«Les crevettes pailletées»: nager dans les clichés

Matthias, protagoniste principal, est le tenant de la perspective hétérosexuelle récalcitrante à laquelle s’arrime le film. Ceci expliquant peut-être cela, les coauteurs ont constitué une galerie de personnages secondaires gais correspondant à tous les clichés imaginables.
Photo: Les films Opale Matthias, protagoniste principal, est le tenant de la perspective hétérosexuelle récalcitrante à laquelle s’arrime le film. Ceci expliquant peut-être cela, les coauteurs ont constitué une galerie de personnages secondaires gais correspondant à tous les clichés imaginables.

Vice-champion du monde de natation, Matthias Le Goff est à cran, car il se sent vieillir. Lorsqu’après une compétition désastreuse, un journaliste l’aiguillonne en dépit de son refus manifeste d’en dire plus, le nageur coupe court en usant au passage d’une épithète homophobe. Sanctionné par sa fédération, le voilà contraint, s’il souhaite se qualifier pour les mondiaux, d’entraîner une équipe de water-polo gaie. Au contact de ces sportifs aussi amateurs qu’exubérants, Matthias deviendra un homme meilleur, évidemment.

Évidemment, car dans la bien intentionnée, mais hyperprévisible comédie Les crevettes pailletées, chaque développement est attendu, voire annoncé. Dans la promo du film de Maxime Govare et Cédric Le Gallo, on a fait grand cas de ce que le scénario est basé sur les expériences de ce dernier comme entraîneur hétérosexuel d’une équipe de water-polo homosexuelle. Qu’il ne subsiste aucune ambiguïté : la dimension factuelle du récit concerne l’équipe elle-même, et non la prémisse du personnage fictif de Matthias, athlète hétéro déchu « de corvée » homo.

Matthias, protagoniste principal, est le tenant de la perspective hétérosexuelle récalcitrante à laquelle s’arrime le film. Ceci expliquant peut-être cela, les coauteurs ont constitué une galerie de personnages secondaires gais correspondant à tous les clichés imaginables. En résumé : un groupe de folles qui ne fait « en apparence » que médire et parler cul. Ils sont drôles, donc inoffensifs, c’est-à-dire pas menaçants pour ledit regard hétéro.

À ce propos, Matthias est vite dépeint comme un homme pas tant homophobe qu’ignare de la réalité homosexuelle pour ne s’y être jamais intéressé auparavant. D’ailleurs, lorsqu’on voit l’ensemble de l’altercation après les faits, on peut observer la mauvaise foi du journaliste qui est présenté, là encore, comme un cliché de vieux gai minaudant. Lire en sous-texte : il a couru après. Ce qu’en l’occurrence l’un des personnages affirme sans ambages, mais c’est censé passer puisque ça sort de la bouche d’un autre gai.

On comprend l’idée, mais on tique, car à ce stade, cela fait plusieurs fois que le film oppose les minorités entre elles : un des membres de l’équipe se montre transphobe avant d’être dûment corrigé par ses coéquipiers, un match contre une équipe adverse constituée de lesbiennes baigne dans les lieux communs…

Du bon monde

Évidemment, prise deux, le but ultime est de révéler des êtres humains complexes qui rient pour ne pas pleurer. Hélas, plutôt que de laisser parler l’action en opérant un dévoilement graduel de la profondeur de chacun, on opte pour l’approche explicative. Ainsi Matthias (et le spectateur) se fait-il détailler à la chaîne l’historique pas rose des uns et des autres lors d’une des nombreuses scènes criant fort « film à message ! ». Plutôt que d’insuffler un surcroît de substance aux personnages, la séquence les confine à l’inverse davantage dans leur unidimensionnalité respective.

Les dialogues sont à l’avenant : souvent didactiques, et là, pour expliciter que les gais sont, en somme, du bon monde. Entendu, tout cela est louable et, tragiquement, sans doute pertinent au vu de la hausse de crimes homophobes un peu partout, mais ça ne fait pas un film réussi pour autant.

Au moins la mise en scène est-elle inventive. Les deux réalisateurs démontrent en effet un sens de la débrouillardise certain en camouflant adroitement les limites d’un budget qu’on devine pas énorme. Le rythme est en revanche inégal, quoiqu’un crescendo efficace s’opère au troisième acte.

La séquence finale, qui emprunte à Quatre mariageset un enterrement (Four Weddings and a Funeral) et à Priscilla, folle du désert (The Adventures of Priscilla, Queen of the Desert), ne manque pas de tirer rires et larmes à égales mesures. À terme toutefois, Les crevettes pailletées s’avère trop préoccupé d’édifier pour convaincre.

Les crevettes pailletées

★★

Comédie dramatique de Maxime Govare et Cédric Le Gallo. Avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul, David Baiot, Romain Lancry. France, 2019, 100 minutes.