Des adaptations à soi pour le cinéma québécois

Le nouveau André Forcier, «Les fleurs oubliées»
Photo: Shayne Laverdière Le nouveau André Forcier, «Les fleurs oubliées»

L'heure de la rentrée a sonné. Au cinéma, c’est de façon générale le moment de l’année où les distributeurs sortent leurs canons et leurs fleurons. Le Québec ne fait pas exception. De fait, les titres se bousculent dans l’appétissant cru automnal. On attend évidemment avec impatience, le mot est faible, le nouveau Xavier Dolan, Matthias et Maxime, et le nouveau André Forcier, Les fleurs oubliées. Cela étant, on a tout particulièrement hâte de découvrir, en un cas de figure plutôt rare au cinéma québécois, pas moins de quatre adaptations : Il pleuvait des oiseaux, de Louise Archambault, d’après le best-seller de Jocelyne Saucier, Antigone, de Sophie Deraspe, inspiré par la tragédie de Sophocle, Kuessipan, de Myriam Verreault, tiré du roman de Naomi Fontaine, et La rivière sans repos, de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu, basé sur celui de Gabrielle Roy.

Couronné de succès et lauréat de maints prix, le roman de Jocelyne Saucier regorge d’images évocatrices. Campé dans une forêt où plane la menace d’incendies, Il pleuvait des oiseaux (13 septembre) gravite autour de trois ermites dont la vie est chamboulée par l’arrivée d’une octogénaire au passé trouble et d’une photographe, sorte d’agent révélateur au sein d’un récit où il n’y a pas d’âge pour la résilience et l’amour.

C’est Louise Archambault (Gabrielle) qui a porté le roman à l’écran. La réalisatrice a réuni à l’écran Andrée Lachapelle, Gilbert Sicotte, Rémy Girard, Eve Landry, Louise Portal et Éric Robidoux. Des sélections au Festival international du film de Toronto et au Festival international du film de San Sebastián permettent d’espérer le meilleur.

À noter que la cinéaste a réalisé un second film dont la sortie est prévue plus tard cette année. Road movie comique à propos de deux sœurs fâchées contraintes au covoiturage afin d’aller répandre les cendres de leur défunt (et pas très réglo) papa aux Îles-de-la-Madeleine, Merci pour tout (25 décembre) a été scénarisé par Isabelle Langlois (Lâcher prise).

C’est aussi au TIFF que sera dévoilé Kuessipan (4 octobre), premier long métrage solo de Myriam Verreault, coréalisatrice avec Henry Bernadet du fabuleux À l’ouest de Pluton, film choral adolescent. Une période avec laquelle renoue la cinéaste, cette fois au féminin pluriel, le roman de Naomi Fontaine racontant l’amitié entre deux jeunes filles innues (Sharon Fontaine-Ishpatao et Yamie Grégoire) aux aspirations et aux bagages familiaux contrastés.

 
Photo: Les Films Séville Louise Archambault a réalisé «Merci pour tout», dont la sortie est prévue plus tard cette année.

Il y a un moment que le buzz croît autour d’Antigone (8 novembre), quatrième long métrage de fiction de Sophie Deraspe (après son fascinant documentaire Le profil Amina). On y suit l’héroïne éponyme, adolescente sans histoire, qui décide d’aider son frère à s’évader de prison. En butte à la justice des hommes, elle oppose son système et ses valeurs d’amour et de solidarité.

Cette transposition moderne de la tragédie de Sophocle, la cinéaste la décrit comme « un conte qui s’inscrit dans un réalisme social ». Au vu du résumé, on mesure toute l’intemporalité de l’œuvre originelle. Ah, et on murmure en coulisse au sujet de Nahéma Ricci, qui incarne Antigone, qu’elle est une révélation. En première au TIFF, prise 3.

On est curieux de voir se déployer sur grand écran le récit imaginé en 1970 par Gabrielle Roy, La rivière sans repos (en novembre), qui met en parallèle le destin sinueux d’une femme inuite et le cours d’eau indomptable — comme elle — qui traverse le territoire. Avec les sensibilités conjuguées de Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu, duo derrière le magnifique Le jour avant le lendemain, on anticipe du beau. Le film met en vedette Malaya Qaunirq Chapman et Etua Snowball, ainsi que Magalie Lépine-Blondeau et Patrick Hivon.

Bélanger, Dolan, Forcier…

La rentrée cinématographique québécoise sera en outre celle de trois cinéastes qu’on aime beaucoup. Après le succès de son précédent film, Les mauvaises herbes, Louis Bélanger revient avec la comédie dramatique Vivre à 100 milles à l’heure (27 septembre), qui relate le passage de l’adolescence à l’âge adulte de trois copains (Rémi Goulet, Antoine L’Écuyer, Elijah Patrice-Baudelot) sur fond de coups pendables se muant en petit crime organisé dans les années 1970-1980. Le film sera présenté au Festival de cinéma de la ville de Québec : un choix à propos puisque c’est là le théâtre de l’action.

Xavier Dolan, de son côté, voit double. Sorti ce vendredi même à l’issue d’une longue saga, Ma vie avec John F. Donovan (The Death and Life of John F. Donovan) ouvre le bal. La vraie nouveauté est toutefois son Matthias et Maxime (9 octobre), œuvre plus intimiste, sélectionnée en compétition à Cannes au printemps. Ou lorsqu’un baiser échangé dans le cadre du tournage d’un court métrage par deux amis s’étant jusque-là perçus comme hétéros devient le point de bascule de petits et grands bouleversements.

 
Photo: Marcelle Jomphe On attend avec impatience, le mot est faible, le nouveau Xavier Dolan, «Matthias et Maxime».

Avec Gabriel D’Almeida Freitas, Xavier Dolan, Pier-Luc Funk, Antoine Pilon, Adib Alkhalidey, et la muse Anne Dorval. On ne demande pas mieux que de tomber amoureux également. Paraîtra ensuite Les fleurs oubliées (25 octobre), d’André Forcier, dont les opus des dernières années, tels Je me souviens et Embrasse-moi comme tu m’aimes, ont consolidé une impression de deuxième âge d’or pour le vénérable auteur. Déjà, la prémisse séduit, avec cet apiculteur (Roy Dupuis) qui, aidé par son neveu (Émile Schneider), pollinise les toits de Montréal dans l’espoir de freiner l’extinction des abeilles. S’emmerdant au ciel, le frère Marie-Victorin (Yves Jacques), fondateur du Jardin botanique de Montréal, décide de venir leur prêter main-forte.

Devant une telle cuvée, entre adaptations et propositions inédites, il y a de quoi rêver.

Sans oublier... en vrac

Pauvre Georges, de Claire Devers, ou le délitement d’un couple (Monia Chokri et Grégory Gadebois) après que le conjoint eut décidé de « sauver » un adolescent à problèmes (30 août).

Apapacho, une caresse pour l’âme, de Marquise Lepage, ou le périple de deux soeurs (Laurence Leboeuf et Fanny Mallette) en deuil d’une troisième qui aboutissent au Mexique en pleine fête des Morts (25 octobre).

Les barbares de la Malbaie, de Vincent Biron, ou les tribulations d’un adolescent (Justin Leyrolles-Bouchard) qui s’exerce à être un agent sportif avec son cousin (Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques), gloire déchue du hockey junior (22 novembre).

Sympathie pour le diable, de Guillaume De Fontenay, ou un retour sur le passage charnière à Sarajevo, en 1992, de Paul Marchand (Niels Schneider), qui s’est suicidé en 2009 (automne).

Le vingtième siècle (The Twentieth Century), de Matthew Rankin, biographie fantasmée, et fantasmagorique, de WL Mackenzie King (en décembre et au TIFF).

14 jours 12 nuits, de Jean-Philippe Duval, ou lorsqu’une femme (Anne Dorval) retrouve au Vietnam la mère biologique (Leanna Chea) de sa fille (hiver).

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Photo: MK2 Mile End Louise Archambault a porté le roman «Il pleuvait des oiseaux», de Jocelyne Saucier, à l’écran, avec Andrée Lachapelle.