«Yesterday»: quand l’amour ne suffit pas

Le film excelle lorsque Himesh Patel entonne chacune des 17 chansons du groupe mythique qui composent la trame sonore.
Photo: Universal Pictures Le film excelle lorsque Himesh Patel entonne chacune des 17 chansons du groupe mythique qui composent la trame sonore.

À quoi ressemblerait un monde dans lequel les Beatles n’auraient jamais existé ? Un monde privé de Let It Be, de Strawberry Fields Forever, d’un iconique sous-marin jaune et autres innombrables hymnes à la paix et à l’amour ? C’est l’intéressante prémisse du film Yesterday, première collaboration entre le réalisateur Danny Boyle (28 jours plus tard, Le pouilleux millionnaire) et le scénariste Richard Curtis (Notting Hill, Réellement l’amour).

Or, en dépit de la volonté affirmée de taquiner l’élan émotif d’un public nostalgique et des charmantes touches d’humour britannique indémodable de Curtis, la magie refuse d’opérer.

Après les quelques frissons provoqués par les souvenirs de la découverte de l’incroyable répertoire du monstre à quatre têtes, le récit devient vite captif d’une histoire d’amour d’un pathétisme peu convaincant et des bons sentiments de personnages dénués des essentiels paradoxes de l’humanité. Une foule d’ingrédients élémentaires sont par le fait même délaissés, parmi lesquels un rythme efficace, des liens scénaristiques solides et une complexité émotionnelle supérieure à celle d’une licorne.

Jack Malik (Himesh Patel, charismatique dans son premier grand rôle au cinéma) est un auteur-compositeur-interprètedans une petite ville balnéaire anglaise. Le succès n’est toutefois pas au rendez-vous, et ses ambitions internationales s’estompent rapidement malgré le dévouement et l’inébranlable foi de son agente improvisée et meilleure amie, Ellie (Lily James, effacée).

Alors que Jack s’apprête à jeter l’éponge, un miracle se produit. Au cours d’une mystérieuse panne de courant affectant l’ensemble de la planète, il est happé par un autobus alors qu’il se trouve au volant de sa bicyclette. Lorsqu’il se réveille, quelques jours plus tard, le jeune artiste découvre avec stupeur que les Beatles ont été effacés de la carte, et avec eux leurs innombrables succès. Le chemin vers la gloire est dès lors tracé.

Le film excelle lorsque Patel entonne chacune des 17 chansons du groupe mythique qui composent la trame sonore. Il parvient à y instiller une part de sa personnalité et à s’approprier le répertoire, permettant au public d’imaginer qu’il l’entend pour la première fois.

Cet aspect, qui offrait un potentiel narratif et sociologique inédit — quel serait l’impact de l’introduction d’un catalogue d’une telle portée artistique dans le paysage culturel actuel, où l’atteinte des sommets n’est plus qu’un mirage éphémère, une courte escale dans la dégringolade vers le bassin insondable de l’anonymat —, s’avère malheureusement rapidement délaissé au profit d’un questionnement archaïque : se marièrent-ils et eurent-ils beaucoup d’enfants ?

Yesterday, à l’image de ses personnages féminins — une Ellie éperdue d’un amour imperméable à l’indifférence et une agente unidimensionnelle définie par son appât du gain (Kate McKinnon) —, peine à s’élever au-delà de la futilité de quelques éclats de rire et de quelques déhanchements. Une occasion ratée.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.

Yesterday

★★

Comédie romantique de Danny Boyle. Avec Himesh Patel, Lily James, Kate McKinnon, Ed Sheeran. Grande-Bretagne, 2019, 116 minutes.