La chanteuse et actrice Jessie Buckley épate dans «Wild Rose»

Le film «Wild Rose» vaut le détour pour ses interprètes, la réflexion qu’il impose et sa bande sonore.
Photo: Les Films Séville Le film «Wild Rose» vaut le détour pour ses interprètes, la réflexion qu’il impose et sa bande sonore.

De prime abord, l’existence entière de Rose-Lynn Harlan, la mi-vingtaine, semble se résumer à une suite de mauvais choix. C’est à sa sortie de prison qu’on la rencontre, après qu’elle a purgé une peine d’un an pour avoir transporté l’héroïne d’un « ami ». Dans l’intervalle, c’est sa mère Marion qui s’est occupée de sa fille Wynonna et de son fils Lyle. À en juger l’air résigné de Marion et le mutisme accusateur de Wynonna, grand-maman et progéniture sont rompues aux absences de la jeune mère. C’est qu’elle a un rêve, Rose-Lynn : partir pour Nashville et devenir chanteuse country. Et le fait est qu’elle possède le talent requis.

Découverte dans le film Beast, de Michael Pierce, Jessie Buckley est absolument épatante dans le rôle de Rose-Lynn, protagoniste de Wild Rose (en V.O., et avec un accent de Glasgow à couper au couteau). Exsudant une détermination butée, elle compose une héroïne vibrante qui explose littéralement lorsqu’elle chante — les numéros musicaux, qui vont de la berceuse feutrée aux performances publiques endiablées, sont tous fabuleux.

La comédienne est épaulée par deux excellentes actrices. Égale à elle-même, Julie Walters, qui incarne Marion, trouve la note juste, créant une grand-mère dévouée et une mère pas tant réprobatrice qu’inquiète. À vrai dire, c’est la présence de Walters, l’intensité de ses regards et de ses silences, davantage que le scénario, qui fait de Marion un personnage aussi fort.

Sophie Okonedo complète le trio dans le rôle de Susannah, une femme très riche, également mère de deux enfants, chez qui Rose-Lynn a été embauchée pour faire le ménage après avoir caché son séjour en tôle. Un mensonge par omission. On ne peut toutefois en dire autant lorsque, interrogée par Susannah, Rose-Lynn affirme ne pas avoir d’enfant. Et Susannah de confier, les yeux dans le vague, que de devenir mère, oui, c’est formidable, mais ça change tout. Susannah envie alors la liberté qu’elle prête à Rose-Lynn qui, elle, ne sait que trop combien que le « changement » évoqué par sa patronne est réel, et plus aigu encore lorsqu’on n’a pas le sou.

Sans manichéisme

Réalisé par Tom Harper, qui a notamment tourné La dame en noir : Ange de la mort (Woman in Black : Angel of Death), suite oubliable d’un film d’horreur déjà guère mémorable, Wild Rose rend compte d’un savoir-faire technique certain. La mise en scène n’est pas à proprement parler « signée », mais elle aligne les séquences bien composées et bien filmées.

Cela étant, l’intérêt du film réside, on l’aura compris, dans son propos plus que dans son exécution. Ainsi, le scénario de Nicole Taylor aborde-t-il sans faux-fuyant des enjeux difficiles, à commencer par celui de l’abandon parental. Ceci, avec empathie et non manichéisme.

De fait, jamais la scénariste ne condamne-t-elle Rose-Lynn qui, pour aimante qu’elle soit avec eux, n’a de cesse d’évacuer ses enfants du destin qu’elle tente vaille que vaille de se tracer. Enfants, en l’occurrence, qu’elle a eus avant l’âge de 18 ans, et avec lesquels elle s’est retrouvée sans y être réellement préparée. Le ou les pères ? Pas dans le décor. Le sien non plus, tiens ! Rose-Lynn et sa mère ont cela en commun.

Et dès lors, Rose-Lynn aurait dû cesser de rêver ? Trouver un boulot, n’importe lequel, et s’occuper de sa marmaille sans broncher dans une pauvreté « respectable » aux yeux de gens prompts à juger, mais pas à se mettre dans ses souliers ?

À ces questions épineuses, le film s’abstient d’offrir des réponses simplistes, préférant laisser parler les trois femmes confrontées chacune à de tels déchirements : Rose-Lynn au présent, Marion jadis, et Susannah il n’y a pas si longtemps encore, devine-t-on. D’ailleurs, si cette dernière paraît éprise de son mari, on ne la sent pas moins seule. D’où son empressement solidaire à aider Rose-Lynn à réaliser ses aspirations. Il faut voir son regard briller lorsque la jeune femme a enfin l’occasion de montrer ce dont elle est capable sur une scène digne de son talent : impossible de garder l’oeil sec.

Dommage que le film perde pied au troisième acte, qui s’étire. La propension à l’autosabotage de Rose-Lynn devient redondante et le drame, appuyé. Un départ pour Nashville puis un retour à Glasgow surviennent comme des épilogues successifs…

Il n’empêche, Wild Rose vaut pour ses interprètes, sa réflexion, sans oublier sa musique. À ce propos, inutile d’aimer le country pour apprécier le film, quoique les amateurs vont se régaler.

Wild Rose (V.O.)

★★★ 1/2

Drame musical de Tom Harper. Avec Jessie Buckley, Julie Walters, Sophie Okonedo, Daisy Littlefeld, Adam Mitchell. Grande-Bretagne, 2018, 101 minutes.