Critères d'admission pour les Oscar: Téléfilm Canada fait volte-face

Une scène du film «Chien de garde», de Sophie Dupuis
Photo: Axia Films Une scène du film «Chien de garde», de Sophie Dupuis

Téléfilm Canada a fait volte-face lundi sur la question des critères d’admissibilité des films canadiens pour la course aux Oscar. Jointe au téléphone, Francesca Accinelli, directrice de la promotion et des communications chez Téléfilm, a dit qu’elle ne voulait pas s’opposer à la volonté des acteurs de l’industrie, qui contestaient ces critères. Plutôt que des critères d’admissibilité à la course aux Oscar, ces critères seront donc des critères d’« évaluation », a-t-elle dit.

Dans une lettre adressée aux membres de l’industrie au sujet de la création du jury de la sélection de films canadiens aux Oscar, Téléfilm Canada avait annoncé que seuls les films ayant été présentés dans des festivals de catégorie A — comme Cannes, Sundance, Venise ou Berlin — et ayant un distributeur américain ou international pouvaient représenter le Canada aux Oscar. Ces nouveaux critères de sélection auraient exclu des films comme Chien de garde, de Sophie Dupuis, qui a représenté le Canada aux Oscar en 2018.

« Depuis quelques années, on a commencé à faire une évaluation pour mieux comprendre quels sont les critères qui peuvent donner la meilleure chance à nos films d’être plus compétitifs dans la campagne des Oscar », dit Mme Accinelli. Ils ont alors constaté que les films retenus dans la courte liste de l’Académie avaient fréquenté les grands festivals ou étaient soutenus par un distributeur américain ou international.

« Dans ces conditions, ils peuvent immédiatement commencer la campagne » de promotion auprès des membres votants aux Oscar, explique Mme Accinelli.

Philippe Falardeau proteste

Dans une lettre à La Presse, le réalisateur Philippe Falardeau écrivait que les nouvelles règles étaient « inadmissibles et absurdes » et ne tenaient compte d’aucun critère artistique ou qualitatif. De plus, plusieurs associations d’acteurs de l’industrie ont dit n’avoir pas été mises au courant des nouveaux critères par Téléfilm, même si ces critères apparaissaient dans la lettre de convocation des jurys. Rappelons que le jury devra choisir en septembre le film qui représentera le Canada.

« Ce que je vois, c’est que ça n’était pas très bien expliqué dans notre avis », a poursuivi Mme Accinelli, qui reconnaît que le changement a peut-être été imposé « trop rapidement » à l’industrie. Elle s’est par ailleurs dite ouverte à rencontrer les membres de l’industrie à ce sujet après la sélection du film qui représentera le Canada dans la catégorie du meilleur film international.

Le fait est qu’une fois sélectionné pour représenter le Canada, le film a besoin d’une campagne de promotion auprès des membres votants aux Oscar. Il faut organiser des visionnements, placer des annonces pour que le film soit vu le plus possible. En 2018, la boîte de production Bravo Charlie, qui a produit Chien de garde, a bénéficié du soutien de Téléfilm Canada et de la SODEC, dans une moindre mesure, pour faire connaître son film. « C’est sûr que si on avait eu plus d’argent, on aurait pu faire plus de choses, dit Étienne Hansez, producteur du Chien de garde. La France avait un budget trois fois supérieur au nôtre. Mais j’espère que Téléfilm n’a pas été déçu du choix de Chien de garde. »

Limiter le jury dans ses choix

Reste que les nouveaux critères de sélection de Téléfilm, s’ils sont appliqués comme filtre, pourraient exclure d’emblée une partie de la production cinématographique canadienne de la course à la statuette dorée. « Les festivals mentionnés ne couvrent pas tous les films, poursuit Mme Messier. Il y a des films d’animation qui pourraient se qualifier et qu’on ne retrouve pas dans la liste des festivals indiqués. On aurait dû consulter le milieu avant de prendre cette décision, pour établir les meilleurs critères, s’il y avait un besoin de changer les critères. »

Mme Messier pense par exemple à des bourses qui permettraient de soutenir la visibilité des films portés par de petites maisons de production dans cette course aux prix américains.

Pour André Pelletier, de l’Association des réalisateurs et réalisatrices québécois, les nouveaux critères auraient limité la capacité du jury de faire son choix, en l’arrimant aux choix faits par les jurys des festivals ou par les distributeurs.

« Je ne veux pas faire débat avec l’industrie, a dit Mme Accinelli lundi. On va utiliser les critères que nous avons comme critères d’évaluation. N’importe quel film sera admissible. Nous avons donné des critères d’évaluation. Notre jury pourra utiliser ces critères pour faire les évaluations. S’ils voient qu’un film est le meilleur, ce sera le meilleur film », dit-elle, avant d’ajouter que Téléfilm n’est pas un membre votant dans ces évaluations.

Le jury qui sélectionne le film représentant le Canada aux Oscar est formé de 25 représentants de différentes associations de membres de l’industrie.

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