Claude Paré, ou le Québec à Hollywood

Avant que les grands studios d’Hollywood ne viennent cogner à sa porte, Claude Paré s’est tout de même fait une réputation solide dans l’industrie au Québec — notamment en tant que directeur artistique pour le premier film de la série «Les Boys». Mais arrivé à Los Angeles, il lui a fallu repartir à zéro — ou presque.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Avant que les grands studios d’Hollywood ne viennent cogner à sa porte, Claude Paré s’est tout de même fait une réputation solide dans l’industrie au Québec — notamment en tant que directeur artistique pour le premier film de la série «Les Boys». Mais arrivé à Los Angeles, il lui a fallu repartir à zéro — ou presque.

Qu’ont en commun les films Les Boys, Adaline, It et La comtesse de Bâton-Rouge ? Derrière la caméra, portant attention aux décors et à la production visuelle, se trouvait le directeur artistique Claude Paré, prolifique artisan du cinéma et agent inusité du talent artistique québécois à l’étranger.

Le dernier projet de Claude Paré ?Spider-Man : Far From Home, soit le dernier opus du géant Marvel (rien de moins), dans lequel le jeune Peter Parker part en voyage de classe en Europe.

C’est cette aventure sur le Vieux Continent qui a, entre autres, attiré le directeur artistique. « Je suis content que les jeunes Américains puissent découvrir l’Europe à travers un film qui va les entertainer, si je peux dire, lance-t-il. Qu’ils découvrent que, bon, ça serait l’fun d’aller en Europe, de découvrir le monde, qu’il n’y a pas juste les États-Unis. Surtout dans le contexte actuel mondial, c’est intéressant. »

Le tournage s’est déroulé principalement à Leavesden, aux abords de Londres, mais l’équipe de Far From Home s’est aussi déplacée un peu partout en Europe. « On a tourné en République tchèque, à Prague, et aussi à Liberec, pour des lieux qui sont censés être à Prague. On a tourné en Italie ; à Venise, on a tourné dans le Piémont, pour la portion du voyage dans les Alpes. »

Une Venise londonienne

Cet arrêt en Italie s’est révélé un défi de taille pour Claude Paré. La bande-annonce du film montre notamment Peter Parker accroupi sur la structure du pont Rialto, alors qu’une immense créature émerge des eaux du Grand Canal de Venise — une séquence entièrement tournée… à Londres.

« C’était extrêmement compliqué de faire des effets spéciaux numériques à Venise », explique Paré. En raison de la complexité des effets visuels requis, il était impossible de tourner le tout sur place. La solution : se tourner vers l’imaginaire.

« J’ai construit un immense décor de Venise à Londres, avec le bassin d’eau et tout ça. On a fait venir des gondoles, des bateaux-taxis… C’était gigantesque ! Tout le monde avait une fierté incroyable à travailler là-dessus. On a créé notre Venise à nous. »

Peter Parker et compagnie font aussi escale au Mexique dans le film — dont les images ont été prises en Espagne, aux alentours de Madrid. Avec une telle diversité de lieux de tournage, qui eux représentent des endroits d’autant plus variés dans le film, le travail de production s’est vite transformé en défi.

« C’était un travail d’assemblage extrêmement complexe, parce qu’on tournait des intérieurs en studio à Londres et des extérieurs correspondants à Venise, par exemple, résume Claude Paré. Il y a eu beaucoup de travail [fait] pour la transparence des joints, des lieux, pour que le spectateur ne se dise pas : “Ah, on vient de changer de place, c’est bizarre.” Il faut vraiment que tout soit limpide, que tout coule. Ça a été un travail extrêmement complexe à ce niveau-là. »

Repartir à zéro

N’empêche qu’un film d’une telle envergure, malgré la complexité du défi qu’il représente, c’est tout un cadeau, insiste le directeur artistique — et le chemin pour arriver à ce moment-là a été d’autant plus difficile. Ce parcours aux multiples obstacles fut justement le sujet de la conférence-surprise de Claude Paré à l’assemblée générale du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), le 20 juin dernier.

« Tout ça, c’est bien beau, reconnaît-il. C’est glamour, ce que je raconte, c’est l’fun. Mais ça fait 45 ans que je fais du cinéma. J’ai commencé à l’ONF en 1974. Ça m’a pris 30 ans avant d’arriver au sommet, d’arriver à mon but, c’est-à-dire de faire des films qui sont vus par un public intéressé. C’est Marvel ; Marvel, c’est le roi du monde en ce moment. »

Ça m’a pris 30 ans avant d’arriver au sommet, d’arriver à mon but, c’est-à-dire de faire des films qui sont vus par un public intéressé. C’est Marvel ; Marvel, c’est le roi du monde, en ce moment.

Avant que les grands studios d’Hollywood ne viennent cogner à sa porte, Claude Paré s’est tout de même fait une réputation solide dans l’industrie au Québec — notamment en tant que directeur artistique du premier film de la série Les Boys, en 1997, ainsi que La comtesse de Bâton-Rouge, réalisé par Marc-André Fortier la même année. Par contre, à Los Angeles, il lui a fallu repartir à zéro — ou presque — en tant que superviseur artistique (Supervising Art Director, en anglais), entre autres, sur The Aviator ou, encore, The Day After Tomorrow, au début des années 2000.

« J’étais là au tout début [en 2006], quand on a commencé le BCTQ pour compenser une absence de représentation du Québec à l’international, explique-t-il, faisant référence à ses propres débuts à Hollywood. On sentait qu’on était vraiment à la merci de deux choses : la valeur du dollar canadien, et du fait que tous les studios de toutes les autres villes canadiennes étaient pleins, et [Montréal] était le dernier recours. »

Hollywood, made in Québec

Depuis la création du BCTQ, selon Paré, la place du talent artistique québécois à l’étranger a changé. Ce talent s’est démarqué, surtout grâce à cette représentation que lui octroie le Bureau. « Le BCTQ, c’est l’agent du Québec à l’international. Je pense que c’est une mission importante. »

Ce changement s’est manifesté, entre autres, lorsque Claude Paré a travaillé sur le plus récent film de la saga X-Men, Dark Phoenix. « J’ai fait Dark Phoenix à Montréal. Quand je suis revenu, j’ai retrouvé toute l’équipe que j’avais assemblée pour faire nos films à la fin des années 1990 et au début 2000. J’ai vu le progrès, le travail qu’ils ont fait pour améliorer leurs connaissances. C’est sûr que ça, c’est en partie dû au fait que le BCTQ nous représente bien. »

« Ça me donne de l’espoir pour les jeunes, pour ceux qui commencent, ajoute-t-il. D’ailleurs, une grande partie du fait que je veux continuer à travailler, c’est parce que je travaille avec des jeunes. Je leur passe le plus possible de mes connaissances, de mon expérience. C’est important d’aider les jeunes directeurs artistiques et concepteurs visuels [d’ici] à travailler sur des films américains, à faire leur promotion. »

La plus grande fierté de Claude Paré ? Difficile à dire, affirme-t-il. Les Boys, c’était certainement quelque chose d’important, surtout au Québec ; il mentionne aussi Adaline, avec Blake Lively et Harrison Ford, ou encore Elegy, avec Penélope Cruz et Dennis Hopper (« Jouer au golf avec Dennis Hopper, c’était extraordinaire ! »).

Mais son chouchou, ces derniers temps, c’est bel et bien le « friendly neighborhood Spider-Man » de Marvel, son tout dernier. « C’est sûr que Spider-Man, pour l’instant, parce que c’est la suite de Avengers : Endgame dans l’univers Marvel, ça va être le plus gros… dit-il, d’un ton humble mais non indifférent. J’en suis très fier. »

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