«Spider-Man: Far From Home»: vacances européennes

Le film creuse, plus que jamais, le filon de l’insécurité amoureuse, cette fois dans le contexte du typique voyage scolaire en Europe, avec les mêmes carnages touristiques que l’on peut voir dans les meilleurs James Bond.
Photo: Walt Disney Pictures Canada Le film creuse, plus que jamais, le filon de l’insécurité amoureuse, cette fois dans le contexte du typique voyage scolaire en Europe, avec les mêmes carnages touristiques que l’on peut voir dans les meilleurs James Bond.

Un semblant de deuil enrobe Spider-Man : Far From Home, qui arrive quelques mois à peine après la tornade Avengers : Endgame, où l’humanité l’a (encore une fois) échappé belle, tandis que certaines vedettes ont pu enfin ranger leurs costumes trop serrés, dont Robert Downey Jr. faisant son dernier tour de piste en Iron Man. Son successeur avait été prévenu du lourd héritage qu’il devait porter, mais Peter Parker, tout comme Peter Pan, a bien du mal à grandir — avec ou sans habit en élasthanne.

Jon Watts est de nouveau aux commandes, lui qui avait déjà signé Spider-Man : Homecoming, injectant une légère ambiance funèbre dans cette nouvelle étape, forcément laborieuse, dans la vie de cet adolescent déjà capable de sauver la veuve et l’orphelin, mais sans habiletés particulières pour la drague. Ce qui contribue évidemment à l’atmosphère souvent bon enfant de cet épisode, un humour un peu lourd qui n’est pas sans rappeler, en subtilité (hum…), celui qui contaminait Star Wars : The Last Jedi.

À défaut de conduire le spectateur à se taper sur les cuisses — les superhéros n’ont pas forcément tous les talents —, il émane de la figure de Spider-Man (Tom Holland, toujours aussi crédible et attachant) une éternelle candeur qui, elle, sait séduire, car on ne dira jamais assez à quel point il s’agit d’un formidable archétype de l’adolescence et de ses tourments. Far From Home creuse, plus que jamais, le filon de l’insécurité amoureuse, cette fois dans le contexte du typique voyage scolaire en Europe, avec les mêmes carnages touristiques que l’on peut voir dans les meilleurs James Bond, mais où les Européens sont relégués à la marge. Car sauver Venise, Prague et Londres de la destruction, c’est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les mains de leurs habitants.

Cette virée pédagogique se déroule à si grande vitesse que le pauvre Peter a bien du mal à séduire MJ (Zendaya), sa camarade de classe, également préoccupé par l’arrivée tonitruante de monstres que seul Quentin Beck, dit Mysterio (Jake Gyllenhaal qui se demande ce qu’il fait là, et nous aussi), peut terrasser, ce qui renforce chez Spider-Man la conviction qu’il n’a guère l’étoffe du successeur d’Iron Man. Il faudra bien qu’un jour un psychanalyste patenté soit piqué par une araignée pour venir à bout de ses névroses d’orphelin vivant auprès d’une tante vaguement olé olé (Marisa Tomei, en passant).

Même si Jon Watts s’amuse à décrire les névroses infantiles de ce héros entouré d’autres caricatures de l’âge ingrat (dont Jacob Balaton en nerd grassouillet à la bonne humeur contagieuse), il se doit de respecter la formule, orchestrant quelques bruyantes bagarres dans des lieux chaudement recommandés par Lonely Planet. La capitale anglaise écopera plus que toutes les autres (une métaphore sur les ravages annoncés du Brexit ?), territoire familier, voire incontournable, dans ce cinéma de l’éducation sentimentale à la sauce européenne. Cinéma qui ne craint pas non plus les clichés, mais tente parfois de les détourner, comme l’ambition de Peter Parker d’embrasser sa douce au sommet de la tour Eiffel. On ne saurait trop remercier les forces du mal à l’oeuvre dans Far From Home de tenter de le détourner de ce projet à la mièvrerie dégoulinante. Quant au reste, n’ayez crainte, les surprises sont réduites au minimum : sauver le monde est à ce prix.

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Spider-Man: Far From Home (v. f.: Spider-Man – Loin des siens)

★★★

Drame fantastique de Jon Watts. Avec Tom Holland, Jake Gyllenhaal, Zendaya, Jacob Batalon. États-Unis, 2019, 129 min.