«Brittany Runs a Marathon»: prise en main

Dans «Brittany Runs a Marathon», Jillian Bell se révèle habile à suggérer la vulnérabilité derrière la désinvolture et la drôlerie de façade. L’actrice porte le film.
Photo: Entract Films Dans «Brittany Runs a Marathon», Jillian Bell se révèle habile à suggérer la vulnérabilité derrière la désinvolture et la drôlerie de façade. L’actrice porte le film.

La scène se déroule dans une salle de consultation. Brittany, 27 ans, affecte la candeur afin d’obtenir un médicament d’ordonnance dont elle entend faire un usage non pas médicinal, mais récréatif. La récréation, c’est en l’occurrence pas mal tout ce qui préoccupe cette jeune femme aussi vive que drôle. Mais voici que le docteur, pas dupe, décide plutôt de lui parler de sa pression anormalement élevée, de son foie qui en arrache, de son surpoids… Évanoui, le sourire de Brittany. Inspiré par le parcours d’une amie proche, Paul Downs Colaizzo maintient ce ton comique mâtiné de pathos tout au long de son Brittany Runs a Marathon.

Car, après maints faux départs et séances d’apitoiement, c’est là le but que se fixe Brittany : courir le marathon de New York. Or, bien sûr, franchir le fil d’arrivée n’est pas son objectif ultime. Ce que désire au fond cette héroïne à laquelle on s’identifie facilement, tous sexes confondus, c’est reprendre son existence en main, insuffler à celle-ci un nouvel élan.

Axé sur les complexes physiques de la protagoniste et sur les mécanismes qu’elle a développés pour se protéger, le film montre dans un premier temps Brittany dans un environnement insidieusement toxique. On regrettera à cet égard le traitement réservé à la meilleure amie et coloc qui, très associée dans le récit aux réseaux sociaux, est dépeinte comme — forcément — narcissique, superficielle, et ultimement cruelle. C’est un peu court (et un chouïa technophobe).

Idem avec les nouveaux amis de Brittany, soit ce jeune père gai et cette voisine divorcée : l’intérêt narratif qui leur est porté, et la substance qui leur est en conséquence dévolue, demeure limité. De la seconde en particulier (Michaela Watkins, excellente), on en apprend juste assez pour vouloir en savoir davantage.

Pour Jillian Bell

Pour le compte, le phénomène est symptomatique d’une approche narrative relativement superficielle. Par exemple, les comportements initiaux de Brittany ne laissent planer aucun doute quant au fait qu’elle est à ce stade de sa courte existence une alcoolique (semi-)fonctionnelle. Sauf que le film refuse d’assumer ce qu’il établit pourtant. Ainsi, arrêter de boire, hormis quelques rechutes bénignes, s’avère ici une tâche assez aisée. L’idée que la jeune femme fait ensuite de la course une dépendance alternative paraît un temps envisagée, mais là encore le film se défile en prenant, contrairement à Brittany, et c’est ironique, la voie facile.

Pour autant, cette dernière s’avère un personnage qui suscite une réelle empathie. Quiconque est ou a déjà été en surpoids aura certes une conscience accrue de ce que ressent Brittany, mais le film transcende cet enjeu d’emblée porteur en touchant plus globalement à des notions universelles d’estime de soi et d’amour-propre.

D’ailleurs, Jillian Bell (vue en soutien comique dans maintes comédies, telle 22 Jump Street) se révèle habile à suggérer la vulnérabilité derrière la désinvolture et la drôlerie de façade. L’actrice porte le film. Sa composition conquérante, et souvent généreuse au vu de certains plans volontairement peu flatteurs, est ce qui permet à Brittany Runs a Marathon de se distinguer.

Observations justes

Car il ne faut pas chercher du côté de la réalisation pour le facteur « wow ». La mise en scène est en effet platement compétente, à quelques plans près (comme ce court moment lors duquel Britanny retire ses œillères mentales et constate la diversité des corps féminins dans le vestiaire du gym).

Construit, on l’évoquait, autour d’une figure attachante et forte, le scénario aligne quant à lui des développements pour plusieurs prévisibles, mais agrémentés de suffisamment d’humour piquant et d’observations justes pour compenser.

En somme, Brittany Runs a Marathon est un chouette film ayant entre autres vertus celle de donner un premier rôle à sa mesure à la formidable Jillian Bell.

Brittany Runs a Marathon (V.O.)

★★★

Comédie dramatique de Paul Downs Colaizzo. Avec Jillian Bell, Michaela Watkins, Utkarsh Ambudkar, Lil Rel Howery, Micah Stock, Alice Lee. États-Unis, 2019, 103 minutes.