«Le roi Lion» en photoréalisme: beau, mais sans frissons

Le jeune Simba, dans une scène tirée de la reprise du classique «Le roi lion»
Photo: Disney Le jeune Simba, dans une scène tirée de la reprise du classique «Le roi lion»

Son père le roi a péri lorsqu’il était tout jeune, le laissant traumatisé et hanté par un sentiment de culpabilité. Profitant de son désarroi, son vil oncle a usurpé le trône et tient sa mère la reine sous son joug. Non, il ne se prénomme pas Hamlet, mais Simba. Il est le héros du dessin animé de Disney paru en 1994, l’un des plus populaires du vénérable studio en l’occurrence. Et Disney en étant à refaire en prise de vues réelles tous les grands titres de son catalogue, au tour de Simba et sa bande d’y passer.

Or, contrairement à Cendrillon, en 2015, au Livre de la jungle, en 2016, ou à La Belle et la Bête, en 2017, Le roi lion, mouture 2019, demeure techniquement, à l’instar de son modèle, un film d’animation. La technique en question est celle du photoréalisme : une imagerie de synthèse qui atteint ici une apparence plus vraie que vraie.

Ainsi les animaux de la savane paraissent-ils tout droit sortis d’un opulent documentaire de la BBC. Évidemment, le fait que tout cela soit généré par ordinateur permet une liberté totale dans la direction des « acteurs » à plumes et à poils. Le résultat s’avère souvent bluffant, et on se prend volontiers à sourire béatement devant la bouille de l’adorable lionceau Simba, qu’on jurerait pouvoir caresser.

On connaît l’histoire : tandis que le noble Mufasa règne avec droiture en prodiguant à son jeune fils Simba conseils et enseignements, son frère Scar, jaloux, ourdit avec les ennemis du royaume, les hyènes, un complot meurtrier.

Manipulé par son oncle fourbe, Simba croit à tort être responsable de la mort de son père, c’est pourquoi il s’exile. Devenu adulte, il est relancé par la courageuse Nala, jeune lionne de qui il s’éprend. Simba parviendra-t-il à sauver la Terre des lions ?

Corollaire inattendu

Que l’on ait vu ou non le dessin animé original, l’issue du film de Jon Favreau ne fait jamais de doute. Le scénario est fidèle à celui de 1994, mais incorpore des ajouts aux personnages de Nala et de Sarabi, la reine-mère, apportés dans le spectacle musical de 1997.

À ce propos, l’un des corollaires inattendus de l’anthropomorphisme, c’est-à-dire l’humanisation des bêtes, qui plus est de manière hyperréaliste, est qu’on ne peut s’empêcher de sourciller devant le traitement des personnages féminins : Nala est intrépide mais est à la remorque de Simba sitôt qu’il se joint à elle. Quant à Sarabi, on ne l’entend guère du vivant de Mufasa, et si elle tient tête à Scar, elle refuse d’entraîner les lionnes dans une rébellion. Tout dépend de Simba. C’est entendu, il en va ainsi dans le règne animal, mais justement, le film confère à son bestiaire des sentiments humains, et malaise il y a.

Toutefois, ce qui gêne surtout, c’est le côté mécanique de l’intrigue : avec trois remakes consécutifs cette année seulement (avec Dumbo et Aladdin), Disney aurait peut-être intérêt à ralentir la cadence de sa chaîne de montage.

Pas de frissons

Au moins Jon Favreau, réalisateur de la belle fantaisie jeunesse Zathura et du premier et charnière Iron Man, sait-il y faire en matière de grand déploiement. Il insuffle une magnificence à certaines séquences, un souffle épique aussi. Lequel, hélas, se dissipe avant l’heure, avec un dénouement qui semble curieusement précipité après que le récit eut pris son temps — parfois trop, cela dit.

Pour l’anecdote, Favreau a également tenu la barre du Livre de la jungle. À terme, le travail de photoréalisme déjà saisissant en 2016 a beau être poussé plus loin encore en 2019, côté narration, ce film-là s’impose comme le meilleur des deux remakes.

Ah ! Et les chansons d’Elton John et de Tim Rice (telles Circle of Life et Can You Feel the Love Tonight) sont de retour, révisées pour l’occasion, plus une nouvelle (Spirit) de Beyoncé (la voix de Nala en V.O.). On voudrait rapporter avoir eu des frissons, mais ce serait mentir.

Bref, c’est visuellement très, très impressionnant, l’histoire est éprouvée, et cela devrait suffire pour que Disney ajoute un petit milliard à ses revenus de l’année, bémols ou pas. En attendant les prochains remakes : La Belle et le Clochard, Mulan, Cruella (des 101 dalmatiens), La petite sirène… Entre autres. Pas sûr que c’est là ce qu’entendait Mufasa lorsqu’il évoquait un « éternel recommencement ».

Le roi lion prend l’affiche le 19 juillet.

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Le roi lion (V.F. de The Lion King)

★★★

Animation de Jon Favreau. États-Unis, 2019, 118 minutes.