«Instant Dreams»: de retour après la pose

Le documentariste néerlandais partage cette fascination du Polaroïd dans «Instant Dreams», particulièrement pour l’ingénieuse formule chimique mise au point par Edwin Land.
Photo: Acéphale Le documentariste néerlandais partage cette fascination du Polaroïd dans «Instant Dreams», particulièrement pour l’ingénieuse formule chimique mise au point par Edwin Land.

Les plus de 20 ans se souviennent de ces appareils pliables, photomatons portatifs offrant des images livrées en quelques secondes pour la plus grande joie des fêtards, des touristes, ou des membres d’une même famille trop souvent dispersés. Le Polaroïd a ainsi marqué le monde des images de la seconde moitié du XXe siècle, démocratisant l’art de la photographie bien avant l’arrivée des téléphones intelligents.

Le documentariste néerlandais Willem Baptist partage cette fascination dans Instant Dreams, particulièrement pour l’ingénieuse formule chimique mise au point par Edwin Land, et qu’il a emportée dans sa tombe. Car le Polaroïd, dont il a lancé le premier prototype en 1947, a interrompu sa trajectoire au milieu des années 2000, après la faillite de la compagnie en 2001, et l’interruption définitive en 2008 de la fabrication du papier sur lequel tout était possible.

Qu’à cela ne tienne : certains achètent au prix fort les derniers stocks sur Internet, d’autres le conservent précieusement dans leur frigo. C’est le cas de l’artiste allemande Stefanie Schneider, établie dans une maison mobile au milieu du désert de la Californie, captant la beauté singulière de personnages incongrus, et rehaussée par les mélanges imprévisibles de cette pellicule devenue capricieuse avec les années. De son côté, le journaliste Christopher Bonanos, auteur de Instant : The Story of Polaroid, poursuit sa quête frénétique du mystère, prenant son fils comme modèle, voyant en lui la dernière personne à être immortalisée avec cet appareil. Finalement, Stephen Herchen, un chimiste américain, s’est temporairement installé aux Pays-Bas pour recréer cet assemblage complexe, évoqué dans le film par une série de mélanges chromatiques d’une beauté hypnotisante.

Plusieurs ambitions traversent Instant Dreams. Il y a d’abord un désir évident de pédagogie, illustrant dans quelles circonstances, notamment climatiques, le Polaroïd est apparu (New York subissait alors une de ses pires tempêtes de neige, images d’archives à l’appui), ainsi que le caractère visionnaire de son créateur. Dans un court film corporatif qui ponctue celui de Willem Baptist, Edwin Land, avec son allure de savant sorti d’un épisode de la série Twilight Zone, évoque la possibilité d’un téléphone à peine plus gros qu’un porte-monnaie, et capable de prendre des photos. Ce visionnaire annonçait en quelque sorte la déchéance de son petit empire…

Paradis perdu

L’autre aspect, plus poétique et mélancolique, évoque une sorte de paradis perdu, broyé à jamais par la tyrannie du numérique. D’où la détermination, parfois farouche, parfois tranquille, des protagonistes à vouloir prolonger la mémoire, et la technologie, de cet appareil autrefois révolutionnaire. Or, ces deux visées s’entrechoquent, et cohabitent souvent mal : ceux que l’aspect historique fascine sortiront d’Instant Dreams plutôt insatisfaits, tandis que les esthètes verront la démarche éducative du cinéaste comme un frein à ses élans poétiques. Ils sont parfois obscurs, comme en témoignent les escapades d’une jeune Japonaise à Tokyo, et dont nous comprendrons bien tard la finalité dans une scène où la voix caverneuse du cinéaste Werner Herzog exerce une fois de plus son pouvoir de fascination. Instant Dreams aurait pu l’être davantage.

Instant Dreams

★★ 1/2

Documentaire de Willem Baptist. Pays-Bas, 2017, 91 min. Sortie en salle : 5 juillet