Colonelle films au-delà des frontières

Les productrices de Colonelle films, Geneviève Dulude-De Celles (à gauche), Sarah Mannering et Fanny Drew ont soumis le long métrage «L’épreuve de la vie extraterrestre» de Ian Lagarde au marché Frontières, spécialisé dans l’industrie du films de genre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les productrices de Colonelle films, Geneviève Dulude-De Celles (à gauche), Sarah Mannering et Fanny Drew ont soumis le long métrage «L’épreuve de la vie extraterrestre» de Ian Lagarde au marché Frontières, spécialisé dans l’industrie du films de genre.

On le sait, air connu : faire un film au Québec, c’est compliqué. Le processus de financement est laborieux, et à terme, il y a beaucoup d’appelés pour très, très peu d’élus. Or, et cela aussi relève du fait établi, produire un film dit « de genre » est encore plus ardu. Mais il existe pire cas de figure. En effet, imaginez lorsque votre projet n’entre dans aucune catégorie.

Sélectionné à Frontières, un marché de coproduction fondé par Fantasia et tenu en partenariat avec le Marché du film du Festival de Cannes, L’épreuve de la vie extraterrestre, de Ian Lagarde, est une telle proposition. Le but des trois productrices de la boîte Colonelle films qui le présenteront à Frontières ? Trouver des partenaires étrangers ou d’ici, afin de maximiser les chances de ce film unique de voir le jour.

C’est la première fois que Sarah Mannering, Fanny Drew et Geneviève Dulude-De Celles soumettent un projet au marché Frontières. Une démarche qui, expliquent-elles, va un peu de soi pour un film comme L’épreuve de la vie extraterrestre.

« C’est un road movie psychédélique qui relate l’histoire de David, un être immortel fantomatique et maladroit qui est capable d’occuper le corps de n’importe quel être humain, et qui va tout faire pour sauver son enfant : un têtard arc-en-ciel », explique Sarah Mannering avant de marquer une pause, question de jauger la réaction (enthousiaste, pour l’anecdote). Encouragée, elle poursuit :

« Il s’agit du deuxième long métrage de Ian Lagarde, et c’est encore plus pété que son premier, All You Can Eat Bouddha ».

All You Can Eat Bouddha,qu’on avait adoré et qui, avec son récit surréaliste d’hôtel-club tout-inclus en proie à une étrange déliquescence, était déjà passablement singulier.

Financement non traditionnel

En tout, vingt projets d’un peu partout dans le monde, y compris, pour la première fois, du Japon et du Liban, sont présentés à Frontières cette année.

« Chacun est à un stade de développement différent, note Fanny Drew. Il y aura là plusieurs personnes qu’on a hâte de rencontrer. On veut explorer des modes de financements “alternatifs” ; voir comment des films qui sont moins traditionnels parviennent à se monter. »

« On sent l’intérêt des institutions, mais ça peut aider à accélérer le processus de production, intervient Sarah Mannering. On n’a pas nécessairement envie d’attendre trois ans avant que — peut-être — le film se fasse. »

Trois, quatre, cinq ans, voire davantage : de tels délais ne sont pas rares dans l’industrie.

On est confiantes : c’est un bon scénario. «L’épreuve de la vie extraterrestre» c’est «All You Can Eat Bouddha» sur l’acide.

« C’est une occasion pour trouver d’éventuels partenaires de coproduction. On sait que les perspectives sont bonnes à l’international parce qu’All You Can Eat Bouddha a été remarqué et apprécié », renchérit Geneviève Dulude-De Celles, qui, hormis celui de cinéaste talentueuse (Une colonie), porte dans la boîte le chapeau de productrice au développement.

« Le fait que le personnage principal change constamment de peau permet un mélange d’interprètes en provenance de partout : le concept même du film est propice à la coproduction », relève Sarah Mannering.

Les trois femmes n’exagèrent pas les dividendes potentiels pouvant résulter ne serait-ce que d’un seul contact fructueux à Frontières. Depuis sa création, le marché a contribué directement ou indirectement à la concrétisation de maints projets. Ces dernières années seulement, des titres comme Grave, de Julia Ducournau, Les affamés, de Robin Aubert, Turbo Kid, de RKSS, ou Vivarium, présenté plus tôt à Fantasia après avoir été dévoilé à Cannes, y sont passés.

En cours d’entrevue, on parle du (formidable) court métrage de Jean-François Leblanc Le prince de Val-Bé, qu’a produit Colonelle films et que Fantasia projette le 20 juillet. On aborde également un autre de leurs projets : Like a House on Fire, long métrage de Jesse Noah Klein (We’re Still Together) qui compte entre autres dans sa distribution Hubert Lenoir, et dont le tournage vient à peine de s’achever.

Le film conte le retour d’une jeune mère prodigue qui, deux ans après avoir abandonné fille et conjoint, essaie de réintégrer le nid désormais occupé par une autre. Le film constitue la première production en anglais pour Colonelle films. En dépit d’un fonctionnement décrit comme radicalement différent, notamment dans les relations avec les comédiens anglophones (tout se passe par agents interposés, contrairement à l’approche personnelle qui prévaut ici), l’expérience s’est avérée concluante.

Autre scénario possible

Sachant cela, se pourrait-il que L’épreuve de la vie extraterrestre devienne The Challenge of Extraterrestial Life ou quelque traduction similaire ?

« On en est à se le demander en ce moment même, admet Sarah Mannering. Ça dépendra de qui se manifeste ; des gens, des pays qui auront envie d’embarquer. Si c’est la France ou la Belgique, rien ne change, mais sait-on jamais ? »

Traduire le scénario est donc une possibilité bien réelle, confirme Fanny Drew, avant de préciser :

« On est confiantes : c’est un bon scénario. L’épreuve de la vie extraterrestre, c’est All You Can Eat Bouddha sur l’acide. »

Et All You Can Eat Bouddha, c’était « sur quoi », diantre ? « Bouddha, c’était juste sur le pot, en comparaison », conclut Geneviève Dulude-De Celles en déclenchant l’hilarité générale.

Bref, on leur souhaite un marché fructueux, car on veut absolument voir cet ovni-là atterrir au cinéma.