«Fabuleuses»: la dictature du «like»

Mélanie Charbonneau mord à pleines dents dans la modernité avec son premier long métrage de fiction, Fabuleuses. Ce portrait évocateur de notre époque — qui fera assurément sourciller les historiens qui nous succéderont — offre une incursion lucide et dénuée d’euphémisme dans l’univers des influenceuses, figures phares d’une génération régentée par les réseaux sociaux et l’intangibilité des relations 2.0.

Avec un regard exempt de jugement, la jeune réalisatrice embrasse et décortique l’apparente superficialité d’une ère où la réussite se caractérise par une perpétuelle commercialisation de soi et se quantifie en mentions « j’aime » et en nombre d’abonnés.

Scénarisé en collaboration avec Geneviève Pettersen, le film renoue avec les personnages de la websérie Les stagiaires, diffusée sur la plateforme de VRAK.TV en 2015 ; trois jeunes femmes qui cherchent à se définir et à obtenir la reconnaissance de leurs pairs dans un monde chaotique où l’affirmation de soi ne peut se dérober à la dictature de l’image.

Clara (Juliette Gosselin), vedette des réseaux sociaux, carbure aux likes dans la solitude de son condo de luxe. Laurie (Noémie O’Farrell), la jeune fille d’à côté, rêve de marcher dans ses traces, alors que sa coloc, Élizabeth (Mounia Zahzam), une violoncelliste féministe et sans emploi, refuse de céder à ce culte de l’apparence.

Alors qu’elles évoluent autour et au coeur de cette constante mise en scène, les trois amies verront leurs convictions fortement ébranlées, et se feront chacune à leur façon prendre à leur propre jeu.

Forme d’inertie

Le luxe, l’artifice et les excès s’avèrent de formidables outils pour la cinéaste et ses actrices, qui défendent avec enthousiasme et autodérision une réalité hyperbolique, qui semble imperméable à toute évolution.

Dans un style visiblement inspiré des comédies pour adolescents du début du millénaire, elles s’amusent avec les contrastes que supposent le bonheur factice d’une vie sociale maquillée à outrance et les désillusions que réserve l’insipide réalité.

Mélanie Charbonneau documente le présent avec une curiosité passive, ne cherchant jamais à poser un jugement ou à formuler une hypothèse sur l’absurdité des situations rencontrées par ses protagonistes.

Le scénario, victime de cette inertie, se perd parfois en conjectures tant les questions soulevées — parmi lesquelles l’hypersexualisation, la pilosité féminine, la marchandisation du corps et autres dérives du capitalisme — sont nombreuses. Les causes, interrogations et convictions des trois jeunes femmes s’avèrent par conséquent négligées et ne sont jamais investies au-delà du lieu commun.

Bien qu’il gagnerait à être mieux articulé, cet amoncellement disparate n’est pas sans rappeler le nombre incalculable d’ébauches de réflexions qui accompagnent la découverte de soi et le passage vers l’âge adulte. Un premier film un peu confus, qui plaira néanmoins aux ados.

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Fabuleuses

★★ 1/2

Comédie dramatique de Mélanie Charbonneau. Avec Juliette Gosselin, Noémie O’Farrell et Mounia Zahzam. Canada, 2019, 109 minutes.