Les femmes, grandes absentes des films de superhéros

En 2017, «Wonder Woman», dirigé par Patty Jenkins, était le premier film à gros budget du genre à être dirigé par une femme. Le premier rôle était aussi tenu par une femme, l’actrice Gal Gadot (sur la photo). Le film a engendré 413 millions au box-office américain.
Photo: Frazer Harrison Getty Images En 2017, «Wonder Woman», dirigé par Patty Jenkins, était le premier film à gros budget du genre à être dirigé par une femme. Le premier rôle était aussi tenu par une femme, l’actrice Gal Gadot (sur la photo). Le film a engendré 413 millions au box-office américain.

Si l’on en croit les films de superhéros et de science-fiction, les femmes ne sont pas près de diriger nos destinées. Une récente étude du Women’s Media Center démontre en effet que 97 % de ces films produits depuis dix ans ont été dirigés par des hommes. Les hommes y tiennent encore d’ailleurs majoritairement les rôles principaux.

En effet, seulement 14 % des films de science-fiction et de superhéros comptaient une femme dans un rôle principal solo, 55 % avaient un homme comme acteur principal solo et 31 % comptaient deux acteurs principaux, un homme et une femme.

Derrière la caméra, le déséquilibre est encore plus apparent. Selon l’étude, 88 % des rôles les plus influents, de la direction et de la production à l’écriture des scénarios, étaient occupés par des hommes, contre 12 % par des femmes.

Lente correction

Quoi qu’il en soit, il semble que ce déséquilibre entre la représentation de femmes et d’hommes dans cette sorte de cinéma se corrige lentement. En effet, des six films dirigés par des femmes au cours des dix dernières années, cinq l’ont été au cours des quatre dernières années.

En fait, en 2018, deux importants films de science-fiction ont été dirigés par des femmes, et les femmes y ont tenu des rôles de premier plan. Il s’agit de A Wrinkle in Time, d’Ava DuVernay, et de The Darkest Minds, de Jennifer Yuh Nelson. Le premier met en vedette l’actrice Storm Reid et le second, Amandla Stenberg. En 2017, Wonder Woman, dirigé par Patty Jenkins, était le premier film à gros budget du genre à être dirigé par une femme.

À lui seul, A Wrinkle in Time, d’Ava DuVernay, fait la démonstration de la rentabilité des productions féminines, avec un box-office générant 100 millions de dollars uniquement aux États-Unis. Wonder Woman, de Patty Jenkins, a également fait tinter le tiroir-caisse avec 413 millions de dollars au box-office américain. « Il n’y a pas plus d’excuses pour ne pas avoir de femmes — de toutes les races — à la fois derrière et devant la caméra dans le genre de la science-fiction », écrivent les auteures du rapport. « La mauvaise nouvelle est que le pourcentage total de films de science-fiction dirigés par des femmes, surtout par des femmes de couleur, est encore désespérément bas. »

Dans son livre Space Sirens, Scientists and Princesses, Dean Conrad écrivait que le genre de la science-fiction faisait en sorte que « les hommes font les choses, et les femmes les aident ». « Les films de science-fiction présentent souvent ce dilemme : est-ce que les femmes y sont de vraies femmes ou seulement des composantes d’un fantasme masculin compliqué ? » écrivent encore les auteures du rapport.

Nouveaux publics

Aujourd’hui, poursuivent-elles, il est moins rare de rencontrer des rôles de femmes dans le cinéma de science-fiction qui ne sont pas entièrement basés sur la sexualité. Ces changements sont étroitement liés au fait que la présence de personnages féminins forts peut attirer de nouveaux publics, particulièrement chez les jeunes, remarque-t-on, citant des séries comme Hunger Games, mettant en vedette Jennifer Lawrence, et Divergent, avec Shailene Woodley. « Ces films existent parce qu’Hollywood sait maintenant que le public des jeunes filles vaut la peine qu’on se penche sur ses besoins. »

Quant à la quasi-absence des femmes dans les rôles clés derrière la caméra en science-fiction, c’est surtout l’héritage d’une longue tradition, conclut-on. « Quand une formule fonctionne, ils la gardent jusqu’à ce qu’elle cesse de rapporter de l’argent. Et la formule était : les hommes peuvent réaliser des films de science-fiction rentables, mais pas les femmes. »

Heureusement, les choses semblent pouvoir changer. « Partant d’une représentation de 3 %, faire mieux ne devrait pas être difficile », concluent les auteures du rapport. En s’appropriant la science-fiction, les femmes sortent de l’univers fantasmagorique masculin pour en inventer un qui leur est propre.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.