«Museo»: le cambriolage fantasmé

L’humour de Museo repose sur la dichotomie entre les deux malfaiteurs, l’un audacieux et directif, l’autre simplet et docile.
Photo: Les Films d’aujourd’hui L’humour de Museo repose sur la dichotomie entre les deux malfaiteurs, l’un audacieux et directif, l’autre simplet et docile.

Il a été qualifié de vol du siècle, du moins par les Mexicains : entre 100 et 150 objets mayas conservés dans le prestigieux Museo de Antropología, à Mexico, disparaissent dans la nuit de Noël 1985. C’est ce fait historique en partie non résolu — les motifs du cambriolage demeurent obscurs — que déterre le long métrage de fiction Museo d’Alonso Ruizpalacios, premier film produit par YouTube.

Récipiendaire de l’Ours d’argent du meilleur scénario à la Berlinale 2018, Museo est un film dit de casse, genre spécifique aux cambriolages. Le récit repose sur l’habituelle structure : les préparatifs, le vol comme tel et enfin, la fuite, butin en main. Sauf qu’ici, l’intérêt repose sur un aveu narratif : mettre en images ce vol tient de la fable.

Ruizpalacios reste nébuleux, imprécis, histoire d’entretenir l’idée de fantasme. Le temps semble suspendu, porté par une caméra souvent aérienne et lente. Et il y a cette thèse, exprimée par le narrateur en voix off, qui suggère que les histoires officielles s’appuient sur leur dose de faits inventés.

Aucune date n’est avancée, comme si ce vol insensé ne pouvait avoir eu lieu que dans l’imaginaire (ou au cinéma). Certes, le réalisateur se plaît à insérer des détails technologiques qui ne trompent pas. Faut-il encore se rappeler l’époque où la console de jeux Atari fascinait une foule d’enfants, comme lors d’une des premières scènes du film.

Alonso Ruizpalacios signe son deuxième long métrage après l’atypique Güeros (2014), un road-movie à l’intérieur de Mexico en noir et blanc qui lui a valu moult prix, dont un, aussi, à la Berlinale. Plus classique et soutenu par sa vedette (Gael García Bernal), Museo ne possède pas moins l’esprit de liberté de Güeros.

Scènes lyriques et idylliques, images à la fois soignées et embrouillées, ruptures de ton, musiques exaltantes… Ruizpalacios a eu les moyens de ses ambitions, y compris des voyages à Palenque et à Acapulco. La scène du cambriolage est autant incroyable que pleine de magie, animée par le jeu d’ombres et l’amplification de chaque petit bruit.

Filmé souvent en gros plan, mettant à l’honneur les précieux objets au coeur du récit, Museo demeure un suspense haletant, avec sa part d’humour noir. Il repose sur la dichotomie entre les deux malfaiteurs, l’un audacieux et directif, l’autre simplet et docile.

Étudiant peu sérieux en médecine vétérinaire, Juan (García Bernal) est celui qui planifie le coup du siècle. Malgré sa mauvaise réputation, malgré cette veillée familiale où il doit incarner le père Noël, il se retrouve avec la voiture de papa. Son fidèle compagnon, Benjamín (Leonardo Ortizgris) se présente au rendez-vous, même si tout est fait pour qu’il n’y soit pas. La suite de l’odyssée sera sur ce ton, entre l’amateurisme de l’un et la fidélité de l’autre, avec un troisième personnage sur leurs dos: le trésor dérobé.

García Bernalest à ce point juste qu’on oublie son âge. À l’écran, la star mexicaine vieillit à peine et peut incarner celui qui vit chez ses parents sans avoir l’air d’un Tanguy. Leonardo Ortizgris, déjà dans Güeros, ne pâlit pas à ses côtés et brille comme le parfait faire-valoir.

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Museo

★★★

Drame d’Alonso Ruizpalacios. Avec Gael García Bernal, Leonardo Ortizgris, Alfredo Castro. Mexique, États-Unis, Canada, 2018, 128 minutes.