Voyage insipide avec «Stuber»

Cette bruyante comédie table au maximum sur le contraste qui oppose Dave Bautista à Kumail Nanjani.
Photo: 20th Century Fox Cette bruyante comédie table au maximum sur le contraste qui oppose Dave Bautista à Kumail Nanjani.

Plusieurs dénoncent à bon droit les dérives de l’économie de partage, expression angélique camouflant un capitalisme débridé ne laissant que des miettes à ceux qui croient s’enrichir. Un certain cinéma commercial ne pouvait faire autrement que de lui rendre hommage, et c’est en partie à cela que s’active Michael Dowse, champion canadien en portraits d’imbéciles décomplexés (Fubar, It’s All Gone Pete Tong, Goon), s’aventurant pour la première fois sur le terrain hollywoodien avec Stuber, mais avec le même esprit. Remplacez la sauvagerie des patinoires d’aréna par les routes sinueuses de Los Angeles et vous avez encore cet esprit juvénile, un brin irrévérencieux, qui anime ses personnages pour qui penser relève d’un effort surhumain.

Dowse a trouvé en Dave Bautista l’incarnation parfaite du flic aux méthodes brutales. Le grand coeur de Vic est camouflé quelque part sous une tonne de machisme, et son entourage en souffre. Obsédé par l’idée de retrouver un chef de gang responsable de la mort de sa partenaire — dans une séquence d’ouverture qui n’aurait pas déplu au Bruce Willis de Die Hard —, Vic croit, six mois plus tard, l’avoir enfin retrouvé, en dépit des objections de sa supérieure (Mira Sorvino, qui doit sûrement pleurer sur son Oscar lorsqu’elle accepte de telles propositions) et d’une vision embrouillée après une opération au laser pour corriger sa forte myopie. Sans aucun doute l’idée comique la moins originale, mais la plus efficace, du scénariste Tripper Clancy, qui fait ici ses débuts (laborieux).

Dans le registre « les deux bozos font la paire », et malgré sa connaissance limitée de cette ribambelle d’applications qui supposément changent le monde, Vic apprivoise celle d’Uber, monopolisant jusqu’à l’excès les services de Stu (Kumail Nanjani, brillant cabotin), chauffeur à temps partiel et employé d’un grand magasin, ignorant qu’il va se retrouver aux frontières de deux films : Collateral, de Michel Mann, et After Hours, de Martin Scorsese. Stuber ne soutient jamais la comparaison, mais ce tandem partagera tout de même son temps entre les règlements de comptes assourdissants et les péripéties sentimentales sans issues — les deux sont orchestrés dans une même banalité triomphante.

Déjà vu

Cette bruyante comédie table au maximum sur le contraste qui oppose Dave Bautista à Kumail Nanjani. Le premier, dont la carrure imposante ajoutait au charme débonnaire émanant de Guardians of the Galaxy, ne pourrait faire qu’une bouchée de celui dont les talents comiques semblent infinis, capable aussi d’insuffler beaucoup d’émotions (The Big Sick). Chacun des deux se voit offrir sa part de petits moments de gloire, puisqu’on table sur les forces de chacun : tandis que le flic réduit en miettes une clinique vétérinaire (soyez sans crainte, aucun animal ne fut blessé), le chauffeur à temps partiel mitraille chaque scène d’une logorrhée de considérations morales pimentées de références culturelles (celles sur Ryan Gosling et Jaws figurent parmi les meilleures).

Finalement, que les nostalgiques se rassurent : les années 1980 sont loin d’être agonisantes, ou cantonnées à Stranger Things. Dans une variation détestable et brouillonne des exploits passés de Mel Gibson (Lethal Weapon) ou d’Eddie Murphy (48 Hours), Stuber recycle de vieilles recettes, celles du cinéma de la virilité ronflante, en y ajoutant l’ironie d’aujourd’hui et notre obsession névrotique pour les nouvelles technologies.

Finalement, sans qu’il le veuille, Michael Dowse nous donne surtout l’envie de prendre un taxi, de s’asseoir sur la banquette arrière et d’attendre en silence jusqu’à notre destination. Quant au pourboire, ou au nombre d’étoiles s’il s’agit d’Uber, je laisse cela à votre discrétion, mais devant ce carambolage d’insipidités, vous ne risquez pas de vous ruiner.

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Stuber

★★

Comédie policière de Michael Dowse. Avec Kumail Nanjiani, Dave Bautista, Natalie Morales, Mira Sorvino. États-Unis, 2019, 93 minutes.