Redites et paysages familiers dans le cinéma américain

Le «Joker» reprend du service, cette fois avec Joaquin Phoenix.
Photo: Warner Bros. Le «Joker» reprend du service, cette fois avec Joaquin Phoenix.

Chez Walt Disney, la posture artistique est bien connue, et assumée : servir à la sauce d’aujourd’hui les succès d’autrefois, qu’ils se nomment Aladdin ou The Lion King. Avec en prime le bruit assourdissant du tiroir-caisse. Les autres studios n’allaient pas rester les bras croisés et se contenter de dominer la saison estivale et le temps des Fêtes, les deux périodes les plus lucratives de l’année. Cet automne, si vous avez l’impression que c’est la saison des redites, vous n’aurez pas tort, dans la mesure où suites et relectures vont s’enchaîner à un rythme soutenu jusqu’à Noël.

Évidemment, quand il s’agit de renouer avec l’univers de Stephen King, une autre valeur sûre, interdiction de râler. L’attente est même plutôt grande devant le retour du clown maléfique ayant transformé en cauchemar la vie d’un groupe d’amis. Dans It Chapter Two (6 septembre), dont Andy Muschietti tient la barre, ces enfants sont devenus adultes, incarnés par de grandes pointures, dont James McAvoy, Jessica Chastain et Bill Skarsgard, maquillé à l’excès et plus effroyable que jamais.

Autre figure à la fois clownesque et macabre, déjà incarnée par d’autres acteurs célèbres, dont Jack Nicholson et Heath Ledger, le Joker (4 octobre) reprend du service, et pas l’ombre d’un Batman pour l’emmerder. C’est au tour de Joaquin Phoenix de poser sur son visage les sinistres couleurs de cet esprit troublé dans une variation signée Todd Phillips, surtout connu pour The Hangover — tout un changement de registre !

Autre figure maléfique à l’apanage métallique, celle imaginée par James Cameron au siècle dernier, avecTerminator (1984). Nouvelle version, avec le retour d’une valeur très sûre, Linda Hamilton, dans le rôle de la coriace Sarah Connor, rarement impressionnée par les multiples déclinaisons mutantes d’Arnold Schwarzenegger, lui aussi revenu dans le décor. Tout le chaos espéré dans Dark Fate (1er novembre) sera sous la houlette du réalisateur de Dead Pool, Tim Miller, qui, espérons-le, saura injecter un peu d’humour à ce monde sentant fort le rouillé.

Photo: Paramount Pictures Une nouvelle version de «Terminator» avec le retour d’une valeur très sûre, Linda Hamilton, dans le rôle de la coriace Sarah Connor

Après Bridget Jones, et après une longue pause, est-ce le véritableretour de Renée Zellweger au cinéma ? L’actrice mise gros en se glissant dans la peau d’une légende, celle, immense, de Judy Garland, dans un portrait à la fois sombre et flamboyant, tout à fait à l’image de l’interprète d’Over the Rainbow.Judy (27 septembre), de Rupert Goold, évoque une période cruciale dans la vie de la star, son séjour à Londres en 1968, ni plus ni moins que le chant du cygne d’une diva devenue éternelle.

Photo: Les Films Séville Renée Zellweger dans la peau d’une légende, celle, immense, de Judy Garland, dans «Judy», un portrait à la fois sombre et flamboyant

Chacun de ses films est très attendu, ressemble rarement au précédent et se distingue de tous les autres. James Gray (The Immigrants, The Lost City of Z) s’aventure cette fois dans l’espace, décrivant les tourments et les obligations d’un astronaute (Brad Pitt) ayant à la fois un lourd poids sur ses épaules (sauver notre planète) et quelques traumatismes à régler (liés à un père qu’il croyait disparu).

Ad Astra (20 septembre) s’annonce comme un magnifique drame interstellaire, avec une distribution étoilée comprenant aussi Tommy Lee Jones, Liv Tyler et Donald Sutherland.

Le James Stewart de notre époque, connu aussi sous le nom de Tom Hanks, revêt à nouveau l’étoffe d’un personnage tendre et touchant, de ceux qui font depuis longtemps son succès, et Fred Rogers représente un sommet du genre. Dans A Beautiful Day in the Neighborhood(22 novembre), Marielle Heller (Can You Ever Forgive Me ?) évoque la vie de ce célèbre animateur d’une émission pour enfants longtemps diffusée au réseau PBS, et de son amitié avec un journaliste, qui sera transformé au contact de cette icône de la candeur.

Que tous les parents de jeunes enfants soient prévenus, et psychologiquement bien préparés : vous n’en avez pas fini avec Frozen ! La Reine des neiges remet sa couronne dès le 22 novembre. Alors, prenez une grande respiration, et « Let It Go »… D’autant plus qu’un mois plus tard, c’est la sortie d’un autre Star Wars, The Rise of Skywalker, avec J.J. Abrams aux fourneaux. Ça sent déjà un peu le réchauffé.

Un nouveau Roma pour Netflix?

Il s’agit de retrouvailles inespérées et d’une alliance inattendue : Robert De Niro dans un film de Martin Scorsese produit par Netflix. Dire que The Irishman suscite des attentes stratosphériques apparaît comme un vulgaire euphémisme. Le réalisateur de Taxi Driver et de Goodfellas renoue avec son premier grand acteur fétiche (leur dernière collaboration remonte à Casino,en 1995) et s’allie enfin à nul autre qu’Al Pacino, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ce dernier incarnera le mythique Jimmy Hoffa, syndicaliste aux méthodes musclées et dont la disparition, en 1975, demeure un mystère encore non résolu. Le film sera lancé à New York à la fin du mois de septembre, et on attendra vivement une diffusion sur tous les écrans : les petits, mais surtout les grands. Un autre succès tous azimuts à la Roma, d’Alfonso Cuarón ?

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