«C’est ça l’amour»: Papa très cher

Avec doigté et un sens aiguisé du détail, la cinéaste Claire Burger ausculte une cellule familiale subissant encore les contrecoups de son éclatement récent dans son long-métrage intitulé «C’est ça l’amour».
Photo: Maison 4:3 Avec doigté et un sens aiguisé du détail, la cinéaste Claire Burger ausculte une cellule familiale subissant encore les contrecoups de son éclatement récent dans son long-métrage intitulé «C’est ça l’amour».

Il est des scènes, si brèves soient-elles, qui parviennent à communiquer tout ce qu’il y a à savoir sur la relation entre deux personnages. On en trouve une au début du film C’est ça l’amour au moment où un homme, Mario, aide sa conjointe, Armelle, à remplir une valise. Elle est partie récemment, apprend-on, et lui a laissé la garde de leurs deux filles. Armelle a besoin d’un temps pour elle et Mario l’assure qu’il comprend, qu’il l’attendra. Il la serre dans ses bras, et en voyant son expression, puis celle d’Armelle, on réalise qu’il n’a pas compris. Finement écrit et mis en scène par Claire Burger, C’est ça l’amour offre un portrait tendre de masculinité qui rame, mais qui s’adapte.

Il faut dire qu’en père momentanément monoparental toujours épris de son ex, Bouli Lanners (Louise-Michel, De rouille et d’os, Réparer les vivants) est merveilleux de vulnérabilité. Son Mario essaie très fort, souvent trop, ou mal, tant avec Armelle, patiente puis excédée à raison, qu’avec Niki, leur aînée mature pour tout le monde, que Frida, leur cadette en crise.

Sens du détail

Avec doigté et un sens aiguisé du détail (Frida affalée sur le divan qui colle son pied contre le bras de son père en un contact pudique mais affectueux, entre autres exemples), la cinéaste ausculte cette cellule familiale subissant encore les contrecoups de son éclatement récent.

À cet égard, si Claire Burger s’arrime davantage à la perspective de Mario, elle consacre aussi un temps appréciable aux points de vue respectifs de Niki et Frida. Cette dernière, en particulier, vit très mal la séparation. Tout juste rentrée dans l’adolescence, elle se défoule sur son père, non pas tant parce qu’elle lui en veut spécifiquement, mais parce qu’il est là. La manière dont Mario tente, là encore, maladroitement mais avec plein d’amour, de gérer les mouvements d’humeur de Frida ainsi que sa sexualité bourgeonnante, constitue une autre preuve de la sensibilité de l’auteure. D’ailleurs, la jeune Justine Lacroix, dans un rôle complexe car tour à tour irrésistible et insupportable, est épatante de justesse. Sarah Henochsberg également : le rôle de Niki est certes moins « payant » sur le plan dramatique, mais la comédienne dégage un naturel et une assurance qui impressionnent.

Cécile Remy-Boutang, qui incarne Armelle, convainc tout autant, mais se voit allouer un temps à l’écran beaucoup plus restreint. Ce que l’on ne peut s’empêcher de regretter un brin, car le sien est le seul des quatre points de vue concernés auquel on n’a un accès que très limité, et toujours par l’entremise de l’un des trois autres personnages. Pour autant, Burger nuance le trait et ne transforme jamais cette femme en bouc émissaire.

Autre petit bémol : une tendance, au mitan, à pousser certaines situations jusqu’à des extrêmes à la limite du plausible. Les interprètes, cela étant, confèrent à ces passages un surcroît de crédibilité bienvenu. En effet, la conviction et la complicité de la distribution font en sorte que l’on croit à cette famille, à ses maux, et surtout à sa capacité de guérir dans le respect de chacun de ses membres.

Un bien beau film, intimiste à souhait, plein d’humanité, et doté d’un vrai regard de cinéaste.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

C’est ça l’amour

★★★ 1/2

Drame psychologique de Claire Burger. Avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg, Cécile Remy-Boutang. France, 2018, 98 minutes.