Des palmes en automne

«Portrait de la jeune fille en feu» explore l’étouffement provoqué par le conformisme social.
Photo: MK2 Mile-End «Portrait de la jeune fille en feu» explore l’étouffement provoqué par le conformisme social.

Une fois n’est pas coutume : nul besoin d’attendre indéfiniment, et parfois même en vain, pour contempler les plus beaux joyaux du Festival de Cannes. Car certaines années, les choix du jury de la compétition officielle divisent la presse, et suscitent parfois un enthousiasme modéré, voire discret, de la part des distributeurs. Il faut donc se réjouir de la sortie plutôt rapide de Parasite (25 octobre), du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho, la nouvelle extravagance angoissante de celui dont chaque film est une fête pour l’oeil (Snowpiercer, Okja). Cette Palme pleinement méritée nous fait découvrir une famille crapuleuse s’incrustant dans une autre, beaucoup plus riche, les dépossédant peu à peu avec une efficacité démoniaque, jusqu’à ce qu’elle trouve une adversaire plus rusée.

Pour Portrait de la jeune fille en feu (20 décembre), beaucoup de festivaliers ont souligné que la cinéaste française Céline Sciamma méritait plus qu’un prix du scénario. Celle qui n’en est pas à son premier film inspiré et émouvant (Naissance des pieuvres, Tomboy) explore une fois de plus l’étouffement provoqué par le conformisme social, surtout lorsqu’il est question de désirs, et d’identités sexuelles. Cette fois, sous les nuages de la Bretagne, celle du XVIIIe siècle, une jeune femme résiste par tous les moyens à un mariage arrangé.

Photo: Métropole Films «Douleur et gloire» accomplit une douloureuse introspection. 

Que lui faudra-t-il faire pour l’obtenir ? L’incapacité de Pedro Almodóvar à décrocher la Palme d’or ressemble de plus en plus à une mauvaise blague, mais personne ne voudra se priver de celui qui reçoit depuis longtemps de ses admirateurs la palme du coeur. Encore une fois, le célèbre cinéaste espagnol accomplit une douloureuse introspection, et il le fait en compagnie d’Antonio Banderas (Palme du meilleur acteur), jouant son alter ego dans Douleur et gloire (25 octobre), renouant également avec Penélope Cruz et Cecilia Roth, deux autres grandes figures de son cinéma.

La vie n’est que mensonges

Difficiles à accepter dans la vie, les mensonges sont toujours un puissant moteur narratif, et donnent lieu aux revirements de situation les plus inattendus. Plusieurs films explorent ces machinations qui brouillent les cartes et minent les relations. Et lorsqu’il s’agit de cacher ses fortes dépendances, certains sont prêts à tout, comme Pio Marmaï dans Mais vous êtes fous(1er novembre), d’Audrey Diwan, un drame conjugal et familial qui démarre en trombe avec la découverte de cocaïne dans le sang d’un enfant. Une révélation foudroyante qui va accélérer la décomposition d’un couple, dont une partie de la dynamique reposait sur une tonne de secrets bien enfouis.

L’univers des réseaux sociaux engendre aussi son lot de cachotteries, surtout à l’heure de la séduction en ligne, où certaines omissions semblent nécessaires pour plaire. C’est du moins la conviction de Juliette Binoche dans Celle que vous croyez (27 septembre), décidant sur un coup de tête de montrer une image qui n’est pas la sienne pour séduire un homme plus jeune qu’elle, un jeu dangereux orchestré par Safy Nebbou.

Photo: Axia Films Dans «Celle que vous croyez», Juliette Binoche montre une image qui n’est pas la sienne pour séduire un homme plus jeune qu’elle.

D’autres ont passé leur temps à mentir, puisque c’est ce qui était inscrit dans leur définition de tâches, et ils l’ont fait avec une précision démoniaque, sans compter les profits que ces magouilles engendraient. Mais les entreprises sont parfois impitoyables, et Olivier Gourmet va en payer le prix dans Ceux qui travaillent (6 septembre), une méditation sur les dérèglements moraux dans les grandes compagnies livrée par le cinéaste suisse Antoine Russbach.

Mentir peut aussi ressembler à un passeport pour la liberté, et la gloire. C’est la vision chimérique d’une jeune DJ dans la Biélorussie du début des années 1990, celles de la chute du communisme. Mais Velva va se mordre les doigts d’avoir donné un numéro de téléphone inventé de toutes pièces, une étourderie qui va le conduire bien loin de l’Amérique dans Le cygne de cristal (20 septembre), une comédie deDarya Zhuk qui a fait le plein de prix dans les festivals. Et comme les films de Biélorussie n’ont jamais vraiment envahi nos écrans, raison de plus d’attraper celui-là au passage.

Retour à Downton

La célèbre série britannique Downton Abbey a fait les beaux jours du réseau PBS pendant six saisons avec plus de neuf millions de téléspectateurs, du jamais vu pour la chaîne publique américaine. Que les orphelins de la famille Crawley se rassurent : les portes de son château s’ouvriront à nouveau le 20 septembre, cette fois sur grand écran, sous la houlette du réalisateur Michael Engler. Avec dévotion, et nostalgie, les admirateurs vont se masser devant ce qui ressemble à un épisode télévisé à l’opulence démesurée. Ils iront sans doute aussi savourer les répliques assassines d’une des comtesses les plus célèbres du petit écran, magnifiquement incarnée par l’impériale Maggie Smith. À peu près toute la distribution originale a répondu présent, à la triste exception de Shirley MacLaine, dont l’impertinence tout américaine va nous manquer.

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