Festival Fantasia: sélection de cauchemars éveillés

Le film «A Good Woman Is Hard to Find» d’Abner Pastoll sera présenté du 21 au 23 juillet.
Photo: Fantasia Le film «A Good Woman Is Hard to Find» d’Abner Pastoll sera présenté du 21 au 23 juillet.

Dès jeudi, la métropole accueille la grand-messe du cinéma de genre tous azimuts : Fantasia. Bon an mal an, plus de 100 000 cinéphiles épris de frissons, d’action, voire d’excentricités psychotroniques se pressent aux projections. Fidèle à une tradition établie depuis plus de vingt ans, Fantasia propose à nouveau une programmation bigarrée où se côtoient oeuvres sud-coréennes, britanniques, nipponnes, françaises, états-uniennes et d’ici, entre autres.

Les festivités s’ouvrent jeudi soir avec Sadako (en rappel le 18 juillet), du maître de la « J-Horror », ou horreur à la japonaise, Hideo Nakata (Ringu 1 et 2). On y suit une fillette possédant des dons de télékinésie qui, après que sa mère eut tenté de la tuer car la prenant pour la réincarnation d’un démon (le Sadako), a abouti dans un hôpital psychiatrique de Tokyo. Nakata est reconnu pour sa capacité à créer des images-chocs à la lisière du réel, là où l’onirisme commence à poindre, entre inquiétante étrangeté et franche terreur.

 
Photo: Fantasia Fantasia s’ouvre jeudi soir avec «Sadako» (en rappel le 18 juillet), du maître de l’horreur à la japonaise Hideo Nakata.

On veut voir, juste après, The Deeper You Dig (11 au 12 juillet), en provenance cette fois du Canada. Écrit, produit, réalisé et interprété par les membres d’une même famille (John Adams, Toby Poser et leur fille Zelda Adams), ce film s’attarde aux tourments d’une mère, de sa fille et d’un inconnu après un accident de la route en zone forestière. On promet un climat insolite envoûtant.

On jettera également un coup d’oeil à Mystery of the Night (14 au 16 juillet), du Philippin Adolfo Borinaga Alix Jr. Conte débridé, le film relate le courroux d’une jeune femme élevée par des créatures « métamorphes » (les Aswangs, êtres folkloriques ayant inspiré vampires et loups-garous aux Philippines) dans une forêt enchantée à l’issue d’une liaison avec un homme fourbe.

Entités démoniaques et menace sylvestre se croisent encore dans Sator (21 juillet), de l’Américain Jordan Graham, ou comment un jeune ermite en vient à soupçonner que la « présence » qui communique avec sa grand-mère médium est peut-être mal intentionnée. Pareillement campé au fond des bois, The Lodge (31 juillet), de Veronika Franz et Severin Fiala, détaille le Noël tragique de deux enfants, de leur père et de leur nouvelle belle-mère, celle-ci étant la seule rescapée d’un suicide collectif sectaire.

Dans Les particules (27 au 31 juillet), coproduction France-Suisse de Blaise Harrison présentée à Cannes, un adolescent voit avec une angoisse croissante le monde se transformer, d’abord subrepticement, puis de manière de plus en plus manifeste. L’accélérateur de particules qui rugit 100 mètres sous terre est-il en cause ? Où est-ce l’esprit du garçon qui vacille ?

D’ailleurs, c’est là l’une des principales lignes de force de la sélection : des prémisses laissant entrevoir des cauchemars éveillés, ou à tout le moins un rapport ambigu au réel.

Place aux héroïnes

En provenance des majors hollywoodiennes, de Fox Searchlight en l’occurrence, l’abominable clan de Ready or Not (27 juillet ; à l’affiche le 23 août), de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, paraît n’avoir rien à envier à la macabre famille Addams. Dans cette comédie noire (ou carmin), une jeune femme sur le point d’épouser un riche héritier apprend qu’elle devra auparavant survivre à une partie mortelle de cache-cache nocturne dans le manoir ancestral. Samara Weaving est la fiancée qui déchante et Andie McDowell, la matriarche à la douceur trompeuse.

La mère du thriller britannico-belge A Good Woman Is Hard to Find (21 au 23 juillet), d’Abner Pastoll, révèle elle aussi une pugnacité insoupçonnée. Élevant seule son fils traumatisé par la mort violente du père, Sarah prend sur elle d’exterminer la vermine humaine qui ronge le quartier au vu et au su de forces policières indifférentes. On dénombre pour le compte beaucoup d’héroïnes, vengeresses ou pas, au sein de la programmation.

Eun-hee, la protagoniste de House of Hummingbird (24 juillet), en est une autre. Adolescente violentée par son frère, elle gagne en confiance au contact d’une nouvelle enseignante. Réalisé par la cinéaste sud-coréenne Kim Bora, présenté à la Berlinale et primé à Tribeca, ce récit initiatique, qu’on a vu, est d’une délicatesse et d’une beauté infinies.

Car oui, parfois, l’emprise chimérique du cauchemar se dissipe pour laisser place à un rêve devenu réalité. Et c’est aussi ça, Fantasia.

La 23e édition du festival Fantasia se tient à Montréal du 11 juillet au 1er août.
 

Écoutez la bande annonce de Sadako (en japonais):

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