur paumée qu’avec Emma, il en vient à s’imposer pour ce qu’il est : un homme misogyne foncièrement mal dans sa peau qui, comme c’est souvent le cas lorsqu’on ne s’aime pas, n’a de cesse, insidieusement, de rendre son entourage malheureux.

Entre en scène – ou plutôt par effraction – dans son existence un jeune délinquant : Zack. Convaincu qu’il tient là une noble cause, Georges prend sur lui d’instruire l’adolescent, qu’il finit par héberger. On pensera ici bien sûr à une variation du classique Boudu sauvé des eaux, de Jean Renoir, où un clochard met sens dessus dessous la vie d’un couple nanti, voire à Théorème, de Pier Paolo Pasolini, où un bel étranger séduit chaque membre d’une riche maisonnée.

Or il n’en est rien, ou si peu, en cela que le film réalisé et coécrit (avec Jean-Louis Benoît) par Claire Devers (Max et Jérémie) ne semble trop savoir que faire de cette relation une fois le personnage de Zack introduit dans le récit. Ainsi ce dernier n’y a-t-il qu’une présence intermittente et ne sert, du moins est-ce le constat qu’on dresse à terme, que d’agent révélateur du mal-être pernicieux qui afflige Georges, pauvre Georges, qu’on peine à prendre en pitié tant il devient rapidement insupportable de pontification et de mesquinerie volontaire ou inconsciente.

Improbable psychologie

À ce propos, impossible de déterminer s’il s’agit d’un choix voulu et assumé de la part du film, le fait que le protagoniste soit si antipathique. Évidemment, un personnage principal n’a pas à être aimable, quoi qu’on dise. Un être infect peut être fascinant à observer dans la cadre d’une fiction. L’ennui, ici, est que Georges n’est guère captivant.

Son interprète, l’acteur français Grégory Gadebois, est en revanche vraiment très, très bon, insufflant autorité et nuances au rôle. La Québécoise Monia Chokri est comme à son habitude excellente aussi en Emma, partition pourtant quasi injouable sur papier (mention également à Élise Guilbault pour un mémorable « sautage de coche » à l’hôpital). De fait, à peu près tous les personnages secondaires se voient impartis de profils psychologiques à géométrie variable, avec comportements ou réflexions volontiers fantaisistes.

Côté ton, d’ailleurs, le film ne sait trop sur quel pied danser, entre drame humain, celui de Georges, et comédie de mœurs noire. Certaines répliques sont à cet égard savoureuses, et ce second volet, hélas sous-développé, convainc davantage que le premier. C’est en outre là un film bien réalisé et bien photographié. Dommage que le scénario soit si bancal.

Pauvre Georges !

★★ 1/2

Drame de Claire Devers. Avec Grégory Gadebois, Monia Chokri, Noah Parker, Pascale Arbillot, Mylène Mackay, Patrice Brisebois, Élise Guilbault. Québec-France-Belgique, 2018, 113 minutes.