Fred Grivois et la prise d’otages de Djibouti

L’acteur français Alban Lenoir (sur la photo) incarne le chef d’un groupe de tireurs d’élite dans «L’intervention», le plus récent film de Fred Grivois.
Photo: Axia Films L’acteur français Alban Lenoir (sur la photo) incarne le chef d’un groupe de tireurs d’élite dans «L’intervention», le plus récent film de Fred Grivois.

Le cinéaste Fred Grivois connaît bien le Québec. Sa famille est originaire de Hull. Ses parents ont vécu à Montréal quand il avait entre cinq et neuf ans, avant de retourner s’installer à Paris. Ils avaient acheté une maison de campagne à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson dans les Pays-d’en-Haut, qu’ils ont gardée longtemps, où il a tourné une série il y a deux ans. Un de ses enfants possède la nationalité canadienne. En entrevue à Paris, il revient souvent sur ses racines québécoises, vivaces en lui, dont sa mère lui a appris à être fier.

En 2015, le premier long métrage de Fred Grivois, La résistance de l’air, était un drame familial donnant la vedette à Reda Kateb et Ludivine Sagnier. L’intervention, qui prend l’affiche dans nos salles vendredi, dans une veine plus politique, s’arrime à un fait vécu, longtemps méconnu car hors des codes officiels régissant les opérations de combat.

En 1976 à Djibouti, dernière colonie française, un autobus scolaire d’enfants de militaires avait été pris en otage par des militants indépendantistes à Loyada près de la frontière somalienne. L’unité de tireurs d’élite plus ou moins anarchique de la gendarmerie française envoyée pour régler le problème s’était alors lancée dans une opération téméraire et sanglante, qui poussa les hommes à désobéir à leurs supérieurs pour mener l’assaut. Cette unité allait donner naissance au célèbre GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) après ce fait d’armes improvisé et héroïque.

Un des tireurs d’élite avait raconté son histoire à Fred Grivois. Des notes de cet entretien traînaient dans son tiroir et son agent l’invita à les ressortir pour en faire un film, en conservant l’essentiel de l’action. « Il s’agissait de la première prise d’otages d’enfants de l’histoire », précise Fred Grivois. Dans L’intervention, il a fait jouer à Olga Kurylenko une enseignante qui tâchait à bord de calmer le jeu et de protéger les enfants, alors qu’Alban Lenoir y incarne le chef des tireurs d’élite.

« Tout est plus compliqué avec des enfants, explique le cinéaste. Ils étaient 25 et le plus jeune avait quatre ans… Et puis, on utilisait des cartouches explosives. Olga Kurylenko et Kevin Layne se sont vraiment beaucoup occupés d’eux. Ils avaient un double emploi d’acteurs et de protecteurs. Pas facile : la chaleur est montée, une journée, à 56 degrés avec des garçons allongés dans le sable. Alban Lenoir s’est démis une épaule, David Murgia s’est ouvert la main… »

L’intervention se situe en pleine guerre froide, alors que le territoire de Djibouti donnait aux Français accès au canal de Suez et que les enjeux politiques dépassaient ces hommes attelés à une opération de sauvetage.

Thriller historique

Ce thriller historique à distribution chorale a été tourné au Maroc, dans le désert près de Marrakech, et plusieurs villageois ont participé au tournage. Le cinéaste a demandé à son équipe de se référer à Casablanca de Michael Curtiz pour l’atmosphère tendue des temps de guerre. Il avait deux jours à résumer en une heure et demie dans un film qu’il désirait nerveux, tourné surtout caméra à l’épaule. Il voit son film comme une sorte de western aux couleurs des années 1970, avec des héros, une tension, de l’action, des coups de feu.

Fred Grivois a aimé diriger Olga Kurylenko hors du champ de la séduction. « Elle a joué dans tant de films d’action qu’elle sait tenir un revolver. Quant à Alban Lenoir, son passé de cascadeur lui a servi. »

Le cinéaste a pris quelques libertés avec l’histoire pour resserrer l’action et l’aiguiser sans la dénaturer pour autant : « J’ai mêlé le personnage de l’enseignante, qui était plus âgée qu’Olga, avec celui du chauffeur du bus. L’agent de la CIA a été inventé. Quant au gendarme qui se fait tuer au milieu du film, il n’est mort qu’à la fin de l’opération. Mais l’assaut final se révèle en deçà de la réalité : il s’y est tiré 22 000 balles. Le chauffeur de bus, blessé durant l’opération, voyait des chaises voler dans les airs. »

L’intervention se déroule en partie à Paris avec Josiane Balasko à la direction des manoeuvres à l’Élysée, qui négocie dans l’ombre sans se mouiller. « Je ne voulais pas tourner de scènes de ministères avec des politiciens dans le bureau, précise Fred Grivois. À l’époque, Marie-France Garaud et Simone Veil émergeaient sur la scène politique. Alors j’ai créé ce personnage féminin dur et ironique que Josiane Balasko a adoré jouer. »

« Une quinzaine d’anciens otages, qui ont entre 50 et 55 ans aujourd’hui, ont vu le film. L’une d’entre eux s’est évanouie devant la recréation de l’événement. » Ces traumatismes-là ne s’effacent jamais, mais le cinéaste a remporté son pari de ramener à la lumière un des derniers soubresauts de l’histoire coloniale française. Djibouti devait acquérir son indépendance dans la foulée de cette prise d’otages, un an plus tard.

L’intervention de Fred Grivois prend l’affiche dans les salles du Québec ce vendredi, le 2 août.

Cet entretien a été effectué à Paris dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance.