«Jeune Juliette»: le droit au rêve pour Juliette

Juliette (Alexane Jamieson) a 14 ans et, à l’instar d’autres enfants en surpoids, elle doit faire face aux moqueries et à l’isolement.
Photo: Maison 4.3 Juliette (Alexane Jamieson) a 14 ans et, à l’instar d’autres enfants en surpoids, elle doit faire face aux moqueries et à l’isolement.

Ce serait mentir de dire qu’on n’a pas été charmé par la Juliette imaginée par Anne Émond et campée avec grandeur par Alexane Jamieson. L’actrice est la révélation de Jeune Juliette. Sa seule présence donne raison au propos en sourdine de cette comédie aux accents dramatiques.

Notre société formatée et notre cinéma ne semblaient pas destinés à permettre l’éclosion de cette actrice aux formes rondes. On n’a qu’à penser aux récents films avec ados. Où Alexane Jamieson aurait-elle pu trouver place ?

Film sur la différence, Jeune Juliette n’est pas un pamphlet. Il n’a pas non plus de morale. Et si fin heureuse il y a, elle est ténue et menacée, tant les sentiments du personnage suivent un parcours en montagnes russes.

Juliette a 14 ans et, à l’instar d’autres enfants en surpoids, elle doit faire face aux moqueries et à l’isolement. Élève brillante, chouchou du professeur de français (trop rare Stéphane Crête), la jeune femme est dotée d’une carapace qui lui permet de planer. De rêver.

Anne Émond (Nelly) plonge à nouveau, comme depuis l’audacieux Nuit #1 (2011) qui l’a révélée, dans des tourments intérieurs. Son quatrième long métrage détonne toutefois par le genre abordé (la comédie) et par le ton lumineux emprunté, malgré les embûches. En cette fin d’année scolaire caniculaire, le soleil brille, peut-être, un peu trop. Excepté l’ensoleillement abusif, loin des sombres portraits sociaux qu’elle avait réalisés, la cinéaste a dosé ses choix formels. Elle se sert d’intertitres aux couleurs pop pour alléger un drame latent. Le désir, elle le surligne par des séquences inattendues, en rupture de ton.

Cette Juliette de banlieue vibre au besoin d’évasion. Elle fuit la réalité, même inconsciemment. Menteuse par moments, franche tout autant, l’ado a du talent pour se projeter dans l’irréel. Elle rêve du beau de 5e secondaire, s’invente des histoires, y compris par écrit. Surtout, elle ne voit pas sa différence.

Il est là, dans le regard des corps, le fil conducteur. Tout va bien pour Juliette jusqu’à ce qu’elle constate que son apparence et ses relations, même avec son amie (Léanne Désilets), sont indissociables. Or, la différence n’est pas que physique.

Anne Émond a eu le tact d’inscrire l’altérité de bien des manières. C’est le père (Robin Aubert) de Juliette qui est à son écoute, alors que la mère les a quittés. L’ado lesbienne, l’enfant autiste, le frère attachant et pourtant moqueur…

Ce film en milieu scolaire se déroule loin des habituels corridors d’école. On les trouve, mais quand a-t-on vu une fille, rejetée par la majorité, au micro de la radio étudiante ? C’est une fille ronde qui aime danser, qui aime imposer sa musique, qui ne manque pas d’audace.

Alexane Jamieson porte le film sur ses épaules d’un bout à l’autre. Son jeu si naturel s’exprime autant dans la colère que dans les scènes intimes ou cocasses. Elle est, ou était, un « trésor caché », qualificatif attribué à un moment à sa Juliette.

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Jeune Juliette

★★★ 1/2

Comédie d’Anne Émond. Avec Alexane Jamieson, Léanne Désilets, Robin Aubert, Gabriel Beaudet. Québec, 2019, 93 minutes.